Selon le président de l’ACDQ, le Dr Serge Langlois, tel qu’il est présenté, le projet de loi 29 «aura des conséquences importantes sur la santé buccodentaire des Québécois et n’augmentera en rien la qualité et l’accessibilité aux soins».

Plus d’autonomie aux hygiénistes dentaires: les chirurgiens dentistes s’opposent au projet de loi 29

L’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ) s’oppose au projet de loi modifiant le Code des professions et ayant notamment pour effet de confier plus d’autonomie aux hygiénistes dentaires. Selon elle, la santé buccodentaire des Québécois ne peut être assurée que par le dentiste et l’équipe de professionnels qu’il dirige.

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Québec a déposé mercredi le projet de loi 29, qui permet aux hygiénistes dentaires d’offrir des services de prévention et d’hygiène buccodentaire aux enfants d’âge scolaire et aux aînés en CHSLD. Pour la ministre de la Santé, Danielle McCann, cette avancée s’inscrit dans la volonté de son gouvernement de s’assurer qu’en matière de santé, le bon service soit donné au bon endroit par le bon professionnel au meilleur coût possible.

En conférence de presse, la ministre a expliqué qu’une plus grande autonomie confiée aux hygiénistes dentaires «va permettre de rejoindre plus facilement la population la plus à risque, soit les personnes âgées et les jeunes enfants d’âge scolaire». 

En milieu scolaire, ces professionnelles déploieront «davantage de temps et de compétences» pour favoriser une bonne santé buccodentaire chez les enfants et les adolescents, alors que dans les CHSLD, elles prodigueront des soins qui permettront de «freiner les problèmes cumulatifs et évolutifs comme les caries de racine, la gingivite et la parodontite», a précisé la ministre de la Santé.

Selon l’ACDQ, tel qu’il est présenté, le projet de loi 29 «aura des conséquences importantes sur la santé buccodentaire des Québécois et n’augmentera en rien la qualité et l’accessibilité aux soins». Son président, le Dr Serge Langlois, estime que les changements proposés auront davantage pour effet de diminuer l’accès à un examen buccodentaire complet, que seul le dentiste peut effectuer, et qu’il s’agit ni plus ni moins d’un «recul important» pour la santé dentaire en général. 

«Que les hygiénistes dentaires fassent plus de prévention et parlent plus d’hygiène, ça, on est bien content, il faut en parler. On en a contre l’application de ce projet de loi-là. [...] Si on permet aux hygiénistes d’appliquer du scellant sur les sillons des dents pour prévenir la carie, par exemple, comment elles vont s’assurer qu’elles n’en appliquent pas sur une carie? C’est le dentiste qui risque de se retrouver avec une urgence pour une douleur dentaire» parce que la carie n’aura pas été réparée, expose le Dr Langlois, rappelant que les hygiénistes ne peuvent pas interpréter des radiographies et poser des diagnostics. 

De la même façon qu’il ne suffit pas de nettoyer les dents d’un aîné si on n’a pas d’abord diagnostiqué l’origine de sa douleur buccodentaire, souligne-t-il. «Ce qui nous préoccupe, c’est la qualité et la sécurité des soins qui vont être donnés», insiste le Dr Langlois, selon qui l’Ordre des hygiénistes dentaires du Québec «semble davantage défendre les intérêts de ses membres que celui de la population».

Économies?

Le président de l’ACDQ doute par ailleurs qu’on économise sur les coûts en permettant aux hygiénistes dentaires de prodiguer des soins dans les écoles. «Elles vont avoir besoin de matériel... Et il ne faut pas oublier les règles d’asepsie, qui sont très strictes», illustre-t-il. 

Selon lui, le Québec dispose d’un modèle d’organisation efficace en matière de santé buccodentaire, un modèle basé sur un réseau de cabinets où les dentistes et leur équipe, dont des hygiénistes, travaillent en étroite collaboration pour offrir à leurs patients des traitements adaptés. 

Le Dr Langlois souligne du reste que le projet de loi est inapplicable «puisque les ordres professionnels doivent d’abord s’entendre sur les guides de pratique avant son adoption».

Autre son de cloche

Du côté de l’Ordre des dentistes du Québec (ODQ), on salue l’autonomie accordée aux hygiénistes dentaires, «laquelle permettra d’accroître les mesures de prévention auprès des clientèles vulnérables». Selon l’ODQ, le projet de loi sera l’occasion «de poursuivre les discussions sur la question de l’accessibilité à des soins buccodentaires de qualité pour tous et de revoir l’organisation des soins dans l’intérêt du public». 

Dans un communiqué diffusé mercredi, le président de l’ODQ, le Dr Barry Dolman, assure que son ordre professionnel participera «activement» à la rédaction d’un guide de pratique et à l’adoption du projet de loi 29 «en ayant pour seuls objectifs d’offrir des soins buccodentaires curatifs et préventifs de qualité à tous les Québécois, tout en leur assurant un diagnostic médical et un plan de traitement qui respecteront les meilleures pratiques dans ce domaine».