Les ambulanciers sont actuellement tenus de transporter les patients à l’hôpital, mais l’entreprise Dessercom souhaiterait qu’ils puissent en amener certains dans une clinique ou un CLSC, selon leur état.

Transport de patients en ambulance: pas seulement vers l’hôpital, plaide Dessercom

L’entreprise ambulancière Dessercom aimerait pouvoir transporter certains patients non plus à l’hôpital, comme les ambulanciers sont actuellement tenus de le faire, mais plutôt dans un CLSC ou une clinique, lorsque cela serait adéquat de le faire.

Dessercom a récemment mandaté un lobbyiste pour rencontrer le ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que le Secrétariat aux aînés, afin de convaincre le gouvernement d’adopter «une nouvelle orientation concernant l’avenir du secteur paramédical pour moderniser le système actuellement en vigueur».

Le mandat inscrit au registre des lobbyistes donne un exemple : un ambulancier qui arrive chez une personne âgée qui ne se sent pas bien pourrait décider de ne pas l’amener à l’urgence, mais plutôt dans une clinique ou un CLSC, selon son état.

Dessercom n’a pas souhaité accorder d’entrevue à ce sujet pour le moment, mais elle a confirmé l’information. «Nous sommes effectivement en processus d’analyse et d’études des modifications possibles à apporter dans le but de moderniser les soins préhospitaliers québécois. Toutefois, nous en sommes à l’étape préliminaire de notre démarche et préférons attendre d’avoir plus d’éléments concrets avant de nous prononcer.»

Urgences santé

À Montréal, Urgences santé n’a pas formulé de demande spécifique de modification de la politique comme Dessercom, mais elle fait face au même problème. «Effectivement, on se rend compte qu’il y a beaucoup d’appels qui gagneraient à être référés ailleurs, et gagneraient pour le patient, en fait», a indiqué Valérie Tremblay, chef des communications par intérim.

À l’heure actuelle, les ambulanciers sont tenus d’amener un patient à l’hôpital et pas ailleurs.

Or, les ambulanciers ont souvent affaire à des cas de personnes qui ont des problèmes sociaux, par exemple, ou des personnes âgées qui sont atteintes de démence, qui sont inquiètes et appellent une ambulance, sans avoir vraiment besoin d’être amenées à l’hôpital.

«Il y a des choses qu’on peut faire, déjà, sans le changement de règlement», souligne Mme Tremblay.

Elle cite une collaboration avec Info-Santé, à qui Urgences santé transfère 18 000 appels par an «pour qu’ils puissent évaluer, faire un second triage de nos appels 9-1-1 et puissent les référer ou les envoyer directement dans une clinique, selon leur problème». Ainsi, le patient peut parler à une infirmière.

Également, Urgences santé est en train d’élaborer un système avec un travailleur social qui fera le lien avec le réseau de la santé dans les cas de problèmes sociaux. «Les paramédics vont pouvoir dépister certaines problématiques, les référer; on va pouvoir faire le lien et éviter souvent des transports», note Mme Tremblay.

«On voudrait effectivement aller un peu plus de l’avant là-dedans et donner la pleine autonomie aux paramédics pour qu’ils puissent prendre leurs propres décisions et faire leurs propres références», souligne Mme Tremblay.

Ambulanciers

L’un des syndicats qui représentent les ambulanciers paramédicaux, la Fraternité des travailleurs du préhospitalier du Québec, affiliée à la FTQ, confirme l’existence du problème.

«En ce moment au Québec, on vit un gros problème de ressources ambulancières, partout en région. C’est un débat qui a lieu depuis plusieurs mois, si ce n’est pas plusieurs années : il y a plusieurs transports qui sont faits inutilement. Et, au lieu de toujours ajouter des ambulances, il y a déjà des propositions qui ont été faites, autant par les syndicats que par les employeurs, de pouvoir soit utiliser un paramédic communautaire qui se déplacerait à la maison faire une évaluation ou de pouvoir transporter ces gens-là vers des cliniques ou des CLSC — ce qui aiderait aussi à désengorger les urgences», a expliqué Benoît Cowell, président provincial de la Fraternité.

M. Cowell affirme cependant que, pour ce faire, il faudrait non seulement une modification de la politique gouvernementale, mais également une autorisation du Collège des médecins et d’importantes discussions avec les autorités régionales de la santé et les établissements, sans compter une formation plus poussée pour les ambulanciers.

«On n’est pas autorisé à le faire et on n’est pas formé non plus pour le faire. Et ça prend des encadrements médicaux», a souligné M. Cowell, qui précise que cet encadrement pourrait toutefois être fait par un médecin à qui l’ambulancier parlerait au téléphone.

Dessercom exploite une flotte de près de 100 ambulances, en Abitibi-Témiscamingue, dans le Bas-Saint-Laurent, la Capitale-Nationale, le Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, l’Estrie, la Mauricie, la Montérégie et le Nord-du-Québec.