L’Institut économique de Montréal croit qu’il n’y a pas trop de médecins au Québec.

Pas trop de médecins au Québec, selon l’Institut économique de Montréal

La dernière analyse de l’Institut économique de Montréal (IEDM), publiée jeudi, plaide pour une augmentation du nombre de médecins au Québec. Pour ce «think tank» associé à la droite libérale, cela améliorerait non seulement l’accès et le choix pour les patients, mais permettrait aussi et surtout aux cliniques privées désaffiliées de se développer.

L’analyse, signée par l’ancien journaliste Patrick Déry, rappelle que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé l’an dernier une baisse du nombre d’admissions en médecine afin d’éviter que de futurs médecins se retrouvent au chômage. Selon le ministre, il y aurait environ 10 % de médecins en trop, soit environ 2000 médecins. 

Patrick Déry est de ceux qui, comparaisons internationales à l’appui, croient qu’il n’y a pas trop de médecins au Québec. Oui, convient-il, la province en compte légèrement plus que la moyenne canadienne par habitant (2,43 contre 2,3 par 1000 habitants, selon l’Institut canadien d’information sur la santé). Mais lorsqu’on compare les effectifs médicaux du Québec avec ceux d’autres pays membres de l’OCDE, on constate que le Québec compte moins de médecins en exercice que la plupart des pays développés, observe Patrick Déry. 

«Selon les critères de l’OCDE, le Québec compte présentement quelque 23 605 médecins en exercice [2,8 médecins par 1000 habitants]. S’il avait le même ratio que l’Australie, soit 3,5 médecins par 1000 habitants, il pourrait compter environ 6000 médecins de plus», compare l’ancien journaliste. 

Bon dernier

Citant l’enquête internationale du Commonwealth Fund de 2016, à laquelle a participé le défunt Commissaire à la santé et au bien-être, Patrick Déry rappelle que le Québec est dernier sur 11 pays pour l’accès à un médecin ou une infirmière le jour même ou le lendemain, dernier pour l’attente pour les chirurgies non urgentes et, «sans surprise, bon dernier pour l’attente aux urgences». 

Selon lui, une augmentation du nombre de médecins permettrait d’améliorer l’accès et le choix pour les patients. Le réseau public, plaide-t-il, aurait davantage de main-d’œuvre pour combler les postes vacants, «qui se comptent actuellement par centaines». 

Mais encore, cela permettrait aux cliniques privées désaffiliées de se développer «sans qu’il n’y ait de danger (réel ou perçu) qu’elles viennent cannibaliser le réseau public». «La demande croissante pour les soins et l’incapacité chronique du réseau public à la satisfaire présente des occasions d’affaires pour les entrepreneurs», écrit Patrick Déry, selon qui «lorsque la concurrence dans l’offre de soins augmente, cela n’entraîne que des bénéfices pour les patients». 

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L’AVENIR DES CLSC PASSE PAR LES GROUPES DE MÉDECINE FAMILIALE

L’Association des médecins de CLSC du Québec ne se fait plus d’illusion : pour survivre, les équipes médicales des CLSC n’ont d’autre choix que de se transformer en groupes de médecine familiale (GMF). 

«Les CLSC sont une structure à laquelle j’ai beaucoup cru. Malheureusement, avec les réformes des 10 ou 15 dernières années, ils ont été mis de côté.» 

Ces propos, rapportés dans Le Médecin du Québec, sont ceux du DSylvain Dion, président de l’Association des médecins de CLSC du Québec (AMCLSCQ), qui a dû se rendre à l’évidence : le statu quo n’est plus possible. «L’avenir passe par les GMF. Si nos équipes médicales en CLSC veulent survivre, et surtout avoir du sang neuf dans les prochaines années, elles doivent adhérer au modèle GMF.»

En cause : la loi 20 sur l’accès à un médecin de famille, qui oblige les omnipraticiens à prendre en charge un minimum de patients, la perte de l’identité des CLSC à la suite de leur intégration dans les établissements de soins et la directive «officieuse» du ministère de la Santé selon laquelle la pratique médicale en première ligne doit être en GMF, analyse le Dr Dion dans la revue de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. 

En entrevue au Soleil, cette semaine, le Dr Dion a expliqué que les CLSC avaient de plus en plus de difficulté à recruter de nouveaux médecins, notamment parce qu’ils sont moins attractifs qu’ils ne l’ont déjà été, à l’époque où la singularité de leur organisation reposait sur le groupe, le partage des tâches et la collaboration interprofessionnelle. 

«C’était un modèle unique, alors que la pratique solo dominait dans les cabinets. Puis, on a vu arriver les GMF, avec des infirmières, des travailleurs sociaux… Les CLSC étaient LE modèle, et là, on se retrouve avec une concurrence entre les milieux», observe le président de l’AMCLSCQ. 

Selon lui, les CLSC qui ont le plus de difficulté à recruter sont ceux qui se sont mis à offrir surtout des programmes, de maintien à domicile ou de santé mentale, par exemple. «Quand tu fais du maintien à domicile, tu ne peux pas avoir 700 ou 800 patients […]. Et les jeunes médecins recherchent surtout une pratique polyvalente, comme on la retrouve actuellement dans les GMF», explique le DSylvain Dion. 

Les équipes médicales des CLSC qui se sont constituées «intra-muros» en GMF sont celles qui offrent des soins de santé courants, note le DDion. Plus solides, ces équipes parviennent à attirer de nouveaux médecins. «Les CLSC qui ne peuvent pas se constituer en GMF, soit à cause du nombre insuffisant de médecins, de la taille de la clientèle ou du type de pratique, doivent penser à s’associer à des GMF existants pour maintenir leur activité programme. C’est vraiment la seule façon d’assurer une relève», insiste-t-il. 

Le Dr Dion calcule qu’une cinquantaine de CLSC ont actuellement des équipes médicales constituées en GMF ou associées à des GMF, et qu’une cinquantaine d’autres, «au moins», doivent encore faire le virage.