D’avril 2017 à avril 2018, plus de 300 000 dons de sang ont été effectués au Québec, et autant de bouteilles d’eau en plastique à usage unique ont été fournies aux donneurs par Héma-Québec.

Son don de sang refusé à cause de sa bouteille d’eau

Lisette Dion donne de son sang depuis 40 ans. Jeudi matin, elle l’aurait fait pour une 33e fois. Mais cela n’a pas été possible, car la sexagénaire s’est vue refuser l’entrée à la collecte de sang d’Héma-Québec au domaine du Parc, à Cowansville. La raison ? On l’a empêché d’utiliser l’eau qui était dans sa bouteille réutilisable, à la place de celle en plastique à usage unique qui était fournie.

La décision du personnel de bénévoles présents sur place est d’autant plus regrettable que Mme Dion est de groupe sanguin A-, partagé par seulement 6 % de la population au Québec. En plus du courriel habituel d’Héma-Québec l’incitant à donner à l’occasion de chaque collecte de sang dans la région, elle avait même reçu un appel téléphonique. « On m’a fortement suggéré de me rendre à la clinique, parce que mon groupe sanguin est plus rare et la banque de sang était très basse. Ils avaient besoin de mon type de sang. »

Mme Dion insiste cependant pour ne pas jeter la pierre aux bénévoles qui permettent à ces collectes de sang d’avoir lieu. « Je pense qu’Héma-Québec devrait donner des consignes plus claires à ses bénévoles pour que ceux-ci fassent preuve d’un peu plus de souplesse dans les règlements. »

Héma-Québec

Interpellé sur l’événement vécu par Mme Dion, Héma-Québec se veut rassurant. « Il n’existe pas de consigne [interdisant] à une personne qui, pour réduire son empreinte environnementale, arrive avec de l’eau [dans une bouteille réutilisable]. Il n’y a aucune consigne, bien au contraire », indique Laurent-Paul Ménard, porte-parole d’Héma-Québec.

Et de l’eau, les donneurs en consomment beaucoup. En effet, Héma-Québec recommande à chaque donneur de boire une quantité d’eau équivalant au don de 500 ml de sang, afin de diminuer les malaises pouvant subvenir à cette occasion. Une bouteille d’eau est ainsi offerte à chaque donneur, sur laquelle on note un numéro. D’avril 2017 à avril 2018, plus de 300 000 dons ont été effectués, et autant de bouteilles d’eau en plastique à usage unique ont été utilisées.

Lisette Dion a toujours apporté sa propre bouteille d’eau, mais ce n’est que récemment qu’Héma-Québec propose systématiquement des bouteilles en plastique. « Avant, ils offraient de l’eau dans des gobelets en papier », se rappelle Mme Dion. Lors du dernier don de sang, « j’avais pris la bouteille et ça m’avait achalé », explique-t-elle.

Transition écologique

Jeudi matin, Mme Dion était décidée à refuser la bouteille d’eau offerte par Héma-Québec. La veille, elle avait en effet signé le Pacte pour la transition écologique, une initiative de 400 personnalités publiques, artistes et scientifiques du Québec incitant les citoyens à réduire leur empreinte environnementale et à presser les gouvernements à agir contre les changements climatiques.

Héma-Québec se dit consciente que plusieurs de ses donneurs sont mal à l’aise avec ces bouteilles d’eau à usage unique. « Je fais partie d’un groupe de travail dans lequel nous examinons présentement les meilleures stratégies pour justement rencontrer cette préoccupation-là de plusieurs de nos donneurs, et que nous avons nous-mêmes, de réduire l’empreinte environnementale qui est liée à l’utilisation de bouteilles d’eau à usage unique », précise M. Ménard.

« On nous supplie de réduire notre empreinte environnementale, alors ce n’est pas logique », constate Mme Dion.

À Héma-Québec, aucun échéancier n’est prévu pour remplacer ces bouteilles d’eau. « Nous en sommes à identifier les meilleures pratiques en la matière », explique M. Ménard.