En cette Semaine nationale du don d’organes et de tissus, des Sherbrookois sont venus témoigner, mercredi, de l’importance de ce geste sur leur vie et celle des autres. Il s’agit de Valérie St-Amant et Martine Ouellet, mère et sœur d’Hugo, qui a fait le don de ses cornées, Michel Carpentier, greffé du foie depuis 15 ans, ainsi que Marie-Pier Savaria et Benoit Lefebvre, parents de Justin, qui a fait le don de ses reins, son cœur et son foie.

Quatre enfants vivent grâce aux organes de Justin

La mort tragique du petit Justin Lefebvre, décédé par noyade l’été dernier, permet aujourd’hui à quatre personnes de vivre grâce à son cœur, ses reins et son foie. Ironiquement, peu de temps avant ce « bête accident de piscine », le jeune homme avait manifesté à ses parents son désir de donner ses organes à son décès.

C’est ce qu’ont raconté les parents du jeune Sherbrookois, mercredi, lors d’une conférence de presse organisée dans le cadre de la Semaine nationale du don d’organes et de tissus afin de sensibiliser la population à l’importance d’un tel geste.

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Une fondation à la mémoire de Justin Lefebvre

Benoit Lefebvre et Marie-Pier Savaria ont témoigné que, malgré la douleur que représente la perte d’un enfant, le don d’organes leur a permis de « mieux vivre » le deuil auquel ils ont eu à faire face de façon inattendue.

« Ça met un baume énorme sur notre peine, a tenu à exprimer Benoit Lefebvre. On est fiers de notre garçon, on est fiers de savoir que les quatre enfants en bas de huit ans qu’il a aidés vont très bien. On a eu des lettres de deux familles de receveurs. Même si on ne peut pas savoir de qui il s’agit, juste de savoir qu’ils ont pu revivre grâce à Justin, pour nous, c’est parfait », a-t-il souligné au côté de sa conjointe, qui a pour sa part qualifié son garçon de « héros ».

Donner la vie

L’ancien directeur du Service de police de Sherbrooke, Michel Carpentier, a lui aussi témoigné de l’importance du don d’organes. L’ancien policier vit depuis 15 ans avec le foie d’un jeune homme, décédé à l’âge de 23 ans dans un accident de voiture. Ce don, a-t-il dit, lui a permis de connaître ses petits-enfants et de réaliser ses rêves. « N’eût été ce don, non seulement je ne serais plus là, mais ma famille serait en deuil », a-t-il témoigné, en ajoutant que le don d’organe peut aussi avoir pour effet d’engendrer la vie.

« J’ai appris dernièrement qu’une jeune femme, qui a reçu un rein, allait pouvoir avoir des enfants. Donc, le jeune homme qui lui a donné son rein n’a pas seulement permis à cette jeune femme de vivre, mais il lui a aussi donné la chance de donner la vie… »


« Un donneur qui souffre d’hypertension peut très bien être compatible avec un receveur qui présente la même condition. »
Annie Chouinard

L’infirmière Annie Chouinard a pour sa part démystifié l’idée voulant que seules les personnes en parfaite santé puissent consentir au don d’organes. Ce sont les évaluations médicales, a-t-elle dit, qui déterminent l’état des organes et la compatibilité de ceux-ci avec les receveurs en attente.

« Un donneur qui souffre d’hypertension, par exemple, peut très bien être compatible avec un receveur qui présente la même condition. » Au même titre qu’une personne atteinte du cancer peut aussi être en mesure de donner, a-t-elle précisé.

Des chiffres à améliorer

Selon Transplant Québec, le nombre de Québécois qui attendent une transplantation d’organes s’élève présentement à 786. Pour chacune de ces personnes malades, les chances de trouver un donneur compatible sont relativement faibles. D’où l’importance, dit Transplant Québec, de tenir des campagnes de sensibilisation telle que la Semaine nationale du don d’organes et de tissus, qui bat son plein jusqu’au 28 avril.

Selon l’organisme, toute personne qui consent à faire don de ses organes a le pouvoir de sauver huit vies et de redonner la santé à 20 personnes. Au cours de la seule année 2017, 510 Québécois ont bénéficié d’une transplantation, grâce aux dons de 182 donneurs décédés.

En Estrie, 13 donneurs décédés ont permis 45 prélèvements d’organes et 67 personnes ont autorisé le don de tissus.

Or, même si ces statistiques font du Québec la province la plus performante au Canada, la possibilité d’accroître les retombées du don d’organe demeure toujours présente.

Selon les données dont dispose Transplant Québec, 9 Québécois sur 10 se disent favorables au don d’organes, mais seulement 1 Québécois sur 2 a fait part à ses proches de son intention de faire un don d’organes. Et c’est précisément là où tout se joue, disent les promoteurs du don d’organes....

Non seulement faut-il signer sa carte d’assurance-maladie, indique Transplant Québec, mais encore faut-il informer ses proches de son choix. Car même si une personne a donné son consentement au don d’organes, sa famille peut s’y opposer à son décès, rappelle l’organisme.