Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, a mis en garde contre les données de l’Enquête origine destination, jeudi.

Troisième lien: le maire de Lévis pointe l'exemple de la Normandie [VIDÉO]

À la lumière d’une expérience française, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, critique les limites de l’Enquête origine destination dont les conclusions alimentent les opposants à la construction d’un troisième lien dans l’est. Selon lui, le tunnel projeté par le gouvernement du Québec desservirait bien plus que la population locale.

Le maire a profité d’une mission économique en Normandie pour s’informer des impacts de la construction en 1995 du pont de la Normandie entre Le Havre et Honfleur qui devait servir à décongestionner le pont de Tancarville.

Malgré certaines différences frappantes, M. Lehouillier y voit «un cas similaire» à celui du troisième à l’est qui relierait l’autoroute 20 à la hauteur de la route Lallemand à l’autoroute Félix-Leclerc, en passant sous la pointe ouest de l’île d’Orléans.

Dans les cinq années suivant l’ouverture du pont de la Normandie, note le maire, l’achalandage de celui de Tancarville a chuté de 6,5 millions à 4,8 millions de véhicules par an. Depuis son ouverture, le trafic sur le pont de Normandie est passé de 2,3 à 7,7 millions de véhicules par an.

Sans prendre ces chiffres pour des «vérités absolues», le maire soutient que ces «données démontrent des tendances» applicables au futur troisième lien à l’est.

Toute proportion gardée, ces résultats lui laissent croire que le nouveau lien serait utilisé par beaucoup plus d’automobilistes que les 12 000 utilisateurs quotidiens comptabilisés dans l’Enquête origine destination.

«Cette enquête ne tient pas compte des automobiles en transit, des visiteurs et du transport lourd, reproche le maire. Les données les plus récentes de 2008 sur le transport lourd pour Québec et Chaudière-Appalaches démontrent qu’un véhicule sur quatre dans le trafic routier est un camion. Ça représente 75 000 camions par semaine. Combien y en a-t-il aujourd’hui? Probablement le double», avance-t-il.

C’est pourquoi il dit «faire attention» avec les données actuelles. «Le nouveau lien Québec-Lévis ne peut être considéré comme une infrastructure locale. C’est une erreur de penser ça. Il y a des milliers de personnes qui ne sont pas comptabilisées dans l’étude origine destination. Ce n’est pas vrai que ça va servir à seulement 12 000 personnes», renchérit-il. Selon l’enquête, c’est le nombre d’utilisateurs qui se déplacent d’est en est, d’une rive à l’autre.

Pas d’étalement

Cette même expérience du pont de la Normandie convainc aussi M. Lehouillier des faibles risques de l’étalement urbain souvent évoqués contre la construction d’un troisième lien. «N’allez pas penser que Beaumont et ailleurs ça va virer en haute densité. C’est un autre mythe qu’il faut détruire», lance-t-il.

Pour cela, il lui suffit de donner l’exemple de Honfleur. La population de cette bourgade de quelque 2500 habitants sur un territoire d’à peine 14 km2 est restée stable depuis l’ouverture du pont il y a près de 25 ans, retient-il.

«Si je fais ça aujourd’hui, c’est pour alimenter le débat. Nous, on croit énormément au troisième lien. Cette congestion fait en sorte que notre développement économique est complètement stoppé. Notre essor économique est menacé en raison des longues files d’attente qui s’étirent», conclut le maire.