La côte a reculé et des dunes ont disparu aux Îles-de-la-Madeleine la semaine dernière, à la suite d’une violente tempête.

Tempête aux Îles-de-la-Madeleine: l’érosion fait des ravages

GASPÉ — La tempête de la semaine dernière a englouti des dunes de sable et fait reculer des sections de côte de 10 mètres aux Îles-de-la-Madeleine. Le littoral se retrouve sans protection à plusieurs endroits en ce début d’hiver. Les Madelinots demandent un fonds d’urgence pour protéger leurs côtes contre l’érosion.

Les pannes de télécommunications et d’électricité ont éclipsé les dégâts causés au littoral par la tempête du 28 et 29 novembre, alors que des vents de 130 km/h, et des vagues en conséquence, ont balayé les Îles pendant 15 heures. Le calme revenu, certaines portions de côtes sont méconnaissables.

«Ça fait 29 ans que je suis assis ici et 15 ans que j’observe, que je prends des photos. Ces taux de recul en une seule tempête, je n’ai pas vu ça avant», dit le directeur de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme à la municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Serge Bourgeois.

La tempête a été plus forte et plus longue que d’habitude, et faisait suite à d’autres épisodes intenses. «J’ai 53 ans et je n’ai jamais vu autant de vent que cet automne», dit le directeur.

Des dunes de cinq mètres de haut ont été rayées de la carte. «À certains endroits, on ne voyait pas la mer et maintenant, on la voit», constate M. Bourgeois. 

Des dunes fragiles

L’arrivée de l’hiver l’inquiète, puisque les dunes protègent les côtes. «D’habitude, les dunes s’engraissent pendant l’été et elles sont prêtes pour l’hiver. Là, on est juste début décembre et la dune a disparu.»

Le directeur croise les doigts pour que les glaces se forment tôt, puisqu’elles sont «le meilleur rempart» contre l’érosion. Mais le couvert de glace tend à disparaître lui aussi. «Si on passe l’hiver “tout nus”, la côte va être beaucoup modifiée au printemps», prévoit M. Bourgeois.

«Le milieu naturel va se reformer, mais le problème, c’est quand il y a des infrastructures derrière», remarque M. Bourgeois. La route 199 entre Pointe-aux-Loups et Grande-Entrée, tout comme la section qui mène à Havre-Aubert, sont fragilisées. 

«On récupère le sable qu’on a dragué dans les ports, on le dépose dans les dunes et au bord de l’eau. C’est ça que le ministère des Transports est en train de faire», décrit M. Bourgeois.

Quant à la municipalité des Îles, elle a donné priorité au secteur de La Grave, sur l'île du Havre-Aubert, où 690 mètres de côte seront rechargés en gravier, au coût de 5 millions $. 

Dans son budget 2017, le gouvernement Couillard a annoncé un total de 45 millions $ sur cinq ans pour aider les municipalités à prévenir les risques liés à l’érosion. Une somme nettement insuffisante, estime M. Bourgeois. L’archipel à lui seul aurait besoin au moins de ce montant.

Le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, et le maire de l’archipel, Jonathan Lapierre, ont demandé un fonds d’urgence pour contrer l’érosion. 

M. Bourgeois observe ce que les spécialistes du réchauffement climatique annoncent depuis 15 ans : la hausse du niveau de la mer, l’augmentation de la violence des tempêtes et la disparition du couvert de glace.

«Il faudra revoir les fonds et l’approche. En ce moment, on réagit aux urgences. On ne se donne pas le temps de réfléchir», croit-il.

Les astres sont alignés pour que les choses changent, estime M. Bourgeois. La population est plus que jamais sensible aux changements climatiques. Les dégâts aux Îles, illustrés avec des photos avant et après, font réagir. «On n’aurait pas souhaité la tempête, mais elle tombe pile», lance le directeur. 

+

FRAGILE RETOUR À LA NORMALE

L’électricité et les communications ont beau avoir été rétablies, il reste du travail à faire pour solidifier ces services aux Îles-de-la-Madeleine. Un seul des deux câbles sous-marins de fibre optique dessert l’archipel; l’autre a été sectionné. Télébec, la filiale de Bell Canada qui dessert les Îles, a installé une station satellite sur l’archipel pour prendre la relève si jamais le second câble lâche. 

Le maire des Îles, Jonathan Lapierre, demande à Télébec d’augmenter la capacité de ce système pour que les Madelinots puissent «fonctionner normalement» en cas de bris du câble : «On ne veut pas être pris pour choisir entre les besoins médicaux, les transactions financières ou la tour de contrôle de l’aéroport.»

M. Lapierre demande à Québec de réparer les câbles sous-marins le plus tôt possible, puis de vite financer leur remplacement. Il exige aussi un troisième câble, par sécurité, qui pourrait être installé quand Hydro-Québec déploiera son lien électrique, d’ici 2025.

Tous les Madelinots ont à nouveau du courant, la plupart depuis samedi. Une ligne de distribution est à risque à Pointe-aux-Loups, où l’érosion a fragilisé des poteaux. Toutefois, la société d’État a mis cette portion hors tension et alimente le secteur en électricité avec une autre ligne située en terrain sûr.