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Joël Tremblay se trouve maintenant à l’URFI de Jonquière, après de nombreuses semaines d’hospitalisation.
Joël Tremblay se trouve maintenant à l’URFI de Jonquière, après de nombreuses semaines d’hospitalisation.

Survivre à la COVID: un homme témoigne de son parcours

Katherine Boulianne
Katherine Boulianne
Le Quotidien
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Joël Tremblay menait jusqu’à tout récemment une vie très active. Jeune grand-papa de 56 ans, l’homme travaillait comme conseiller syndical. En forme et amateur de course à pied, celui-ci prenait plaisir à s’entraîner, à courir son 5 km plusieurs fois par semaine, et à s’occuper de ses petites-filles. Jusqu’au 18 mars, du moins.

C’est à ce moment que l’homme a été diagnostiqué positif à la COVID-19. Le virus lui a été transmis dans le cadre de son travail, alors qu’il y a rencontré quelqu’un qui en était porteur.

« Je faisais attention à tout : le 2 mètres, le masque et le lavage de mains, je suis un maniaque de ça. Je devais tenir une rencontre avec des gens pendant un après-midi. Une fois arrivé, l’un d’eux me dit de ne pas trop l’approcher parce qu’il a des symptômes, même s’il ne s’est pas encore fait tester. Je lui réponds que c’est avant ça qu’il aurait dû m’en aviser », raconte Joël Tremblay dans une entrevue téléphonique avec Le Quotidien.

La réunion suit tout de même son cours, mais tout de suite en sortant, le conseiller syndical contacte la Santé publique afin de s’informer de la marche à suivre. « Tant que je n’avais pas de symptômes, je pouvais poursuivre mes activités habituelles. Même après que j’apprenne que la personne avec qui j’avais été en contact au travail avait finalement testé positive à la COVID. » M. Tremblay apprendra par la suite qu’il aura contaminé six personnes à son tour, même en suivant à la lettre les consignes de la Santé publique.

L’escalade des symptômes est rapide pour l’homme de 56 ans. Le 22 mars, sentant son état se détériorer, il se rend à l’hôpital d’Alma, avant que les médecins ne le redirigent rapidement vers les soins intensifs du centre hospitalier de Chicoutimi. Il souffre alors d’une pneumonie sévère sur les deux poumons. Les médecins tentent pendant 24 heures de lui donner de l’oxygène par les voies nasales, mais ce n’est pas suffisant. C’est alors que la médecin responsable lui parle d’intubation.

« Je n’ai pas retenu son nom et je le regrette tellement, car elle m’a probablement sauvé la vie. Elle m’a dit: « M. Tremblay, vous commencez à être fatigué là, je crois qu’il va falloir vous intuber. Vous vous en allez dans les statistiques vers lesquelles on ne veut pas vous voir aller » », se rappelle-t-il.

M. Tremblay a dû être intubé pendant plusieurs jours.

Les 10 jours qui suivent sont flous pour Joël Tremblay. De ce nombre, il en passera quatre à dormir, et six autres où le personnel médical doit le réveiller par séquence pour le stimuler. Alors que son état s’améliore légèrement, il demeure tout de même dépendant à l’oxygène pendant 30 jours. « Je pleurais comme un enfant. Je voyais l’état de mes voisins de chambre s’améliorer, et je ne comprenais pas pourquoi moi je n’y arrivais pas », avoue ce dernier.

Malgré tout, l’homme s’accroche. Il puise dans sa famille pour se motiver à prendre du mieux. « Je pensais à ma fille et mes petites-filles. Moi, j’ai perdu mon père à 29 ans, et ma fille a 29 ans. Je ne voulais pas qu’elle ait à vivre ça aussi, je lui ai toujours promis que je m’occuperais d’elle tout le temps. »

Parallèlement à tout ça, sa conjointe a également contracté la COVID, mais a heureusement pu se rétablir à la maison.

Un retour à la normale qui prendra du temps

L’homme qui s’adresse au Quotidien a bonne voix et retrouve de son propre aveu le chemin vers la santé. Mais bien qu’il ait aujourd’hui quitté son lit d’hôpital, la partie est loin d’être gagnée pour Joël Tremblay. C’est que son passage aux soins intensifs lui aura laissé des séquelles importantes, notamment au niveau de ses poumons et de sa masse musculaire, qui a littéralement fondu. Celui-ci repose d’ailleurs actuellement à l’Unité de réadaptation fonctionnelle intensive (URFI) du Centre de réadaptation de Jonquière, afin de réapprendre à marcher, ainsi qu’à utiliser ses bras et ses mains.

« J’ai peut-être un ou deux mois de réhabilitation devant moi. Je dois retrouver mon autonomie. Présentement, juste me lever pour m’habiller ou aller me laver, et ma saturation en oxygène redescend. Ça prendra peut-être un an avant que je puisse refaire toutes les activités que je faisais avant. »

« Un travail extraordinaire »

Après les dures semaines qu’il vient de traverser, M. Tremblay tient à rendre hommage au personnel hospitalier, ainsi qu’aux travailleurs du centre de réadaptation, qui font selon lui « de petits miracles » grâce à leur dévouement. « Je leur dois beaucoup. C’est incroyable, ça fait un an qu’ils doivent vivre ça. Je leur lève mon chapeau, car ils font vraiment un travail extraordinaire. Les infirmières, les préposées, les médecins, les gens à l’entretien... Ils continuent tous de travailler, et quand ils voient que tu ne vas pas bien, ils prennent cinq minutes pour venir te parler. »

C’est entre autres après avoir pris connaissance des manifestations de samedi, où des milliers de personnes ont défilé en province afin de protester contre les mesures sanitaires en vigueur, que Joël Tremblay a senti le besoin d’essayer de sensibiliser les citoyens. S’il ne condamne pas ceux qui choisissent de ne pas se faire vacciner, il éprouve cependant un profond ressentiment envers ceux qui minimisent les conséquences du virus.

« Ma mère est décédée juste après que je tombe malade. Je n’ai pas pu me rendre au salon, puisque j’étais intubé à ce moment. Cette COVID-là m’a enlevé le deuil de ma mère, et je vois un homme passer à la télé, qui dit que la COVID, ce n’est pas si pire que ça. Ces gens-là ne voient certainement pas ce qui se passe dans les hôpitaux. J’aimerais faire comprendre aux gens que ce n’est pas une question de se tenir debout, c’est une question de vaincre cette menace qui est dangereuse. »