Roger Gagnon subit son procès au Palais de justice de Chicoutimi.
Roger Gagnon subit son procès au Palais de justice de Chicoutimi.

Patron accusé d'agressions: des propos obscènes enregistrés

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Les deux présumées victimes de l’ex-propriétaire du Folie Bouffe de Chicoutimi, Roger Gagnon, ont décrit les gestes qu’elles auraient subis de la part de leur patron, il y a quelques années, alors qu’elles étaient serveuses au resto-bar. L’une d’entre elles avait enregistré son ex-patron pendant qu’il lui disait avoir le goût « de la manger et de lui prendre les fesses » et la traitant de « petite cochonne », entre autres. Ces enregistrements ont été déposés en preuve par la Couronne et diffusés en cour, mercredi, au Palais de justice de Chicoutimi.

Roger Gagnon fait face à des accusations d’agressions sexuelles sur deux de ses anciennes employées. Au moment des faits allégués, il y a quelques années déjà, Roger Gagnon était le propriétaire du resto-bar Folie Bouffe, jadis situé au coin du boulevard Talbot et de la rue des Roitelets, à Chicoutimi. Le commerce est aujourd’hui fermé. Nous ne dévoilons pas la période de temps ciblée dans les chefs d’accusation, puisqu’une ordonnance a été rendue par le tribunal, afin de ne pas donner de détails qui permettraient d’identifier les victimes.

La première plaignante au dossier, qui n’est pas celle des enregistrements, a raconté au tribunal comment s’était passé son deuxième quart de travail avec Roger Gagnon.

« J’ai hâte, on va fermer ensemble », aurait texté l’homme à la nouvelle serveuse, la veille.

La soirée s’était somme toute bien déroulée avant que la jeune femme ne se retrouve seule avec son patron, en fin de soirée. Les gestes auraient commencé par des massages au cou et aux épaules.

« J’aimerais ça rentrer ma grosse bite dans ton petit cul », aurait dit Roger Gagnon, après avoir pris la serveuse par les hanches et l’avoir assise sur lui de force.

La jeune femme, qui avait 22 ans à ce moment, a raconté au tribunal avoir senti que l’homme était en érection.

Un client serait alors rentré et Gagnon aurait repoussé la jeune femme.

Les gestes se seraient poursuivis une fois que le client fut parti. Roger Gagnon aurait demandé à la jeune femme de le rejoindre dans la cuisine du restaurant. Une série d’attouchements y auraient été commis. La jeune femme, tremblante, a témoigné que Roger Gagnon lui avait donné des baisers dans le cou en lui massant les seins sous ses vêtements, en touchant ses cuisses et en lui insérant un doigt dans son vagin, tout en lui disant des paroles obscènes. Il aurait sorti son pénis et l’aurait frotté en haut de ses fesses.

Elle a raconté avoir été terrorisée, dégoûtée et avoir prié que les gestes cessent.

Le concierge serait alors arrivé et Roger Gagnon aurait cessé son manège, en ordonnant à la serveuse de préparer les tables pour le lendemain. Toujours selon son témoignage, elle se serait mise au travail pour quitter les lieux rapidement.

Elle serait finalement retournée au resto-bar quelques jours plus tard. L’accusé lui aurait alors parlé de la situation, disant qu’il ne recommencerait plus, mais lui aurait touché les fesses quelques fois dans la soirée. Elle aurait ensuite averti son patron qu’elle ne reviendrait pas.

La jeune femme a témoigné avoir voulu garder les événements secrets, mais elle s’est finalement confiée, puisqu’elle ne se sentait pas bien. Elle a expliqué avoir été victime de crises de panique lorsque son copain voulait la toucher. La jeune femme a finalement porté plainte aux policiers quelques semaines plus tard.

Contre-interrogatoire

En contre-interrogatoire, l’avocat de Roger Gagnon, Me Jean-Marc Fradette, a mis en doute la crédibilité de la plaignante, soulevant notamment les trous de mémoire de la jeune femme, qui a dit à plusieurs reprises ne pas se souvenir de certains détails. Me Fradette a d’ailleurs demandé à la plaignante si elle avait consommé de la drogue avant son témoignage, ce qui s’est soldé par une prise de bec avec la procureure de la poursuite, Me Nicole Ouellet. La juge de la Cour du Québec Isabelle Boillat a dû rappeler les procureurs à l’ordre.

Me Fradette a soulevé le fait que la jeune femme avait fait une demande d’indemnisation à la CNESST (CSST à l’époque) pour les gestes commis. Sa demande a finalement été rejetée, a déclaré Me Fradette. Un vol de parasol au Folie Bouffe a également été exploré par le criminaliste, affirmant que la plaignante avait été questionnée à ce sujet à l’époque et que Roger Gagnon avait porté plainte pour vol peu de temps avant que la jeune femme porte plainte à la police.

La jeune femme a déclaré ne pas s’en souvenir, que sa mémoire faisait défaut. Me Fradette lui a ensuite demandé si elle consommait une médication, ce qui a poussé la procureure de la Couronne à s’objecter de nouveau.

Épuisée des questions du criminaliste concernant les dates, la jeune femme a affirmé que les événements dataient de plusieurs années. « Je ne m’en souviens pas. Je n’ai pas écrit sur mon calendrier: ‘‘Je me suis fait agresser aujourd’hui.’’ Je ne veux pas m’en souvenir, je veux l’oublier », a déclaré la jeune femme.

Le client qui serait arrivé au moment où les premiers touchers auraient été posés a été appelé à la barre des témoins de la Couronne. L’homme a affirmé être entré et avoir ressenti un « malaise, ayant l’impression d’être de trop ». Le témoin ne se souvenait pas d’autres détails, affirmant que l’événement remontait à plusieurs années déjà. Il n’a pas vu les gestes allégués.

Le patron enregistré à son insu

La deuxième plaignante au dossier a témoigné avoir travaillé pour Roger Gagnon durant trois mois, au cours desquels elle aurait subi les pulsions de son patron à plus d’une reprise. Elle a décrit des touchers aux fesses, aux seins et aux cuisses, notamment. Tannée de ces gestes, la jeune femme a décidé d’enregistrer Roger Gagnon. Trois enregistrements ont été diffusés en cour. On pouvait y entendre la jeune femme demander à son patron d’arrêter de lui flatter les seins. Il a répondu ne pas lui flatter les seins, mais plutôt «flatter son linge». On entend Roger Gagnon dire à deux reprises qu’il «la mangerait», qu’elle avait un «petit cul», qu’il était «son boss». On l’entend lui offrir des massages. On entend la plaignante dire « non » à plus d’une reprise et lui dire qu’il est «tannant» lorsqu’il «lève sa robe».

En contre-interrogatoire, Me Jean-Marc Fradette a posé des questions concernant le ton de la plaignante sur les enregistrements. On l’entend rire et chanter à quelques moments, ce qui a poussé le criminaliste à se questionner sur la relation entre les deux personnes. Il a demandé à la plaignante pourquoi elle n’avait pas frappé son patron ou porté plainte immédiatement. Elle a répondu lui avoir dit « non » verbalement et qu’elle avait besoin de ce travail.

Cette plaignante a décidé de témoigner lorsque la première victime présumée a porté plainte. Les deux femmes ne travaillaient pas au Folie Bouffe durant la même période.

Les accusations d’agressions sexuelles avaient été portées en avril 2018 par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Initialement, l’homme était accusé d’agressions sur trois femmes, mais l’une d’elles n’a pas voulu s’impliquer dans le processus judiciaire. Faute de preuve concernant cette jeune femme, le tribunal a donc acquitté Roger Gagnon sur le premier chef, mercredi matin.

La preuve de la Couronne est close. Le procès a dû être ajourné jusqu’au 14 décembre. Me Jean-Marc Fradette présentera sa défense à ce moment-là.