En autorisant la semi-liberté d’Eustachio Gallese, la Commission des libérations conditionnelles du Canada avait imposé une série de conditions au délinquant, dont celle de participer aux séances de counseling psychologique organisée par son agent de libération conditionnelle.
En autorisant la semi-liberté d’Eustachio Gallese, la Commission des libérations conditionnelles du Canada avait imposé une série de conditions au délinquant, dont celle de participer aux séances de counseling psychologique organisée par son agent de libération conditionnelle.

Pas de suivi psychologique pour Gallese

Eustachio Gallese devait suivre dans la communauté des séances de counseling psychologique pour apprendre notamment à gérer ses émotions, un aspect de sa personnalité resté problématique au moment d’obtenir sa semi-liberté, en mars 2019. Selon les informations obtenues par Le Soleil, le meurtrier récidiviste n’aurait jamais bénéficié de ce suivi psychologique pendant qu’il vivait en maison de transition.

Dans sa première décision rendue en mars 2019 et autorisant la semi-liberté d’Eustachio Gallese, la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) avait imposé une série de conditions au délinquant, dont celle de participer aux séances de counseling psychologique organisées par son agent de libération conditionnelle. 

«Il reste du travail à faire concernant la gestion de vos émotions, puisque la mauvaise gestion de vos émotions a contribué à votre passage à l’acte [le meurtre de sa conjointe, en 2004, dans un accès de jalousie]», concluait la CLCC dans cette décision obtenue par Le Soleil

À l’intérieur des murs, les trois évaluations psychologiques ou psychiatriques auxquelles s’est soumis Gallese en 2009, 2014 et 2017 ont conclu notamment à la présence de traits narcissiques. En 2014, le psychiatre qui a évalué le meurtrier a souligné l’importance de «poursuivre un suivi psychologique afin de travailler sur [ses] traits narcissiques», ce à quoi ce dernier s’est soumis pendant son incarcération, indique-t-on dans la décision de la CLCC du 26 mars 2019. 

La condition du suivi psychologique figure également dans la seconde décision de la CLCC concluant à la prolongation de la semi-liberté d’Eustachio Gallese. Un suivi d’autant important que Gallese a perdu son fils quelques jours après avoir obtenu sa semi-liberté et que cette épreuve l’a grandement affecté, y est-il souligné. 

Dans cette décision rendue le 20 septembre dernier, la CLCC indique toutefois que «bien qu’une condition spéciale de participer à un suivi psychologique vous avait été imposée [en mars] par la Commission, la psychologue qui vous a rencontré pour évaluer vos besoins a déterminé que ce suivi ne débuterait que lorsque vous aurez complété le programme correctionnel».

«Reconnaissant vos fragilités, vous admettez être fortement secoué par ces événements [le décès de son fils] et vous acceptez de vous engager dans un suivi psychologique. La Commission salue cette décision qui vous sera grandement bénéfique. Elle s’attend à ce qu’il s’actualise et que si, pour des motifs cliniques ou administratifs, il devait y avoir un délai ou il ne devenait plus pertinent, elle souhaite en être informée afin de se prononcer en l’occurence», écrit la CLCCC avant de réitérer la condition de suivre des séances de counseling psychologique.

Mais voilà, Eustachio Gallese n’aurait jamais suivi de telles séances pendant qu’il résidait à la maison de transition Painchaud, nous a-t-on dit. Au palais de justice, jeudi, on a appris que Gallese avait consulté un médecin à l’automne et obtenu une médication parce qu’il ressentait du rejet de la part de Marylène Levesque, de l’angoisse, de l’anxiété et de la jalousie, et qu’il n’arrivait plus à bien dormir. 

Psychologue débordée

Selon nos informations, le Service correctionnel du Canada (SCC) n’aurait qu’une seule psychologue à Québec pour assurer le suivi des délinquants sous sa responsabilité dans la communauté. Comme cette psychologue «déborde», les agents de libération conditionnelle seraient «fortement priés» de ne pas la surcharger davantage, nous a dit une source bien au fait du système correctionnel dans la région de Québec.

Autre situation problématique, selon notre informateur : le SCC avait jadis une entente avec la Sûreté du Québec qui permettait aux agents de libération conditionnelle en milieu communautaire à Québec de bénéficier des informations ou des conseils précieux d’un policier «agent de liaison», mais il y a mis fin il y a environ quatre ans. 

«Les agents de libération conditionnelle travaillaient avec lui au quotidien. S’il avait encore été là, il aurait pu les aider à récolter des informations sur Gallese», croit notre source. «La permission d’avoir des relations sexuelles [pour assouvir ses besoins, moyennant rétribution], au niveau légal, ça ne tient pas la route. L’agent de liaison de la SQ aurait réagi à ça s’il avait été là. Cette discussion-là entre les agents de libération conditionnelle et lui aurait pu et dû avoir lieu», estime notre interlocuteur.

Le Soleil a également appris que le SCC avait suspendu tout récemment sa collaboration avec l’escouade GRIP de la police de Québec. Une fois par mois, les policiers de GRIP et les agents de libération conditionnelle du SCC faisaient des visites «surprise» aux délinquants sous surveillance dans la collectivité pour vérifier le respect de leurs conditions. 

Les raisons exactes de la suspension de cette collaboration ne sont pas claires, mais il semble que la décision ait été prise dans la foulée de l’affaire Gallese.

Jeudi, Le Soleil faisait état des conditions dans lesquelles travaillent les agents de libération conditionnelle depuis quelques années.