Roger Lessard, Sophie Dupont et Me Marc Bellemare

Pression sur la CAQ pour un registre de pédophiles au Québec [VIDÉO]

Parents, éducateurs, victimes et enseignants seront devant l’Assemblée nationale le 15 septembre prochain pour réclamer un registre de pédophiles au Québec. Cet enjeu faisait l’objet d’un engagement ferme de la CAQ avant l’élection.

Par le fait même, les manifestants espèrent faire abolir le délai de trois ans qu’ont les victimes pour dénoncer leur agresseur et intenter une poursuite civile. 

L’an dernier, à pareille date, les candidats de l’équipe Legault s’engageaient à répondre à ces demandes lors d’un premier mandat s’ils étaient élus. Depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ, les victimes attendent toujours un changement et aucun signe d’un registre de délinquants sexuels en création. 

«Nous sommes déçus de voir que tous les engagements de la CAQ en matière de justice et de sécurité publique sont demeurés lettre morte, nous sommes inquiets. Pas de message, pas de réunion, pas de réponse aux lettres. Il reste trois ans à leur mandat, mais vous savez qu’après un an, souvent les gouvernements sont plus tranquilles, beaucoup plus tiède, de là notre inquiétude», soulève Marc Bellemarre, avocat des victimes et ancien député libéral ministre de la Justice.

Lui et deux militants ont tenu une conférence de presse vendredi afin d’inviter la population à se joindre à eux le 15 septembre, à 13h, devant le parlement. 

«Geneviève Guilbault déclarait devant tous les participants de la marche 2018 qu’il y aurait création d’un registre public lors d’un premier mandat. Depuis cette déclaration, un comité aurait été mis en place afin d’étudier le tout. Encore un comité, ça fait 15 ans qu’on étudie. D’autres provinces comme l’Alberta ont un tel registre, ils affichent les individus sur la page même du gouvernement», indique Sophie Dupont, qui revendique pour un registre depuis plus de 15 ans après qu’un membre de sa famille ait été victime d’agression de la part d’un ancien pédophile qui vivait tout près. 

Crainte de justice populaire

Mme Dupont rappelle qu’en novembre 2007, l’Action démocratique du Québec (ADQ) adhérait à la création d’un tel registre. Avec Jean-François Gosselin, ils remettaient au gouvernement une pétition comprenant plus de 68 300 signatures de la population en faveur du registre.

«Réponse libérale : on craint la justice populaire. Depuis 10 ans, personne dans le groupe Facebook [avec près de 46 000 membres] n’a attaqué de gens affichés dans le groupe, et j’ai 1000 personnes affichées. Il ne s’est jamais rien produit. J’ai confiance en la population québécoise. Ils vont utiliser le registre comme un bon outil pour protéger leurs enfants. Il n’est pas normal qu’en 2019 on doive manifester pour avoir le droit à la sécurité de nos enfants, puisqu’il faut le faire au Québec, on le fera», ajoute-t-elle. 

Jointe par Le Soleil, l’attachée politique de Mme Guilbault a laissé savoir que l’élaboration d’un registre de délinquants sexuels était toujours dans les plans de la CAQ pour un premier mandat. La ministre a l’intention de tenir sa promesse électorale de ce côté, d’ici 2022. L’attachée politique ne pouvait dire si Mme Guilbault serait présente le 15 septembre prochain pour la manifestation. Il était impossible de s’entretenir avec la ministre de la Sécurité publique vendredi. 

Pas de justice pour les enfants agressés

«Un dossier extrêmement lié à celui de Mme Dupont concerne les enfants abusés sexuellement, et qui devenus adultes, n’ont pas accès à la justice. Ça fait neuf ans qu’on s’occupe du délai de trois ans. Dernièrement, Québec solidaire a déposé un projet de loi. Ils se sont tous levés en chambre, et ils étaient d’accord avec l’abolition. Et là c’est silence», dénonce Roger Lessard, représentant d’un groupe de victimes de prêtres pédophiles. 

Avec les promesses entendues en campagne électorale, M. Lessard explique que les victimes «jubilaient» à l’entrée de Legault au pouvoir. Depuis les élections, plusieurs lettres ont été envoyées à l’intention de la ministre de la Justice Sonia LeBel, toutes se retrouvent sans réponses.

«C’est une injustice incroyable. Ces gens-là vieillissent, les témoins vieillissent, les dossiers s’usent. L’écoulement du temps joue à l’encontre de l’intérêt des victimes. Le temps presse. On a besoin de ça pour que les parents québécois puissent prévenir les gestes à caractères sexuels sur leurs enfants», soutient M. Bellemarre. 

Le cabinet de Mme LeBel n’a pas commenté la situation vendredi.