Une trentaine d’encarteurs ont travaillé jusqu’à 1h du matin, dans la nuit de mardi à mercredi, pour retirer les pages du Nord-Côtier liées à l'article problématique.

Ordonnance de non-publication: des pages retranchées en catastrophe

Une ordonnance de non-publication rendue par un tribunal après que l’hebdomadaire Le Nord-Côtier ait été imprimé, mais avant qu’il soit distribué est venue compliquer sérieusement la vie des artisans de ce journal distribué dans la région de Sept-Îles cette semaine. La direction a dû se résoudre à distribuer des exemplaires desquels quatre pages avaient été retirées et détruites en catastrophe.

Gino Lévesque, éditeur et copropriétaire du Nord-Côtier, se souviendra longtemps de la journée du mardi 24 avril 2018. La veille au matin, un homme tuait une femme de 25 ans et une fillette de deux ans et demi dans un appartement d’un immeuble de la Corporation Waskahegen, qui offre des logements aux autochtones vivant hors réserve, à Sept-Îles. L’hebdomadaire avait comme il se doit couvert l’événement et révélé des détails appris à la suite de l’altercation, notamment l’identité des victimes et les liens entre elles et avec un individu considéré alors comme un suspect par la police.

«La nouvelle a été publiée sur notre site Web et dans le journal papier, qui partait pour l’imprimerie le lundi soir. Cependant, la distribution ne se fait que le mercredi», raconte M. Lévesque au Soleil. Entre temps, William Henry Tooma, 24 ans, était accusé de deux chefs de meurtre au second degré au palais de justice de Sept-Îles mardi matin. Le juge a cependant imposé, et c’est là que l’histoire se complique, une ordonnance de non-publication sur l’identité des victimes et les liens entres les différentes personnes impliquées dans le drame.

«À 5h mardi matin, le journal était déjà imprimé et encarté... Notre article était en règle la veille, avant que l’ordonnance ne soit prononcée, mais plus maintenant» poursuit M. Lévesque. L’entreprise a vite modifié son article en ligne, mais il restait la question des 20 000 exemplaires du journal à distribuer mercredi. Comment faire disparaître l’information qui contrevenait maintenant à l’ordonnance du juge?

Deux options

«En gros, on avait deux options : faire réimprimer ces pages et reporter la distribution du journal, ce qui n’était pas vraiment envisageable en raison des restrictions à l’imprimerie et des 450 000 circulaires qui devaient être distribuées avant jeudi, ou carrément retirer la page compromettante, et les trois autres pages qui lui étaient liées, de chaque exemplaire», explique Gino Lévesque. La deuxième option a donc été choisie, et ce, même si les trois quarts des journaux étaient déjà prêts à partir pour la distribution. 

Une trentaine d’encarteurs ont ainsi travaillé jusqu’à 1h du matin pour retirer les pages du journal. Les exemplaires étaient alors prêts à être distribués et l’entreprise de presse, à l’abri des accusations d’outrage au tribunal... mais pas des appels téléphoniques de lecteurs qui n’étaient pas au courant de la situation. «On en a reçu, des appels de gens qui se demandaient pourquoi il manquait des pages à leur journal!» raconte l’éditeur en riant.

Le Nord-Côtier a tout de même réussi à sauver les meubles puisque 90 % des citoyens ont reçu leur hebdo dans la journée de mercredi, quoiqu’un peu plus tard que d’habitude. «Celle-là, on ne l’avait pas vue venir. Ça fait 12 ans qu’on a ce journal et je n’avais jamais vu ça. J’en connais qui travaillent dans les journaux depuis 35 ans et qui m’ont dit eux aussi qu’ils ne se souvenaient pas d’un événement pareil», conclut Gino Lévesque.