L'artisan Shantam expose ses pipes en bois d'orignaux.

Premier festival du cannabis au Québec: les baby-boomers au rendez-vous

TROIS-PISTOLES — Le premier festival du cannabis au Québec, qui s'est ouvert à Trois-Pistoles samedi et qui se terminera dimanche soir, fait mentir beaucoup de préjugés. Samedi, la majorité des festivaliers était âgée de plus de 50 ans. «À peu près 60% sont des baby-boomers», estime l'organisateur de l'événement, Mikaël Rioux. Comme il est illégal de l'appeler le Festival du cannabis, l'événement porte le nom officiel de Festival du bon plant.

Avec ses conférences, le festival prend davantage des allures de colloque. Dans une ambiance conviviale se côtoient des gens en quête d'information, des experts, des scientifiques, des intervenants, des activistes.

La surveillance policière est accrue. «La Sureté du Québec a augmenté les effectifs comme elle le fait pour n'importe quel festival, indique l'un des agents rencontrés sur les lieux. Mais à cause du thème de celui-ci, la SQ a déployé un peu plus de policiers. C'est quand même le premier festival du cannabis! Donc, on ne savait pas trop à quoi s'attendre.»

Si certains appréhendaient les débordements, la réalité est toute autre. À l'exception de deux personnes que Le Soleil a vu en train de fumer la fameuse substance, les festivaliers respectaient l'interdiction de consommer du cannabis, qui est encore en vigueur jusqu'au 17 octobre. «Les gens sont respectueux, se réjouit M. Rioux. Les policiers sont venus me voir et ils m'ont dit que tout allait bien.»

L'organisateur est heureux de la tournure de l'événement. «Il existe des événements dans les places où c'est légal et où on met de l'avant la consommation, comme les cannabis cups aux États-Unis et en Colombie-Britannique», explique le Pistolois, qui a longtemps milité pour la légalisation du cannabis. «Au Québec, le cannabis est une plante qui a été démonisée. On a beaucoup de préjugés. C'est relié à la guerre des motards et à la mafia asiatique qui contrôlent beaucoup la production de cannabis. Les gens ont peur de ça.»

«Je me suis mis à réfléchir à un événement mettant de l'avant les vertus écologiques et thérapeutiques de la plante, où on pourrait traiter de l'aspect de la consommation responsable et récréative du cannabis, continue Mikaël Rioux. C'est aussi un lieu festif avec des spectacles en soirée. C'est un endroit pour apprendre, mais aussi pour s'amuser.»

Le Festival du bon plant a aussi un caractère revendicateur. «Au fédéral, on nous offre des grosses usines qui vont produire beaucoup, avec un marché très fermé, dénonce M. Rioux. Il faut que tu sois déjà millionnaire, proche du Parti libéral ou que tu aies de l'argent dans des paradis fiscaux. Nous, on prône le modèle des microbrasseries en région. On demande au gouvernement fédéral qu'il permette la microproduction, qui pourrait être développée sous forme de coopérative de solidarité, avec des membres producteurs, transformateurs et consommateurs. Il pourrait y en avoir au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et sur la Côte-Nord. On aurait nos produits du terroir avec nos saveurs différentes.»

«Au niveau du provincial, la loi C-157 interdit la production à domicile, rappelle M. Rioux. On demande donc que le gouvernement du Québec respecte la loi fédérale qui, à la base, est pour briser le marché noir.»

Les activités du festival se déroulent à deux endroits de Trois-Pistoles: à la Forge à Bérubé pour les conférences et dans la cour intérieure de la microbrasserie Le Caveau, devenue pour l'occasion L'Espace Cannabinacées, qui désigne la famille de plantes comprenant le houblon et le chanvre. Plusieurs kiosques d'information et de sensibilisation étaient installés, mais seulement deux d'entre eux étaient animés, dont l'un par l'artisan Shantam, qui vendait notamment des pipes qu'il sculpte dans des panaches d'orignaux.

En organisant le Festival du bon plant, Mikaël Rioux cherche à sensibiliser la population sur les vertus du cannabis

Une bière au chanvre, la 1959, a été spécialement brassée par Le Caveau pour l'occasion. Elle sera ensuite distribuée partout au Québec. Le restaurant de la microbrasserie est devenu, le temps de l'événement, le Cannabistro.

La première conférence intitulée «Le cannabis comme médecine préventive», prononcée par François-Olivier Hébert, a fait salle comble avec 120 personnes. «Ce que je suis venu faire, c'est de réorienter le débat et les idées qu'on a sur l'utilisation du cannabis dans la société, que ce soit autant à usage récréatif que médical», a résumé en entrevue au Soleil le docteur en biologie moléculaire et consultant scientifique de la clinique La Croix verte de Montréal. «En utilisant l'information contenue dans la science, comment on peut utiliser cette ressource-là pour en retrouver des bénéfices au niveau de la santé publique? Il ne faut pas voir cette substance-là comme dangereuse, qui peut causer des effets graves chez les gens. Il faut la voir comme une façon de désengorger le système de santé en l'utilisant pour toute une panoplie de pathologies.» Les autres conférences de samedi ont porté sur le chanvre comme élément du futur et dans l'éco-construction.

Dimanche, les conférences porteront sur le chanvre en 2020 ainsi que sur le cannabis et la légalisation. Lucie Pagé, qui affirme que le cannabis lui a sauvé la vie, présentera la conférence intitulée «Le cannabis d'hier à demain». «J'ai une ménopause extrêmement sévère et mortelle, raconte l'auteure en entrevue avec Le Soleil. Si on ne fait rien, je meurs en dedans de 20 jours. J'ai des chaleurs aux 20 minutes, tellement puissantes que j'en vomis. La dernière fois, j'ai passé 116 heures sans dormir et j'ai perdu 5 kg en 5 jours. J'ai abouti aux soins intensifs. L'insomnie tue. La big pharma ne peut rien pour moi. J'ai tout essayé jusqu'à ce que je trouve que le cannabis enlevait 100% de mes symptômes, tout en me rendant tout à fait normale et fonctionnelle. Quand j'ai découvert ça, j'ai commencé à faire de la recherche et j'ai écrit un livre. Au début, j'étais très sceptique; je n'y croyais pas.»

Lucie Pagé consomme une petite quantité d'huile de cannabis. «Je n'en prends pas beaucoup, précise-t-elle. Je ne suis pas stone et ça me permet de vivre!»

Le prochain Festival du bon plant se tiendra les 28, 29 et 30 juin 2019.