Obsèques de la petite Rosalie: un organisme d’aide dans l’embarras

La famille de Rosalie Gagnon a coupé les ponts avec l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD), vendredi, après des propos tenus par sa directrice générale lors d’une entrevue accordée le même jour à TVA.

Contrairement a ce qu’aurait laissé entendre la directrice générale de l’AFPAD, Nancy Roy, un proche de la petite Rosalie a accepté rapidement de s’occuper des obsèques de l’enfant. Dès le jour du drame, le 18 avril, Steeve Gagnon, un grand-oncle de Rosalie, aurait été désigné pour assumer cette responsabilité. C’est du moins ce que ce dernier affirme dans un message partagé samedi matin sur sa page Facebook.

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«Depuis le début, il a toujours été clair que Rosalie serait prise en charge par la famille», a-t-il souligné d’emblée, voulant «remettre les pendules à l’heure» après l’entrevue donnée par Mme Roy. Une entrevue qu’elle n’aurait pas dû accorder, a-t-il ajouté.  

Il explique dans son message les démarches mises en œuvre entre lui, la police de Québec, l’entreprise funéraire Harmonia et le Bureau du coroner.

Selon son récit, il lui fallait d’abord attendre que l’autopsie soit pratiquée à Montréal, le 19 avril. Le lendemain, la police aurait informé M. Gagnon que le travail était terminé, et qu’il pouvait prendre contact avec le Bureau du coroner afin d'obtenir l'autorisation de récupérer la dépouille mortelle. Ce qu’il aurait fait le lundi suivant, indiquant alors que le salon funéraire, Harmonia, se chargerait de récupérer le corps de Rosalie. «Dès le lendemain, on commençait les préparatifs de la cérémonie», prévue le 5 mai à l’église Saint-Rodrigue, à Québec.

Une «confusion»

En entrevue à TVA vendredi, Nancy Roy, directrice de l’AFPAD, a pourtant affirmé que la famille ne semblait pas se soucier du sort de l’enfant. «Nous on voit des drames épouvantables […] Mais [une] petite fille de deux ans, abandonnée dans une poubelle, assassinée, et que personne ne s’en soucie, non [je n’ai jamais vu ça]», a-t-elle répondu à une question de la chef d’antenne. Mme Roy a aussi expliqué qu’en cas de corps non réclamé, l’enfant aurait pu «être enterrée dans une fosse commune». 

Jointe par Le Soleil samedi, Mme Roy a d’abord nié avoir tenu certains de ces propos. «Moi, je n’ai pas dit que personne s’en souciait», a-t-elle lancé. Elle a fini par admettre qu’elle s’était mal exprimée et s’est excusée auprès de la famille pour tout préjudice causé. 

Elle a défendu son faux pas en affirmant qu’une «confusion» dans le partage de renseignements entre l’AFPAD et Harmonia était à l’origine de l’imbroglio. «De la mauvaise information nous a été transmise [par le salon funéraire]», a-t-elle plaidé. Les deux organisations avaient pris contact au courant de la dernière semaine. 

En entrevue à TVA vendredi, Nancy Roy, directrice de l’AFPAD, avait affirmé que la famille ne semblait pas se soucier du sort de l’enfant.

Selon les dires de Mme Roy, l’AFPAD ignorait, jusqu'à vendredi, que M. Gagnon était impliqué depuis le premier jour. Elle croyait que le grand-oncle était arrivé dans le décor seulement quelques jours après le drame  et déplorait donc dans cette entrevue, «qu’au début», personne n’avait levé la main pour s’occuper de Rosalie.

Toujours pour expliquer l’impair, Mme Roy a précisé que M. Gagnon n’avait pas mentionné l’information lorsqu'une intervenante de l’AFPAD a eu un premier contact avec lui, le 24 avril. Il aurait plutôt référé l’Association à Harmonia. Il a seulement été convenu que l’AFPAD serait chargée de s’occuper des demandes médiatiques le jour des funérailles, rôle d’ailleurs précisé dans l’avis de décès diffusé par Harmonia.

M. Gagnon a signifié vendredi, après l'entrevue, que les services de l’AFPAD n’étaient plus requis, a confirmé Mme Roy, samedi. «On sait comment c’est hautement émotif et on sait comment c’est difficile quand c’est médiatisé comme ça», a-t-elle soufflé, précisant que la porte demeurait ouverte pour accompagner la famille Gagnon.

Harmonia stupéfaite

Solange Pelland, directrice des opérations funéraires chez Harmonia, était complètement stupéfaite par les déclarations faites par Nancy Roy dans l'entrevue. 

En entretien téléphonique au Soleil samedi, Mme Pelland n'a pas nié une possible incompréhension entre elle et Nancy Roy. Elle a d'ailleurs admis qu'au moment de leur conversation cette semaine, elle ne savait pas, elle non plus, que Steeve Gagnon avait signifié son ouverture à prendre les funérailles en charge, et ce dès le 18 avril. 

Mais confusion ou pas, elle a insisté sur le fait que cette discussion était de nature professionnelle et confidentielle. «Ce qu'elle a pu comprendre de notre entretien, elle n'avait pas à le dire sur la place publique», a réagit Mme Pelland. «Pour moi, c'est un manque de jugement flagrant.» Son rôle, a-t-elle poursuivi, était «de protéger la famille».  

À la demande de la famille, Mme Pelland avait émis un communiqué plus tôt samedi. Elle y expliquait que, «selon les procédures normales du coroner, on tente d’abord de remettre le corps d’un mineur aux personnes qui détiennent l’autorité parentale ou à quelqu’un qui fait partie de la famille immédiate». 

Dans le cas de Rosalie Gagnon, il n’y a que la mère, accusée du meurtre, et la grand-mère, «malade», qui pouvaient être retracées. La situation a donc «créé un certain flou» pour la suite des choses. «Mais dès que le coroner a été en contact avec M. Gagnon, ce flou a été dissipé», a précisé Mme Pelland.

La famille intimidée

Mme Pelland a par ailleurs profité du communiqué pour inviter la population à ne pas juger la famille de la petite Rosalie. «Au moment du drame, sa mère [Audrey Gagnon] ne lui [Steeve Gagnon] avait pas fait signe pour exprimer ses difficultés. Si elle l’avait fait, il aurait agi», a-t-elle écrit. Dans une autre communication émise la veille, Mme Pelland affirmait qu’en mars, lors de l’anniversaire de Rosalie, «tout allait normalement».

Selon la représentante d’Harmonia, la famille est prise à partie par les internautes. «Nous ne pouvons que déplorer les jugements rapides et inappropriés, les critiques souvent méchantes et les réactions négatives envers les membres de cette famille éprouvée», a-t-elle ajouté dans sa déclaration de samedi matin.