Selon Richard Boissinot, les soins d’hygiène des dents et des prothèses ont toujours fait partie des tâches des préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD. Mais les différentes mesures incluses dans le programme risquent d’accentuer la pression sur du personnel déjà surchargé.

Soins buccodentaires dans les CHSLD: un programme réaliste?

S’ils sont d’accord avec les objectifs visés par le programme de soins buccodentaires et d’hygiène quotidiens annoncé mardi par la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, des syndicats se demandent comment, dans un contexte de pénurie de personnel, les préposés aux bénéficiaires pourront réaliser ce qui est attendu d’eux avec les ressources qu’ils ont sur le terrain.

Le cadre de référence du programme, qui fait plus de 150 pages, distingue cinq profils de résidents (avec ou sans dents naturelles, avec ou sans prothèses dentaires partielles ou complètes, etc.) À chaque profil est associée une carte de rappel détaillant les soins d’hygiène à apporter. De façon générale, ces soins, qui incluent le brossage de la langue et des muqueuses, doivent être donnés deux fois par jour. À chaque carte s’ajoute par ailleurs une fiche d’information portant sur les précautions à prendre auprès des résidents souffrant de dysphagie. Le programme prévoit une formation du personnel sur ces meilleures pratiques.

Le Syndicat (CSN) des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale n’avait pas été informé des détails du programme lorsque joint par Le Soleil, mercredi. «Tout ce qu’on sait, c’est ce que les médias ont rapporté [mardi]. On n’a pas encore été rencontré», a indiqué son président, Richard Boissinot. Selon lui, les soins d’hygiène des dents et des prothèses ont toujours fait partie des tâches des préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD. «La majorité des résidents a un dentier, ce qui est rapide à laver», mentionne-t-il. 

Mais les différentes mesures incluses dans le programme risquent d’accentuer la pression sur du personnel déjà surchargé. «On est mercredi, en pleine semaine, et il manque à l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré trois des six préposés aux bénéficiaires prévus» sur un étage de soins de longue durée, illustre-t-il. «L’intention [derrière le programme] est très bonne, mais est-ce qu’on est capable de mettre ça en pratique avec les forces qu’on a sur le terrain? Est-ce que les préposés auront le temps de tout faire? Aujourd’hui, ce serait difficile à Sainte-Anne-de-Beaupré.»

«Pas le temps»

Au Syndicat québécois des employées et employés de service (FTQ), on affirme que les soins d’hygiène de la bouche doivent déjà être donnés deux fois par jour normalement, mais qu’en réalité, «ce n’est pas ça qui se passe». «Souvent, le soir, les préposés n’ont pas le temps. Ils y vont avec les priorités, qui sont les changements de couches», nous a expliqué un représentant du syndicat. 

En conférence de presse, mardi, la ministre Marguerite Blais soulignait que l’offre de soins buccodentaires dans les CHSLD était «inégale, parfois insuffisante, même inexistante». Elle se disait d’avis que «ce n’est pas parce qu’il manque de personnel qu’on ne peut pas commencer à s’occuper de la bouche de nos aînés», que le premier budget de son gouvernement prévoyait l’embauche de personnel et que «c’est en se donnant une vision à long terme que nous allons être en mesure de réussir». Le programme, pour lequel un budget de 10 millions $ par année est prévu, devrait avoir été déployé dans tous les CHSLD d’ici un an, a-t-on indiqué mardi.



« L’intention [derrière le programme] est très bonne, mais est-ce qu’on est capable de mettre ça en pratique avec les forces qu’on a sur le terrain? Est-ce que les préposés auront le temps de tout faire? »
Richard Boissinot, président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Dans son cadre de référence, le ministère de la Santé ne se fait pas de cachettes : il souligne qu’«il est important de reconnaître les principales barrières pouvant limiter ou empêcher la mise en place des soins buccodentaires et des soins d’hygiène quotidiens de la bouche en CHSLD afin de prendre les mesures nécessaires pour les atténuer, et, le cas échéant, les éliminer».

Parmi ces principales barrières, le ministère cite «l’inconfort des équipes de soins à l’égard des résidents atteints de démence qui refusent parfois d’ouvrir la bouche» et «le manque de ressources et de temps pour accomplir les tâches requises».