Contrairement à plusieurs accusés, le pasteur Guillot ne répond pas ce qu’il croit que le juge aimerait entendre; il répète sa version, celle d’un homme qui dit avoir tout fait pour suivre l’enseignement de Dieu.

Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, proclame le pasteur Guillot à son procès

Claude Guillot sait que la correction physique est interdite au Canada depuis belle lurette. Mais mieux vaut obéir à la loi de Dieu qu’à la loi des hommes, proclame le pasteur baptiste.

En entendant cette phrase, le juge Christian Boulet relève la tête de ses notes. L’avocate de Guillot, Me Susan Corriveau, se lève aussitôt avec une objection. Le pasteur n’ira pas plus loin pour l’instant.

Claude Guillot subit depuis plusieurs mois son procès pour avoir frappé, séquestré et harcelé six anciens élèves. Il a passé les 14 dernières journées dans la boîte des témoins, debout, vêtu du même complet foncé. La procureure de la Couronne Me Sonia Lapointe commence à poser ses questions.

Déjà, le pasteur de 68 ans donne le ton. «Tout ce que la Bible enseigne, je le crois et je le vis.»

Contrairement à plusieurs accusés, le pasteur Guillot ne répond pas ce qu’il croit que le juge aimerait entendre; il répète sa version, celle d’un homme qui dit avoir tout fait pour suivre l’enseignement de Dieu.

Vous saviez que le Code criminel canadien interdit les voies de fait? demande Me Lapointe. «C’est important de respecter les lois, en autant que les lois ne contreviennent pas à ce que Dieu me demande de faire», rétorque Claude Guillot. Je ne suis soumis qu’au Seigneur et à sa parole.»

Il assure que sa foi et ses convictions sont inébranlables depuis qu’il a donné sa vie à Dieu il y a une quarantaine d’années. Peu importe les allégations des plaignants, qui décrivent des années de sévices physiques et psychologiques sous son toit.

«Douleur mesurée»

Tel que la Bible l’enseigne, le pasteur dit avoir donné la correction physique à deux plaignants qu’il a connus à l’école de la Bonne Semence à Victoriaville, avec l’accord des parents. Puis, pendant une période, à un seul des quatre plaignants qui fréquentaient son école clandestine de Neufchâtel. Il a cessé lorsque la mère du garçon n’était plus d’accord. «Si j’avais pu conserver l’outil de la correction physique, il aurait moins résisté longtemps», regrette le pasteur.

Le pasteur assure qu’il ne «se plaisait pas à donner des conséquences». Le but était de «vaincre la résistance» des enfants pour qu’ils puissent reprendre leurs tâches scolaires.

La correction physique doit entraîner une «certaine douleur mesurée» pour donner des résultats, estime le pasteur Guillot. «La douleur physique nous protège, croit le pasteur. Par exemple, un enfant qui touche au four qui est chaud aura mal. Il ne voudra plus y retoucher, même si le four est froid.»

Harry Potter à l'index

Il convient aussi que, comme les plaignants l’ont décrit, les jeunes ont parfois dû passer des journées de 11 heures debout dans un coin, parce qu’ils avaient désobéi et manqué de respect. Pour l’un des jeunes, cette punition du «debout» a duré 41 jours.

Comme un bon ancien élève du collège militaire, le pasteur Guillot dit qu’il entraînait des «futurs hommes de Dieu», pas des «mous». Pas de cinéma, pas de jouet, rien pour distraire des études. Et surtout, pas de lecture de sorcellerie. «Harry Potter, c’est carrément contraire à ce que la Bible enseigne», insiste M. Guillot.

L’église du pasteur Guillot ne compte plus que 14 membres et n’est plus associée aux autres églises baptistes. Claude Guillot a déménagé à Shannon avec son épouse, ses trois filles et deux fidèles.