Pendant 16 ans, entre 2000 et 2016, Robert Bourget a été exposé à des bruits de toutes sortes dans la cuisine de l’Hôpital Saint-François d’Assise.
Pendant 16 ans, entre 2000 et 2016, Robert Bourget a été exposé à des bruits de toutes sortes dans la cuisine de l’Hôpital Saint-François d’Assise.

Rendu sourd à cause de son travail, un cuisinier retraité du CHU de Québec sera indemnisé

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le travail dans une cuisine d’hôpital ou dans un restaurant peut rendre sourd. C’est du moins la conclusion à laquelle le Tribunal administratif du travail (TAT) en est arrivé en déclarant le cuisinier à la retraite Robert Bourget admissible aux prestations prévues par la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.

Pendant 16 ans, entre 2000 et 2016, Robert Bourget a été exposé à des bruits de toutes sortes dans la cuisine de l’Hôpital Saint-François d’Assise : bruits des ventilateurs, des employés, des chaudrons à vapeur, de la manipulation de la vaisselle, des lave-vaisselles, des réfrigérateurs, des refroidisseurs, des portes de réfrigérateurs qui claquent, des malaxeurs, des robots culinaires, des friteuses à gaz… 

Le travailleur aujourd’hui retraité a aussi occupé un poste de chef cuisinier au Délice Resto Lounge de Lévis entre 1995 et 1999. Là aussi, les bruits provenant de la cuisine, des employés et de la clientèle ont altéré son audition. Auparavant, soit de 1970 à 1994, Robert Bourget a travaillé dans d’autres cuisines de restaurants, de brasseries et de motels. De son propre aveu, à son arrivée au CHU de Québec, il avait déjà des problèmes de surdité.

C’est en 2016, devant les pressions de son entourage qu’il faisait toujours répéter, que Robert Bourget a décidé de consulter. Le travailleur avait lui-même noté des difficultés à «comprendre la parole» en présence de bruits, en contexte de groupe, à distance, au téléphone ou en écoutant la télévision, rapporte la juge administrative Renée-Claude Bélanger dans sa décision rendue le 23 décembre. 

Les tests subis par le travailleur ont révélé une hypoacousie neurosensorielle. Un diagnostic de surdité neurosensorielle unilatérale a été retenu, et l’utilisation d’un appareillage auditif et d’un système pour la télévision avec écouteurs a été recommandée. 

Demande d’abord rejetée

En mars 2017, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) a refusé la réclamation de Robert Bourget au motif qu’il n’avait pas démontré que sa surdité était liée à son travail de cuisinier. La CNESST a confirmé cette décision en juillet 2017 à la suite d’une demande de révision administrative.

Le TAT, lui, estime que Robert Bourget a bel et bien subi une lésion professionnelle. Il souligne que l’audiologiste et l’ORL consultés se sont tous deux dits d’avis que la perte auditive bilatérale était compatible avec une atteinte causée par le bruit. 

Quant à savoir si cette atteinte par le bruit a été causée par un travail impliquant une exposition à un bruit excessif, le TAT retient que le travailleur a été exposé au bruit constant provenant d’appareils «comme des ventilateurs, des réfrigérateurs, des congélateurs, des lave-vaisselles et des malaxeurs». Il retient également le témoignage du demandeur à l’effet que les employés devaient crier pour se comprendre dans cet environnement. 

«Le Tribunal est d’avis que la preuve prépondérante lui permet de conclure que le travailleur a œuvré, entre 1970 et 2016, dans un environnement de travail très bruyant qui dépassait la mesure souhaitable», écrit Renée-Claude Bélanger. 

Selon elle, la durée d’exposition a été significative et suffisante pour que puisse être établie une relation entre l’exposition aux différents bruits et le dommage auditif constaté.