Netflix annonce la création d’un centre de production à Toronto

TORONTO - Netflix met en place un centre de production à Toronto, alimentant les espoirs de nouvelles possibilités pour les créateurs locaux de films et d’émissions de télévision.

Le géant californien du divertissement en ligne a annoncé mardi qu’il étendait sa présence au Canada en louant deux studios le long du secteur riverain industriel du centre-ville.

Dans les bâtiments de Cinespace, Netflix loue quatre nouveaux studios de tournage, ainsi que des espaces pour le travail de bureau et de soutien, totalisant environ 164 000 pieds carrés.

Aux studios Pinewood Toronto, Netflix loue également quatre studios et des bureaux adjacents d’une superficie totale de 84 580 pieds carrés.

Netflix a affirmé que cet engagement créerait des emplois pour environ 1850 Canadiens par année et a précisé qu’il s’agit de baux «pluriannuels», sans donner plus de détails.

Jim Mirkopoulos, vice-président de Cinespace, a parlé d’une «excellente nouvelle pour la communauté torontoise et ontarienne, car elle témoigne de la grande qualité du travail accompli par notre industrie».

Cinespace a indiqué que ses studios loués par Netflix étaient en construction et devraient être opérationnels cet été.

Pinewood a déclaré que Netflix déplacera une production dans l’un de ses studios au cours des deux prochaines semaines. Les quatre studios loués sont distincts de l’extension annoncée précédemment par Pinewood Toronto Studios.

Les projets déjà programmés au nouveau centre de production incluent la série d’anthologies d’horreur «Guillermo del Toro présente 10 After Midnight» et le film «Let It Snow».

Netflix possède des installations de production à Los Angeles et a récemment annoncé la création de nouveaux centres pour Madrid et Albuquerque, au Nouveau-Mexique.

L’entreprise américaine loue également les studios de cinéma Martini de la Colombie-Britannique et des sites de production à travers le Canada, au cas par cas.

Ses coproductions avec des partenaires canadiens ont inclus «Anne» et «Captive» avec CBC, «Les Voyageurs du temps» avec Showcase et «Frontier» avec Discovery Canada.

Grande liberté aux créateurs

Les spéculations sur un centre de production à Toronto ont commencé à circuler le mois dernier lorsque le maire John Tory, qui se rend chaque année à Los Angeles pour attirer des projets de cinéma et de télévision dans la ville, a confié à La Presse canadienne qu’il avait très bon espoir de la concrétisation d’un projet par Netflix.

Les propos de M. Tory ont suscité une réaction positive de la part de talents locaux du cinéma et de la télévision.

«Franchement, dans le contexte actuel à la télévision, ils seront toujours ma première option», a déclaré le producteur torontois J. Miles Dale, qui met en branle «10 After Midnight» avec Guillermo del Toro, avec lequel il a remporté un Oscar l’année dernière pour le film «La Forme de l’eau». M. Dale produit également sa propre série sur Netflix, «44 Chapters About Men», qu’il espère voir être tournée à Toronto.

«Vous pouvez dire ce que vous voulez, vous pouvez montrer ce que vous voulez, vous pouvez mettre à l’écran des situations réelles d’adultes sans le genre de censure qui se produit parfois», a-t-il fait valoir.

Netflix accorde une liberté similaire aux cinéastes, a soutenu Dean DeBlois, natif de Gatineau, réalisateur de «Dragons: le monde caché».

«C’est le Far West du cinéma dans ce format particulier, et j’ai plusieurs amis qui sont allés à Netflix avec des projets originaux et qui vivent tout simplement les meilleurs moments de leur carrière», a déclaré M. DeBlois.

«Ils sont prêts à tenter leur chance sur un projet totalement original et à ne pas simplement ressusciter quelque chose qui a déjà été fait auparavant», a-t-il ajouté.

Les services de diffusion en ligne constituent également des guichets uniques pour les créateurs canadiens, qui doivent généralement recourir à plusieurs voies pour trouver des producteurs, des vendeurs, des distributeurs et du financement, a souligné le réalisateur torontois nommé aux Oscars, Hubert Davis.

Un joueur qui ne suit pas les mêmes règles que les autres

Netflix a été durement critiqué par les diffuseurs et d’autres acteurs du secteur pour ne pas être sur un pied d’égalité avec des joueurs canadiens en ce qui a trait à la réglementation au Canada.

Comme il s’agit d’une société numérique étrangère, Netflix n’est pas tenue de percevoir ou de verser la taxe fédérale sur les produits et services (TPS). Depuis le 1er janvier, les entreprises étrangères qui fournissent des services en ligne aux Québécois doivent facturer la taxe de vente du Québec (TVQ).

Jusqu’à présent, Netflix n’a pas non plus été soumis à la réglementation fédérale exigeant que les sociétés de radiodiffusion du pays versent des contributions au Fonds des médias du Canada pour la création de programmation locale.

Netflix a fait valoir qu’il ne devrait pas être obligé de verser de tels fonds, soulignant l’argent qu’il investit déjà dans le système en créant des émissions au pays.

En septembre 2017, la société s’est engagée à dépenser 500 millions $ sur cinq ans pour financer le contenu original fait au Canada, et elle a indiqué récemment qu’elle dépasserait cet objectif.

«Je suis tout à fait pour (un centre de production), amenez-le. Je me soucie simplement de la voix et du contenu canadiens», a déclaré Virginia Thompson, coproductrice de «Corner Gas» et cofondatrice de Vérité Films.

«S’il y a plus d’emplois pour les habitants de la ville, c’est parfait. Et si cela augmente les chances que les gens d’ici fassent (des choses), c’est génial», a ajouté l’acteur et réalisateur installé à Toronto Jay Baruchel, vedette de «Dragons: le monde caché».

«Quand une grande entreprise arrive en ville, cela peut être merveilleux, mais ce n’est pas garanti. Je suis tout à fait favorable à tout ce qui met des ressources entre les mains d’artistes talentueux canadiens», a-t-il ajouté.