Samuel Blais a brandi la coupe Stanley dans les rues de Montmagny, mercredi.

Samuel Blais et la coupe Stanley défilent à Montmagny [VIDÉO + PHOTOS]

MONTMAGNY — Portée à bout de bras par Samuel Blais, la Coupe Stanley a défilé dans la chaleur de Montmagny, mercredi midi. La Place Montel était bondée de milliers d’amateurs venus acclamer leur concitoyen champion des séries de la LNH.

«Sammy! Sammy! Sammy!» scandaient plusieurs au passage de la camionnette blanche, où prenait place le numéro 9 des Blues de St. Louis. Aux côtés de la Coupe, le héros local a fait monter sa sœur, son frère et quelques amis au long du parcours de 1 km qui ralliait l’aréna, qu’on parle déjà de renommer en son nom, à la place publique faisant face à l’hôtel de ville et à l’église.

C’est là que l’attendait la majorité d’une foule énergique, malgré l’humidité suffocante. Ferveur que seul un orage a ensuite réussi à refroidir, en début d’après-midi.

Les plus passionnés s’y sont pointés aussi tôt qu’à 6h pour être les premiers à obtenir leur photo avec Blais et le fameux trophée de Lord Stanley, qui en était à sa première visite dans la capitale de l’oie blanche. 

À LIRE AUSSI : Perron et la coupe à Sherbrooke: poutine, céréales et bain de foule

«Go, Blues, go!» criaient d’autres, pendant que Blais se rafraîchissait en descendant une bière en canette d’un coup lors d’un arrêt du cortège ou qu’il prenait la parole au micro sur la scène pour remercier tous ceux qui l’ont encouragé au fil des ans.

«C’est incroyable tout le monde qu’il y a ici! Les gens de Montmagny m’ont supporté durant toutes les séries et depuis que je suis jeune. Ils sont fiers de moi et ça me fait un grand plaisir de les voir aujourd’hui et de leur apporter la Coupe. Sans eux, je ne serais pas rendu là», a-t-il commenté, lors d’un petit point de presse au cours duquel il a dû essuyer la sueur qui perlait sur son visage à quelques reprises.

Même s’il n’est âgé que de deux mois, Matt Picard a pris part aux célébrations de la conquête de la Coupe Stanley organisées à Montmagny. Et grâce à la complicité de Samuel Blais, le bambin a même eu l’honneur de s’assoir dans le précieux trophée.

La rencontre avec les journalistes s’est tenue sur la terrasse du bistro de son oncle, où les partisans de Blais et des Blues se réunissaient durant les séries, surtout en finale contre les Bruins. Jusqu’au septième et ultime match du 12 juin, remporté 4-1.

Céréales dans la Coupe

Arrivée à 9h30 au domicile familial des Blais en provenance de Sherbrooke, où son coéquipier David Perron avait célébré la veille, la Coupe Stanley a d’abord servi à manger des Nesquik, céréales chocolatées par excellence. Puis, bien sûr, à boire du champagne.

«J’ai mangé des céréales dedans, elles goûtaient encore meilleur! Je voulais prendre des Lucky Charms, mais Perron l’a fait hier. Il m’a texté ce matin pour me dire d’y faire attention, mais je crois que c’est lui qui était plus magané que la coupe!» a rigolé l’athlète de 23 ans, qui prévoyait déguster un autre repas dans le fameux saladier argenté avant la fin de cette journée magique.


« Ça me fait un grand plaisir de les [les gens de Montmagny] voir aujourd’hui et de leur apporter la Coupe. Sans eux, je ne serais pas rendu là »
Samuel Blais

Blais profitait jusqu’à minuit de la Coupe Stanley, toujours accompagnée du gardien mandaté par le Temple de la renommée. Lui et le joueur sont les seuls autorisés à la manipuler et doivent être présents si une autre personne y touche.

Se cherchant un coin d’ombre, son père s’avouait ému de voir fiston avec la Coupe. «Je l’ai vue arriver ce matin dans la cour et quand elle est sortie du coffre, c’est venu me chercher. Je ne suis pas émotif tant que ça, mais les larmes sont venues vite», confie Sébastien Blais.

Lui-même un ancien hockeyeur ayant atteint le senior, le paternel reconnaît avoir fait beaucoup pour soutenir Samuel dans son cheminement sportif, tout autant que maman Marie-Josée. «Mais on n’a pas fait plus que les autres parents de joueurs de hockey. Ç’a marché pour Sam et tant mieux, mais je sais que tous les parents de joueurs de hockey ont fait pareil. Pour nous, ça n’a jamais été une corvée d’aller à l’aréna à 6h ou 7h le matin pour une pratique.»

«C’était fini, le hockey»

Lors d’une telle journée de succès, on se rappelle aussi les échecs. Retranché à deux reprises du midget AAA par les Commandeurs de Lévis, le Samuel Blais de 16 ans croyait pourtant en avoir bel et bien terminé avec le hockey.

«Je me souviens avoir ramassé sa poche dehors et que c’était fini pour lui, le hockey», raconte son père. «Puis par des contacts, je lui ai trouvé une invitation avec Québec [Séminaire Saint-François], ce qui l’a remis sur la carte, puis Trois-Rivières l’a vu apparaître.»

«Après avoir été coupé deux fois à Lévis, l’entraîneur Frédéric Lavoie m’a donné ma chance à Trois-Rivières et c’est un peu grâce à lui que j’ai ce trophée-là avec moi aujourd’hui», confirme Samuel. «J’ai ensuite été repêché par Victoriaville dans le junior et les choses se sont enchaînées. Mais si je n’avais pas joué midget AAA, ma carrière serait sûrement finie», dit celui qui n’aurait pu rêver d’une meilleure fin pour sa première saison complète dans la LNH.

Blais vient de parapher une entente d’un an à un volet d’une valeur de 850 000 $, avec les Blues.

La Coupe Stanley sera jeudi à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, où réside le gardien suppléant Jake Allen.

+

«IL ME MET DE LA PRESSION, LE PETIT MAUDIT!»

«Le sentiment de voir Sam soulever la Coupe Stanley, il m’a quasiment fait brailler!»

Ce n’est pas la mère ou le grand-père de Samuel Blais qui étale ainsi ses émotions. Plutôt la recrue de l’année dans la Ligue américaine et l’un des espoirs les plus en vue chez le Lightning de Tampa Bay. Non seulement Blais et Alex Barré-Boulet sont bons amis, mais ils ont grandi dans le même quartier et beaucoup joué ensemble sur la patinoire, entre autres au sein des Alliés de Montmagny-L’Islet.

«Il me met de la pression, le petit maudit! Ce sera à mon tour d’amener une Coupe à Montmagny un moment donné. Mais je vais surtout essayer par commencer de jouer une partie dans la LNH. Je vais y mettre tous les efforts cet automne au camp et si jamais je dois retourner à Syracuse [dans la LAH], je vais tout faire pour être rappelé durant la saison», explique Barré-Boulet.

Auteur de 34 buts, un sommet ex æquo dans la ligue, et 68 points à sa première campagne professionnelle, le petit attaquant n’a toutefois pas reçu l’appel tant attendu de la part du Lightning, cet hiver. 

Pendant ce temps, son chum et ancien coéquipier Blais s’installait chez les Blues de St. Louis pour 32 rencontres de saison, puis 15 autres en séries jusqu’à la conquête de la Coupe Stanley, véritable Saint Graal du hockey professionnel.

Barré-Boulet était donc parmi les proches de Blais qui ont côtoyé le célèbre saladier argenté toute la journée de mercredi. «Je suis arrivé chez lui ce matin vers 10h30, mais j’ai pris soin de ne pas toucher à la Coupe, au cas que ça porte malchance. Puis j’ai fait la parade avec lui et on aura un petit party privé après chez lui. C’est vraiment super, ce qui lui arrive. C’est aussi mon rêve et je ne peux pas avoir meilleure motivation que Samuel», atteste Barré-Boulet.

Blais est avantagé par son gabarit de 6’ 2” et 205 lb, contre 5’ 10” et 170 lb pour Barré-Boulet. Mais dans leur jeunesse, les deux remplissaient le filet adverse à qui mieux mieux, l’un marquant très souvent sur une aide de l’autre. Blais s’est depuis frayé un chemin jusqu’à la LNH grâce surtout à sa robustesse, lui qui revendique 10 points en 58 matchs dans la grande ligue.

+

AUX PREMIÈRES LOGES

Jimmy Gaudreault n’allait pas rater la première visite de la Coupe Stanley dans sa ville, Montmagny. Il était là à 6h, mercredi, premier en file pour avoir une photo en compagnie de Samuel Blais et du fameux trophée. Qui s’y sont posées sept heures plus tard, autour de 13h

«Je voulais vraiment voir la Coupe, et Samuel aussi», a expliqué au Soleil ce fervent partisan, qui avait approché le saladier de Lord Stanley pour la première fois il y a quatre ans, à Saint-Agapit, quand Antoine Vermette l’a gagné avec les Blackhawks.

«Sam est un p’tit gars de la place, je trouvais important d’être de l’événement. Ce n’est pas gros Montmagny, tout le monde se connaît. On est fiers de voir ce qu’il a pu accomplir», explique Gaudreault.

Outre la fierté collective, Nancy Rodrigue, deuxième dans la file arrivée à 6h30, souligne la persévérance dont Blais a fait preuve. Ayant travaillé avec sa mère comme responsable de service de garde, elle l’a vu grandir et franchir les obstacles.

«Le soir où il a été repêché [en 2014], on était assis à la table voisine, ici, au resto. On l’a toujours suivi et il a dû retourner à quelques reprises dans la Ligue américaine, mais il n’a jamais lâché. Il est un bel exemple», résume la dame, qui avait eu son premier contact avec la Coupe Stanley il y a deux ans, quand Sidney Crosby l’a apportée à Rimouski.