Julie Roy, à gauche, et Leila Leblanc, à droite, avaient un large sourire en compagnie des deux Françaises Sabrina Huguet et Mélanie Gabaig, avec qui elles sont arrivées à 23h30 dimanche soir.

Trophée Roses des sables: perdues sur une base militaire en pleine nuit

Rissani, MAROC — Se retrouver perdues en pleine nuit sur une base militaire au Maroc, c’est ce qu’ont vécu des participantes au Trophée Roses des sables lors de la longue étape de dimanche qui a pris fin pour la dernière équipe à minuit 50, soit 17 heures après le départ. Elles ont cependant toujours été en sécurité, assure l’organisation.

C’est l’aventure vécue par les Estriennes Leila Leblanc, d’East Angus, et Julie Roy, de Waterville, ainsi que Marie-Ève-Perron, la porte-parole de l’événement, et Valérie De Launière, originaire de Chambord.

L’épreuve de dimanche s’étalait sur 171 km, en plus d’une liaison d’une trentaine de kilomètres pour un total en haut de 200 kilomètres.

« On a eu la peur de notre vie », a lancé d’emblée Leila Leblanc, au lendemain de son aventure. À un certain moment, vers 19 h, elles se retrouvaient dans un groupe une fois la nuit tombée. Mais c’est quelques heures plus tard qu’elles ont abouti aux abords d’une base militaire marocaine, après avoir croisé quelques chiens menaçants.

« On s’est fait courir après par deux chiens. (…) Je m’ennuyais de ma mère. Je ne voulais pas que les chiens sautent dans le côte à côte. On a accéléré. C’est après ça qu’on a vu les militaires », a-t-elle continué.

C’est alors qu’elles ont aperçu un panneau militaire. « C’était marqué “Défense de passer”, s’est souvenue sa coéquipière Julie Roy. Leila m’a dit “Ça doit être une vieille pancarte”. Mais ce n’était pas vieux du tout, c’était bien réel », a-t-elle raconté.

En pleine noirceur, les équipes étaient bien contentes de voir l’arrivée dimanche.

« Il y en a qui avaient des fusils avec des lampes de poche. On leur a dit “On s’excuse, on est perdues”, puis on a reviré de bord. Ensuite, on en a croisé trois ou quatre autres qui nous ont demandé de sortir », a dit Leila, avant que Julie n’ajoute que certains sortaient de derrière un muret, faisant un peu sursauter d’autres participantes attablées avec elles.

C’est après qu’elles ont demandé de l’aide via un bouton d’alerte. Un commissaire s’est pointé un certain temps plus tard en disant qu’il avait peiné à les retrouver.

« Le commissaire nous a dit qu’on était à la frontière de l’Algérie », a indiqué Julie.

C’est vers 23 h qu’elles ont finalement trouvé leur chemin en compagnie de deux Françaises. « J’ai dit à Leila, il faut prendre une photo. On a gagné, on a survécu, on est revenues », a raconté Julie.

Mais au final, elles en ont retiré du positif, car elles ont dû se dépasser. « On n’a pas lâché », a conclu Julie.

Rencontrée un peu plus tard, la porte-parole Marie-Ève Perron a raconté qu’elle et sa coéquipière s’étaient aussi retrouvées dans une base militaire…

Du côté de l’organisation, Géraldine Rey a reconnu que plusieurs avaient fini plus tard que d’habitude. Mais elle a assuré qu’elles étaient en sécurité en tout temps, étant géolocalisées. Elle a ajouté que les militaires ne représentaient aucun danger, s’occupant de la sécurité autour du bivouac. « Mais c’est la journée qu’elles vont se rappeler le plus », a-t-elle assuré.

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14H30 D'EFFORTS

Marylou Bibeau et Karell Ayotte, de Drummondville, ont également eu une journée et une portion de nuit remplies de péripéties alors qu’elles ont conclu leur épreuve à 22 h 30, soit environ 14 h 30 après avoir pris le départ.

« Quand on a passé l’arche de l’arrivée, on a versé une larme. Ç’a pris 14 h 30 et on a eu un maximum de 20 minutes de pause. C’était le noir complet », a commencé par raconter Marylou Bibeau, après avoir complété l’étape du lendemain, une autre trotte de 152,5 kilomètres, sans péripétie cette fois-ci.

Elle et sa coéquipière ont poursuivi en disant qu’à la tombée de la nuit, elles se retrouvaient au 3e point de contrôle, à une soixantaine de kilomètres de l’arrivée.

« Il faisait noir et on n’avait pas de repères », a raconté Karell. « Le carnet de route disait qu’il y avait une maison, mais la maison tu ne peux pas la voir. En plus, on n’avait pas pris nos lampes frontales parce qu’on ne pensait pas que ça allait finir la nuit », a dit Marylou. « J’essayais de lire mon carnet de route avec la lumière du côte-à-côte », a enchaîné son amie.

Elles ont alors fait l’erreur, disent-elles près de 24 heures plus tard, de suivre un groupe d’une quinzaine d’équipes. Ainsi, en les suivant, elles se sont retrouvées à faire une large boucle pour aboutir une heure plus tard au même point.


Les Drummondvilloises Marylou Bibeau et Karell Ayotte ont connu une longue journée dimanche.

Les deux Drummondvilloises ont alors opté pour de l’aide, mais dans une moindre mesure qu’un abandon. Elles ont demandé à être relocalisées. « Il est venu nous porter à un point de repère et il m’a dit que ça nous coûtait 300 points », a expliqué Marylou. Mais elles se sont perdues de nouveau, après avoir suivi un autre groupe.

« À 9 h, on était dans une ville berbère et il y avait des gars en motocross qui voulaient nous aider. Mais on s’est dit, on va suivre notre cap (NDLR : avec la boussole), mais on avait peur des dunes (NDLR : en raison des pentes abruptes) », a poursuivi Marylou. « En plus, on n’avait presque plus d’essence », a rajouté Karell.

« Je ne pensais pas que ça m’affecterait de même. J’étais brûlée, fatiguée, j’avais le goût d’abandonner. Mais par orgueil on ne voulait pas lâcher, on était 27es au général », a dit aussi Marylou.

Elles se sont finalement pointées sur le coup de 22 h 30 à l’arche de l’arrivée… Et elles ont eu peu de temps pour se reposer avant le départ du lendemain. « On est allées mettre de l’essence à 6 h ce matin. On a dormi cinq heures », a conclu Marylou.

Mais heureusement, leur journée de lundi s’est bien déroulée et elles avaient regagné leur sourire autour d’une table remplie de Québécoises et de quelques rafraîchissements…