Shakti Ramsurrun est reconnu coupable de deux meurtres prémédités et d’un meurtre non prémédité.

Quel espoir pour un triple meurtrier ?

Un triple meurtrier peut-il garder espoir, aussi mince soit-il, de sortir de prison, un jour ? C’est la question débattue cette semaine, au palais de justice de Gatineau, dans l’un des cas qui a le plus marqué l’Outaouais au cours de la dernière décennie.

En mai dernier, Shakti Ramsurrun, aujourd’hui âgé 34 ans, a été reconnu coupable du meurtre sans préméditation de son ex-conjointe Anne-Katherine Powers, ainsi que des meurtres avec préméditation de sa mère, Louise Leboeuf, et du conjoint de celle-ci, Claude Lévesque.

Le triple meurtre s’est produit dans le cadre d’un drame familial, dans la nuit du 23 au 24 mai 2012, dans le secteur Aylmer.

La peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, est automatique dans les cas de meurtre avec préméditation.

La sentence pour un meurtre sans préméditation est aussi une peine d’emprisonnement à vie, mais la possibilité de libération conditionnelle peut varier.

Dans ce cas, la Couronne demande 15 ans, minimum.

La Couronne veut additionner ces deux périodes d’admissibilité de libération conditionnelle, pour un total de 40 ans, et non de 25.

Le ministère consent à ce que Shakti Ramsurrun purge d’abord ses deux peines de meurtres prémédités de façon concurrente, mais veut y additionner celle du meurtre sans préméditation d’Anne-Katherine Powers (minimum 15 ans).

Au lieu d’avoir la permission de demander une libération conditionnelle en 2037, Shakti Ramsurrun ne pourrait faire cette demande qu’en 2052, si le juge Éric Downs donne raison à la Couronne.

« Ce sont trois gestes, trois intentions différentes, explique le procureur de la Couronne, Me Sylvain Petitclerc. Le fait qu’il y ait une conjointe impliquée constitue un facteur aggravant. Si les trois peines étaient purgées de façon concurrente (25 ans minimum), la peine pour Anne-Katherine passerait dans le beurre. »

Espoir

L’avocat de la défense, Me Richard Dubé, a fait témoigner son client et un professeur émérite de droit à l’Université Queen’s, Allan Manson.

Selon Me Dubé, le système doit permettre au justiciable de « garder espoir », même derrière les barreaux dans le cadre d’une sentence de prison à vie.

« Il ne faut pas jeter la clé, a plaidé Me Dubé. Il faut regarder le caractère de la personne. Si monsieur est récupérable dans 25 ans, il lui restera encore 15 ans. On fait quoi, à ce moment ? C’est immoral et illégal. C’est un bon garçon pris dans une histoire terrible. Et cela, je le rappelle, demeure une prison à vie. »

Me Dubé a fait témoigner le professeur et son client afin de relever le terme « espoir » dans le discours des deux personnes. L’universitaire a publié de nombreuses études sur ce principe, qu’il juge important dans la confiance envers le système judiciaire et le droit à la réinsertion sociale.

Le meurtrier, qui dit vouloir s’améliorer, affirme que l’espoir de jours meilleurs lui permettrait de mieux se prendre en main.

« Il faut adapter une sentence à Shakti Ramsurrun, pas au nombre de meurtres », a dit Me Dubé.

Shakti Ramsurrun, originaire de l’Île Maurice, est tombé amoureux de Mme Powers lors d’une croisière. Le jeune homme a déménagé au Canada, mais les choses ont mal tourné. Il a mal pris sa séparation, et a poignardé à mort ses trois victimes, dans leur résidence du secteur Aylmer. Le juge Downs a pris l’affaire en délibéré, mardi.