TikTok, vous connaissez ?

Elle est critiquée ou adulée, détestée ou encensée. En seulement quatre ans, cette application pour cellulaire a dépassé des géants comme Facebook et Instagram dans le nombre mensuel de téléchargements. Son nom vous est peut-être familier : TikTok. Portrait d’une application en pleine effervescence.

Au début de l’année 2020, Gabriel Gagnon n’avait jamais utilisé TikTok. À la fin du mois de janvier, après une période d’hésitation, il décide de publier une première vidéo. On y voit son collègue de travail, Alain, rire de bon coeur. Le succès est instantané ; il récolte rapidement 1,2 million de visionnements pour sa vidéo.

Fier de ce succès, Gabriel commence à produire de plus en plus de vidéos. Il filme ses parents et réalise des sketches humoristiques. « On n’avait tellement rien à faire pendant le confinement ! J’ai commencé à faire de plus en plus de vidéos », explique Gabriel.

À 18 ans, le jeune homme d’Arvida, à Saguenay, compte près de 70 000 abonnés. Ses vidéos ont des centaines de milliers de visionnements.

« C’est une application où tu peux créer. Que tu sois connu ou pas, jeune ou vieux, drôle ou pas, les gens vont liker et tu vas avoir du succès », ajoute-t-il.


« C’est une application où tu peux créer. Que tu sois connu ou pas, jeune ou vieux, drôle ou pas, les gens vont liker et tu vas avoir du succès »
Gabriel Gagnon

Forte croissance

Il est fort possible que le nom TikTok vous dise quelque chose. Il s’agit de l’application pour téléphone qui connaît la plus forte croissance en ce moment. Il est probable aussi que vous ne sachiez pas très bien comment TikTok fonctionne.

Le but est simple : partager de courtes vidéos d’une durée maximum d’une minute. Ça peut être des sketches, des défis, de petites histoires ou des réflexions. Les utilisateurs peuvent passer rapidement d’un contenu à l’autre, en un mouvement de pouce. « C’est comme utiliser la télé avec la zappette », résume Nellie Brière, stratège en communication numérique.

La force de TikTok ? Sa simplicité. En quelques minutes, un utilisateur peut créer une vidéo de grande qualité en utilisant les outils de montage de l’application.

Une explosion géante de Mentos et de Coca-Cola, un furet qui danse, un colibri apprivoisé ou une femme qui change de vêtements au rythme de la musique ; voilà quelques-unes des vidéos les plus populaires sur la plateforme.

L’application a été lancée en 2016 par l’entreprise chinoise ByteDance. En seulement quatre ans, la plateforme a dépassé des géants comme Facebook, YouTube et Instagram, en termes de téléchargements.

« Du côté de Facebook, on doit grincer des dents, explique Nadia Seraiocco, chargée de cours à l’École des médias de l’UQAM et experte en réseaux sociaux. Ça leur a pris 14 ans à construire une audience de plus de 2 milliards de personnes. TikTok est arrivé là en trois ans. »

Près d’un milliard de courtes vidéos sont téléchargées chaque jour sur le réseau social.

Pour les jeunes

La moitié des utilisateurs de TikTok ont entre 14 et 25 ans. « La clientèle cible, ce sont les enfants et les adolescents », explique Nellie Brière.

La plupart des adultes n’ont aucune idée de ce qui se passe sur l’application. La conférencière en sait quelque chose : « Quand je rencontre des groupes de parents et d’enfants, je fais jouer certaines chansons populaires sur TikTok. Les jeunes connaissent toutes les paroles et les adultes ne comprennent pas du tout. »

Mais depuis quelques mois, de plus en plus d’adultes débarquent sur la plateforme. « Mon père et ses amis me suivent beaucoup sur TikTok, raconte Gabriel Gagnon. Ils en parlent et m’encouragent. »

Depuis le début du confinement, de plus en plus de parents créent des vidéos avec leurs enfants.

Contrairement à d’autres réseaux sociaux, TikTok permet aux utilisateurs de bouger. « TikTok pousse les gens à faire des activités concrètes, explique Nellie Brière. Si vous voulez participer à un challenge, ça demande énormément d’implication hors plateforme. »

Les jeunes apprennent à filmer, à faire du montage et à réaliser de petits films. Selon Mme Brière, cette initiation à la production de contenu donnera un avantage aux jeunes dans le futur.

Des plus en plus de baby-boomers ont commencé à faire des vidéos pour répondre aux jeunes qui s’amusent depuis un temps à rire de cette génération.

De nombreux experts dans différents domaines ont aussi commencé à produire des vidéos. L’avocat Chris est un personnage créé par Me Éric Leblanc pour informer les jeunes sur leurs droits et leurs devoirs. Quel est l’âge légal pour son premier tatouage, pour gérer soi-même ses finances ou pour quitter la maison ? L’avocat répond à toutes ces questions.

Une sexologue québécoise est très populaire sur TikTok depuis quelques mois. Elle donne des conseils en matière de consentement, de première fois, de contraception, etc.

Des politiciens, comme le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, ont aussi adopté la plateforme.

Plateforme politique

En 2019, TikTok a censuré la vidéo d’une adolescente qui dénonçait les camps d’internement des Ouïgours, en Chine. La compagnie à l’origine de TikTok ne souhaitait pas voir des contenus politiques apparaître sur la plateforme. Le pari est raté ; TikTok est devenu un endroit de choix pour exprimer ses opinions.

Deux des mot-clés les plus populaires sont liés à la musique populaire coréenne et le hip-hop, deux courants musicaux extrêmement politisés. L’application a notamment servi à retransmettre des images des manifestations contre le racisme aux États-Unis.

En juin, des milliers de jeunes sur TikTok ont réservé des billets pour un rassemblement de campagne du président Donald Trump. L’amphithéâtre était beaucoup moins rempli qu’espéré en raison de ces réservations fantômes.

Mercredi, le président américain a dit vouloir bannir la plateforme des États-Unis, dans un contexte de conflit avec la Chine. Il redoute l’utilisation des données par le gouvernement chinois.

Ce serait le deuxième pays à voter une telle mesure. La semaine dernière, l’Inde a décidé de retirer TikTok à ses citoyens.