La coroner Julie Langlois a présenté son rapport sur la mort d'Hugo St-Onge, jeudi, à Québec.
La coroner Julie Langlois a présenté son rapport sur la mort d'Hugo St-Onge, jeudi, à Québec.

Mort d’un jeune ambulancier à Lévis: un décès évitable et toujours un manque d’ambulances

La mort du jeune ambulancier Hugo St-Onge, 24 ans, en décembre 2017 était un décès possiblement évitable, conclut la coroner Me Julie Langlois, qui recommande notamment d’ajouter des effectifs ambulanciers sur le territoire de Lévis. Le jeune homme en arrêt cardio-respiratoire a attendu l’ambulance pendant 21 minutes.

«Pour moi, il est clair que le manque d’effectif ambulancier a joué un rôle important dans le dossier de M. St-Onge, affirme la coroner Langlois. Lui qui sauvait des vies, n’a pas réussi à être sauvé...»

Le 27 décembre 2017, Hugo St-Onge va rejoindre sa copine chez elle, à Lévis, dans le quartier St-Jean-Chrysostome. Peu de temps après s’être mis au lit, le jeune homme commence à avoir des convulsions. Sa respiration devient irrégulière et saccadée. Sa copine contacte immédiatement les services d’urgence. Il est 00h31. La jeune femme constate au cours de l’appel que son amoureux cesse de respirer. Elle commence des manœuvres de réanimation.

Hugo St-Onge

Les premiers répondants, les pompiers, arrivent à 00h48 et prennent la relève. Les ambulanciers, en provenance de Bellechasse, seront sur place à 00h52, 21 minutes après l’appel au 9-1-1.

Les manœuvres de réanimation se poursuivent dans l’ambulance jusqu’au CHUL. Toujours en arrêt respiratoire, le jeune homme sera intubé. Son décès est constaté à 2h.

Léger problème cardiaque

En avril 2016, Hugo St-Onge a présenté des symptômes de syncope. Il a subi un électrocardiogramme.

Les médecins de Saint-François-d’Assise ont constaté un faible souffle cardiaque et un léger dysfonctionnement d’une valve du coeur, qui ne se fermait plus complètement.

Il a vu un cardiologue en décembre 2016. Un rendez-vous de suivi était prévu en 2019. On le rassure en lui recommandant de toujours bien s’hydrater.

Selon ses proches, le jeune ambulancier n’a jamais eu d’autres symptômes avant la nuit de son décès.

Dans son rapport, la coroner Julie Langlois pose la question si tous les examens requis pour bien évaluer la condition du jeune homme avaient été prescrits. Elle recommande au CHU de Québec de réviser la qualité des soins prodigués.

Une seule ambulance de plus

Le 27 décembre 2017, comme chaque nuit à cette période, seulement trois ambulances couvraient le territoire lévisien. Elles étaient toutes déjà occupées, soit l’hôpital ou en route vers l’Hôtel-Dieu de Lévis.

Depuis mars 2018, l’équivalent d’une seule ambulance a été ajouté par le ministère de la Santé. Est-ce suffisant? «Poser la question, c’est y répondre, répond la coroner Langlois. Il y a encore clairement un manque d’effectif.»


« Pour moi, il est clair que le manque d’effectif ambulancier a joué un rôle important dans le dossier de M. St-Onge. Lui qui sauvait des vies, n’a pas réussi à être sauvé... »
Me Julie Langlois, coroner

La coroner recommande au ministère de la Santé et au CISSS Chaudière-Appalaches d’examiner la problématique des effectifs ambulanciers sur le territoire de Lévis et d’évaluer la pertinence de revoir les critères d’attribution de ces effectifs.

Deux ans et demi après la perte de leur fils Hugo, Johanne Lapointe et Bruno St-Onge vivent le drame un peu plus sereinement. «Mais il n’en demeure pas moins que c’est un échec total, une suite de manquements, constate Mme Lapointe. C’est difficile de concevoir qu’on appelle le 9-1-1 pour une situation urgente et que ça prend cinq minutes avant qu’on déploie les premiers répondants. Et après, quand vous voyez la recherche d’une ambulance à gauche et à droite et tous les délais... Vous n’accepteriez pas ça pour vos proches ni pour personne.»

Johanne Lapointe et Bruno St-Onge étaient présent pour le dévoilement du rapport sur la mort de leur fils.

Maxime Laviolette, directeur général pour Dessercom, est encore très ému quand il pense à son ancien employé, jeune ambulancier dévoué et engagé. 

«Il faut arrêter d’accepter le statu quo, lance M. Laviolette. Il faut arrêter de dire, "c’est pas grave". Ce qui est arrivé en 2017 est grave.»

Et des délais de 20 minutes comme celui vécu par le jeune ambulancier, il y en a encore à Lévis, assure M. Laviolette. 

Un mois avant sa mort, Hugo St-Onge avait signé, avec ses collègues, une lettre d’opinion dénonçant le sous-effectif ambulancier et ses conséquences potentielles très graves pour la population.

Deux millions $ de plus

Le maire de Lévis Gilles Lehouillier trouve aussi que ses citoyens attendent depuis trop longtemps un service ambulancier à la hauteur des besoins. «Si on veut assurer la sécurité de notre population, on n’a plus le choix», considère le maire de Lévis.

Avec ses 150 000 habitants, Lévis est maintenant plus populeuse que Saguenay. Lévis a pourtant cinq ambulances de moins que Saguenay, à tous les jours.

Selon les informations transmises au maire de Lévis, il en coûterait environ 2 millions $ de plus par année au ministère de la Santé pour augmenter de 25% la desserte ambulancière à Lévis et se rendre à une dizaine d’ambulances en service.

Maxime Laviolette, directeur général pour Dessercom

En plus d’augmenter le nombre d’ambulances à Lévis, il faut aussi s’assurer que l’entreprise Dessercom soit enfin intégrée au système de répartition assistée par ordinateur véhiculaire, un outil qui fait gagner de précieuses minutes en localisant les véhicules sur le territoire. «On attend juste de pouvoir être connecté, ça prend juste de la volonté des autorités», assure Maxime Laviolette de Dessercom.

Le ministère de la Santé et son ministre ont assuré jeudi qu’ils avaient bien pris connaissance du rapport et prendraient les actions qui s’imposent.

«On prend acte du rapport et on va faire un suivi des recommandations», indique Marjaurie Côté-Boileau, attachée de presse du ministre de la Santé et ancien député de Lévis, Christian Dubé.