André Darveau, vice-recteur à l’administration, Lyne Bouchard, vice-rectrice aux ressources humaines, et Robert Beauregard, vice-recteur exécutif, ont dévoilé vendredi la «Politique encadrant l’usage du cannabis à l’Université Laval».

Pas de cannabis à l’Université Laval, sauf dans les résidences

Peu importe la légalisation imminente du cannabis, l’Université Laval prévient qu’il sera interdit de griller un joint sur l’ensemble de son territoire même si la cigarette, elle, est permise. Seule exception: les locataires des résidences universitaires devraient pouvoir consommer de l’herbe… tant qu’elle n’est pas fumée.

Les étudiants, professeurs et autres habitués du campus de Sainte-Foy devront donc s’abstenir, selon la «Politique encadrant l’usage du cannabis à l’Université Laval» diffusée par l’institution d’enseignement vendredi. Même les passants, les personnes qui ne font que traverser les terres universitaires, auront l’obligation d’écraser.

Il faut dire que la législation adoptée par l’Assemblée nationale en prévision de la légalisation du 17 octobre ne laisse pas une grande marge de manœuvre, fait valoir l’Université. On y lit notamment : «Il est interdit de fumer du cannabis [sur] les terrains d’un établissement d’enseignement postsecondaire».

L’Université Laval s’appuie donc sur cet article de loi pour justifier la prohibition. «L’usage du cannabis, qu’il s’agisse de fumer, d’ingérer ou de consommer sous toute autre forme, sera interdit sur tous les terrains, dans les édifices et dans les locaux où l’Université Laval a juridiction en vertu d’un droit de propriété, d’une location ou d’une entente particulière avec un tiers», a indiqué l’établissement vendredi.

S’il restait encore une brèche dans laquelle l’amateur de «pétards» pensait pouvoir se faufiler, l’Université Laval s’empresse de la colmater clairement : «De plus, l’usage du cannabis sera interdit lors de toutes activités de recherche, de création, d’enseignement, d’évaluation, de stage, toute réunion à caractère scolaire ou parascolaire de quelque nature qu’elle soit, y compris une activité sociale, d’accueil, d’intégration ou sportive, tenue dans un lieu universitaire ou dans tout lieu faisant l’objet d’une entente avec l’Université Laval.»

La vice-rectrice aux ressources humaines, Lyne Bouchard, indique que l’institution a adopté la ligne dure pour «agir de façon responsable» afin d’offrir un milieu «sain» à la communauté universitaire.

Lieu de résidence

Les résidents des logements universitaires bénéficieront cependant d’une exemption puisqu’il s’agit de leur habitation. Quand ils seront chez eux, ils devraient pouvoir ingérer du cannabis, mais pas en fumer. Les résidences sont déjà «sans fumée».

Ils ne pourront pas, non plus, cultiver du cannabis. Mais pourront se faire livrer des produits vendus par l’État et les entreposer dans leur chambre.

Les baux de location devront toutefois être modifiés puisqu’ils interdisent, pour l’instant, l’usage de drogue.

Consultation

L’Université Laval assure qu’elle sera à l’écoute, qu’elle ajustera sa politique si elle reçoit des commentaires pertinents. Lyne Bouchard souligne à ce propos que la loi provinciale interdit de «fumer» sur les campus. Pas d’ingérer du cannabis. Ainsi, si les étudiants et profs le demandent, elle se dit ouverte à évaluer la possibilité de permettre l’ingestion.

Les personnes voulant commenter pourront le faire en ligne jusqu’au 20 septembre au https://tinyurl.com/y7wxxhjw. Le document sera ensuite soumis au conseil d’administration pour approbation finale.

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DIFFICILE À APPLIQUER, SELON LA CADEUL

La Confédération des Associations d’étudiants et d’étudiantes de l’Université Laval juge qu’il sera très ardu de faire respecter l’interdit de cannabis sur le campus alors que l’herbe folle et ses dérivés y sont déjà consommés.

«On trouve que ça va être difficile à appliquer», commente le président de la CADEUL, Mathieu Montégiani. Il voit mal les agents de sécurité ou les professeurs «surveiller les muffins de tout le monde à la rentrée des classes.»

«C’est déjà consommé même si c’est illégal. Si on met plus de règles et plus de restrictions alors qu’on n’est déjà pas capable d’empêcher qu’il y ait une consommation, ça ne nous semble pas applicable.»

Il espère que la direction ajustera le tir avant d’entériner sa nouvelle politique en la matière.

Des étudiants rencontrés sur le campus abondent dans le même sens. «Il y a la théorie et la pratique… bonne chance pour la faire respecter», a déclaré un jeune homme croisé dans une résidence universitaire. 

Un autre, attablé pour déjeuner, voyait mal comment les agents pourront appréhender un jeune qui fumera un joint à l’extérieur, là où la cigarette est autorisée. 

D’autant plus que le territoire à surveiller est vaste : les résidences du campus comptent 2300 logements répartis dans quatre pavillons. Le campus complet fait quelque deux kilomètres carrés. Sans compter les propriétés hors campus.

Le président de la CADEUL, Mathieu Montegiani, voit mal les agents de sécurité ou les professeurs «surveiller les muffins de tout le monde».

Approche éducative

La direction convient qu’il sera difficile d’imposer des sanctions aux étudiants et employés qui consomment du cannabis. Elle agira seulement si les capacités des individus sont grandement affaiblies.

L’Université adoptera donc une approche éducative. Si un agent de sécurité voit un joint, il demandera au propriétaire de l’éteindre. Et s’il voit un petit gâteau «suspect»? «Si une personne a un muffin dans ses mains, on ne peut pas enquêter avec un microscope s’il y a du cannabis dedans», admet la vice-rectrice aux ressources humaines, Lyne Bouchard.

Aussi, il n’est pas question d’ajouter des ressources au service de sécurité pour gérer le cannabis.

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LA MÉDECINE, ELLE EN DIT QUOI?

Consommer raisonnablement du cannabis à l’université n’est pas particulièrement problématique, selon un médecin spécialiste des drogues.

«Du point de vue médical […], les effets délétères de la marijuana sont plus importants chez les jeunes. Mais lorsqu’on arrive à l’université, cette période plus sensible de consommation, elle est passée», vulgarise Claude Rouillard, professeur au département de psychiatrie et de neurosciences de l’Université Laval.

Il remarque à ce propos que des étudiants et des employés planent déjà dans les volutes menant aux paradis artificiels. Et que leur rendement n’est pas nécessairement affecté. «Il y a déjà une consommation de cannabis au niveau du campus. S’il y a des problèmes, ils sont peu importants et c’est plus des problèmes individuels.»

Des risques à faire connaître

M. Rouillard invite cependant l’établissement à lancer une campagne d’information afin de bien renseigner les étudiants. Notamment quant aux risques de surconsommation ou à ceux liés à la grossesse.

«La problématique qu’il pourrait y avoir, c’est lorsque la personne perd le contrôle de sa consommation.» 

Il y a un parallèle à faire avec l’alcool, dit-il. Tout dépend du moment, du lieu, de la fréquence et de la quantité. «Si on arrive, par exemple à une consommation de cinq joints par jour, c’est certain que ça a des effets sur le rendement scolaire. Mais quelqu’un qui va consommer sous forme de loisir la fin de semaine, est-ce que ça a un effet sur le rendement scolaire? Probablement que non.»