Les milliers d’investisseurs détenteurs d’actions de Nemaska Lithium se disent abandonnés par le gouvernement québécois dans le projet de relance de l’entreprise.
Les milliers d’investisseurs détenteurs d’actions de Nemaska Lithium se disent abandonnés par le gouvernement québécois dans le projet de relance de l’entreprise.

Relance de Nemaska Lithium: les investisseurs se disent abandonnés

Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Des milliers de détenteurs d’actions de Nemaska Lithium se disent abandonnés par le gouvernement québécois dans le projet de relance de l’entreprise qui veut notamment implanter une usine de transformation du lithium sur le site de l’ancienne papetière Laurentide, situé dans le secteur Grand-Mère à Shawinigan.

Selon le Regroupement des actionnaires de Nemaska, qui compte environ 2700 membres sur Facebook, l’offre d’Investissement Québec et de deux partenaires, la société Orion et la firme londonienne Pallinghurst, pour reprendre l’entreprise constitue un véritable affront. Le fait que le plan de relance, qui est assujetti à l’approbation du tribunal, implique le retrait de l’entreprise de la bourse, et du même coup, rend caduques les actions qu’ils possèdent, ne passe vraiment pas comme une lettre à la poste pour les investisseurs.

Rappelons que dans sa nouvelle mouture, l’État québécois et Pallinghurst détiendront l’entreprise à parts égales et Orion demeurera le principal créancier garanti, à la hauteur d’environ 135 millions $. Fait à noter, ce plan de relance devra être accepté par la Cour supérieure avant de pouvoir être mis en branle. Le tribunal devrait statuer à la mi-septembre.

La reprise de l’entreprise par l’État québécois et ses deux partenaires signifie donc que les petits actionnaires de l’entreprise, parmi lesquels figurent des milliers de Québécois, vont complètement perdre leur mise.

Le Regroupement considère que le ministre des Finances, Pierre Fitzgibbon, a voulu décourager les investisseurs et les faire fuir en tenant un discours pessimiste. La semaine dernière, le ministre a qualifié de «patente à gosses», le montage financier de Nemaska.

«Le ministre Fitzgibbon et Investissement Québec étaient parties prenantes d’une offre et le ministre affirmait pourtant que Nemaska ne valait rien, que le lithium n’avait pas d’avenir, que Nemaska n’aurait jamais dû être à la bourse et qu’il ne mettrait jamais d’argent là-dedans. Manifestement, ces propos visaient à prendre le contrôle de la moitié des actifs de Nemaska en dépossédant les 25 000 familles québécoises qui ont soutenu la compagnie. Ironiquement, Investissement Québec s’engage maintenant à dépenser 300 millions $ de fonds publics supplémentaires. Le stratagème était simple: dénigrer Nemaska pour faire fuir les autres investisseurs et l’obtenir à rabais», a déclaré Alain Clavet, président du Regroupement des actionnaires de Nemaska, dans un communiqué émis en matinée mercredi.

Par ailleurs, le Regroupement des actionnaires de Nemaska étudie les divers recours possibles pour répondre à ce qu’il qualifie d’injustice. Ces dirigeants ont d’ailleurs demandé aux membres de verser une somme de 100 $ afin de payer les frais découlant des actions qui pourraient être posées.

Parmi les quelque 25 000 investisseurs touchés, on compte de nombreux Québécois, dont plusieurs vivent dans la région. Du nombre, Claude Domaine qui possède, ou plutôt possédait, 180 000 actions de Nemaska. Évidemment, ce travailleur de la construction était loin d’être heureux lorsqu’il a pris connaissance du plan de relance retenu en début de semaine.

«Ça me laisse un goût amer, mais je m’y attendais. Je suis extrêmement déçu de l’attitude du gouvernement dans tout ça. On a aidé la compagnie à monter sa structure et on se retrouve avec rien aujourd’hui», laisse-t-il tomber, résigné.

Déplorant lui aussi la façon dont se termine cette aventure pour les investisseurs, le Shawiniganais Louis-Jean Trottier se dit néanmoins soulagé d’apprendre que l’usine de Nemaska verra tout de même le jour à Shawinigan. Tout comme le maire Michel Angers en début semaine, il se dit habité par des sentiments partagés. Fait à noter, M. Trottier confie qu’il a vendu la majeure partie de ses actions avant qu’elles ne vaillent plus rien.

Par contre, l’attitude «évolutive» de Québec par rapport à ce projet au cours des années le laisse perplexe.

«Fitzgibbon était très positif sur le futur du lithium et parlait spécifiquement de Nemaska. […] Ce qui est aujourd’hui une ‘‘patente à gosses’’ était à l’époque un chouchou en or», indique celui qui avait initialement été attiré par les aspects local et novateur du projet.