Michel Germain avec Sidney Crosby, en août 2017, lorsque le joueur vedette de la LNH est venu partager la Coupe Stanley avec les partisans de l’Océanic de Rimouski.

Tragédie de Saint-Vianney: «survivre à un deuil, c’est très personnel»

MATANE — Michel Germain, qui a perdu sa conjointe, sa fille, et sa mère dans un tragique accident survenu il y aura bientôt 20 ans, éprouve beaucoup d’empathie pour les gens touchés par la récente collision qui a décimé une famille à Saint-Vianney, dans la Matapédia. Une rencontre a été organisée, lundi soir à Amqui, entre lui et la communauté dont la plaie est encore vive.

Le 6 janvier, un épouvantable accident a coûté la vie à Anthony Jean et à ses deux fils, Philippe et Gabriel. Tout comme lui qui a perdu sa fille unique de neuf ans, Nadine Pichette doit maintenant vivre avec l’absence de ses deux seuls enfants, qui n’avaient que 11 et 12 ans. Il n’y a d’ailleurs aucun mot pour définir un parent qui n’a plus d’enfant. Même s’il affirme que les deuils ne se comparent pas et que chaque cas est différent, il n’en demeure pas moins qu’il comprend très bien ce qu’elle doit vivre. «Je me revois», dit-il.

«Survivre à un deuil, c’est très personnel», poursuit le commentateur des matchs du club de hockey l’Océanic de Rimouski. «C’est propre à chacun. On est tous différents par notre bagage culturel, notre spiritualité, notre foi, notre éducation. Il n’y a pas de degré dans la souffrance. Ce qui nous arrive est toujours le pire.»

La religion

Avant d’être frappé par la tragédie, Michel Germain croyait en Dieu. Après, il est devenu athée. «Je sais que quand j’aborde la question de la religion, ça peut choquer, en est-il conscient. J’ai énormément de respect pour les gens qui ont la foi. Mais je pense qu’il faut aborder la question, parce que ce sont des événements qui sont trop gros pour nous.» En 2010, M. Germain s’est tourné vers le bouddhisme. «Je me suis réconforté avec cette croyance spirituelle», indique celui qui est également conseiller municipal d’Amqui. Le quinquagénaire a retrouvé le bonheur. «Je suis très heureux parce que je suis concentré sur le moment présent, explique-t-il. Ça, c’est le bouddhisme qui me l’a enseigné.»

S’il peut aujourd’hui affirmer sans hésitation qu’il s’en est remis, l’homme de 57 ans est cependant passé à travers une période sombre. Il a pensé deux fois au suicide de façon intense. «Quand j’ai vu les trois cercueils, au salon, j’ai pensé qu’il y avait une place pour moi au bout, se souvient-il. Mais quand j’ai regardé mon père qui avait perdu sa femme et sa petite-fille, je me suis dit que je ne pourrais pas lui faire ça, moi qui suis enfant unique. La vie sera toujours plus forte que la mort.»

Après avoir réussi à passer à travers les différentes étapes du deuil, il est maintenant résilient. Cependant, jamais il ne pourra accepter la mort de sa fille, pas plus que le décès des deux jeunes garçons survenu dans l’accident de Saint-Vianney. Selon lui, aucun parent ne devrait survivre à ses enfants. «Mon père a perdu sa mère lorsqu’il avait 75 ans», raconte M. Germain. «Ma grand-mère avait 93 ans. Ma fille Jennely avait 9 ans. Il y a une injustice quelque part!»

Le 15 décembre 1998, Georgette Marin, 60 ans, était au volant de la voiture de son fils, Michel Germain. La conjointe de celui-ci, Martine Fraser, 41 ans, et sa fille Jennely, 9 ans, étaient passagères. Le véhicule était immobilisé à une intersection de Mont-Joli lorsqu’un conducteur distrait l’a embouti. L’auto a été projetée contre un camion semi-remorque. Les trois occupantes sont mortes sur le coup. C’est vers 18h20 ce jour-là, pendant qu’il se trouvait au Colisée de Québec, s’apprêtant à commenter un match opposant l’Océanic aux Remparts, que Michel Germain avait appris la tragédie. «Tu sors de toi-même, raconte-t-il. Tu te dis que c’est une erreur. Le déni s’est terminé quand j’ai dû aller à la morgue pour les identifier.»