L’ex-avocat Antoine Gagnon s’est présenté au palais de justice sans éviter les caméras. Il est défendu par Me Gervais Labrecque (à droite) et Me Kamy Pelletier.

Procès de l’ex-avocat Antoine Gagnon: une poupée-enfant érotique exhibée en salle d'audience

Une petite fille en silicone haute de 103 centimètres avec une perruque rose, des vêtements translucides. L’objet est dérangeant. Mais est-ce de la pornographie juvénile? C'est ce que la Cour du Québec devra déterminer.

Le procès d’Antoine Gagnon, accusé de possession et importation d’une poupée de pornographie juvénile s’est ouvert lundi matin au palais de justice de Québec.

L’accusé de 31 ans, ex-avocat de la défense dans un cabinet de Québec, arrive seulement accompagné de ses deux avocats. Il n’évite pas les caméras et n’a que peu de réactions.

La petite équipe de la Couronne suit, avec en tête la procureure de la Couronne Me Valérie Lahaie et, en queue de peloton, l’enquêteur Olivier Simard du Service de police de Québec qui traîne la boîte en carton contenant la poupée.

Les avocats d’Antoine Gagnon, Me Gervais Labrecque et Me Kamy Pelletier admettent que leur client a commandé un objet en Chine et l’a fait livrer chez lui à Québec. Ils n’admettent pas la nature de pornographie juvénile de la poupée ni la connaissance par l’accusé cette nature.

Livraison contrôlée

La poupée érotique représentant une fillette est arrivée à l’aéroport de Mirabel en mai 2017. Elle a été saisie par les agents des services frontaliers. Après avoir vu l’adresse du destinataire, les agents contactent le Service de police de la Ville de Québec. L’enquêteur Olivier Simard se rend à l’aéroport de Mirabel le 23 mai 2017 et ramène l’objet. L’enquêteur et son équipe décident d’organiser une livraison contrôlée de la poupée.

Le 8 juin 2017 en matinée, un enquêteur du SPVQ, déguisé en livreur de la compagnie UPS, livre la boîte au logement de Gagnon, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste à Québec. Le jeune avocat est seul chez lui et prend possession de la boîte.

Le faux livreur repart. Une filature reste en place autour du logement.

Environ une heure plus tard, les policiers débarquent chez Antoine Gagnon. Une représentante du syndic du Barreau est présente pour s’assurer que les informations liées aux clients de l’avocat ne soient pas vues par les policiers.

Les policiers constatent que la boîte contenant la poupée n’a jamais été ouverte par Antoine Gagnon.

Huis clos

Le juge Jean Asselin de la Cour du Québec qui entend le procès n’a pas le choix de voir l’objet puisqu’il aura à décider si, comme le soutient la Couronne, il constitue de la pornographie juvénile au même titre qu'une photo ou une vidéo.

Avant de sortir la poupée de la boîte, et vu la nature sensible de la preuve, le juge Asselin rend une ordonnance pour exclure le public de la salle d’audience. Cinq journalistes peuvent rester pour rapporter les procédures judiciaires. Le juge invite gentiment les journalistes à aller relire la définition de l’article du Code criminel sur la pornographie juvénile. «C’est dans votre intérêt», estime le juge.

L’objet est finalement couché sur une table devant la greffière. La technicienne en identité judiciaire Manon Lévesque se charge de la manipuler et de la détailler.

La poupée mesure 103 centimètres, soit la grandeur moyenne d’une fillette de cinq ans, et est faite d’un matériau malléable s’apparentant au silicone. Elle a des orifices à la bouche et aux parties génitales. Elle porte une perruque rose fluo. Dans la boîte, se trouve aussi des petits vêtements translucides et quelques accessoires.

L’atmosphère est lourde durant cette présentation de la preuve. Les regards se détournent vite de l’objet.

Des mots-clefs explicites

L’enquêteur des crimes technologiques Claude Poulin explique les recherches informatiques faites par l’utilisateur de l’ordinateur saisi chez Antoine Gagnon lors de la perquisition.

Avant de faire fouiller l’ordinateur portable, l’enquêteur a ciblé six mots-clefs, tous des mots pris sur l’étiquette de la boîte de la poupée. Le policier avait notamment retenu le nom de la compagnie et le matériau, soit le silicone.

En fouillant l’historique du navigateur web, l’enquêteur Poulin a trouvé plusieurs résultats en lien avec ces mots-clefs.

Selon le policier, l’utilisateur a fait des recherches avec d’autres mots dans le but de trouver des poupées érotiques adolescentes, avec de petits seins ou dépourvues de sein.

Le procès se poursuit toute la semaine.