Jacques Higelin lors du concert «La Fête de l'Humanité» à Paris, en septembre 1986

Mort du pionnier du rock français Jacques Higelin

PARIS — Le chanteur français né de mère belge, Jacques Higelin, un pionnier du rock français, est décédé vendredi matin à Paris à l’âge de 77 ans, a annoncé sa famille à l’AFP.

«Aziza, sa femme, Arthur H, Kên Higelin et Izia Higelin ont la douleur d’annoncer la disparition de Jacques Higelin ce matin», indique le communiqué de la famille.

Ces derniers mois, son entourage proche avait fait état d’une «fatigue» du chanteur. La famille n’a pas souhaité communiquer sur les causes de son décès.

Père de trois enfants artistes, le chanteur Arthur H, la chanteuse Izia Higelin, et le réalisateur Kên Higelin, il laisse derrière lui une vingtaine d’albums qui ont marqué la chanson française, comme BBH 75 (1974), Alertez les bébés ou encore le diptyque Champagne pour tout le monde... et ...Caviar pour les autres» sortis en 1979.

Poète survolté, généreux, engagé, Jacques Higelin aura été l’auteur de tubes tels que «Pars», «Champagne» ou encore «Tombé du ciel».

Né pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1940, c’est au théâtre qu’il débuta sa carrière artistique au début des années 60, avant sa rencontre avec les musiciens Areski et Brigitte Fontaine, avec lesquels il incarna un renouveau de la chanson française au milieu des années soixante.

Passant de la poésie au rock avec la même aisance, il avait célébré en octobre 2016 ses cinquante ans de carrière avec Higelin 75, son dernier album en date.

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Jacques Higelin avec deux de ses enfants, la chanteuse Izia et le chanteur Arthur Higelin, à Paris, en mars 2010

JACQUES HIGELIN EN QUELQUES COUPS D'ÉCLAT

Sur scène, dans la rue, à la télévision, en public, Jacques Higelin était une personnalité française artistique imprévisible, capable des coups d’éclat les plus fous.

Happenings dans la rue

En 1970, Higelin est encore un artiste souterrain. Il participe à des «concerts-happening», où il improvise avec d’autres musiciens comme ceux de l’Art Ensemble de Chicago. Souvent, ses spectacles se prolongent dans la rue. Tel un saltimbanque, il expérimente des mini-spectacles en plein Paris, sous les yeux souvent amusés des passants.

Ainsi ce jour d’été, dans une rue du centre de Paris, vêtu d’une veste de baladin, il harangue la population pour «un numéro que nous avons présenté dans toutes les capitales d’Europe et du Tiers-monde, qui demande de l’adresse, du courage et du culot. Pour 1,82 franc!»

Qu’en est-il? Higelin, désormais torse nu, s’appuie bras tendus sur un camarade à même le sol. Alors qu’on l’imagine se faire soulever, il se laisse au contraire lentement tomber et finit par embrasser sur la bouche son partenaire. Les gens rient. Higelin, pas mécontent, part en grattant sa guitare.

En 1983, lors de la deuxième Fête de la musique, Higelin prend la tête d’une immense caravane, remplie d’instruments, pour un défilé en musique à travers Paris, de la place de la République à la place de la Bastille. Plus de 30000 personnes suivent.

Jacques Higelin s'apprête à libérer une colombe alors qu'il récite un poème à La Rochelle, en France, en juillet 1997.

Des concerts mémorables

Higelin sur scène, c’est la folie qui règne, le temps qui s’étire. Le spectacle est chaque soir unique.

En 1973, il fait la première partie du groupe américain Sly & the Family Stone à l’Olympia, salle parisienne mythique. Détonnant avec l’ambiance funk qui monte, il débarque sur scène seul avec un accordéon. Les huées récoltées ne l’impressionnent pas.

Alors qu’il donne une série de concerts au Casino de Paris, en 1983, Higelin s’amuse à épouser chaque soir sa compagne d’alors Kuelan Nguyen. Vietnamienne d’origine, elle est la mère de Kên, son deuxième fils.

Pour la petite histoire, elle est aussi la fameuse China Girl chantée cette année-là par David Bowie. Qui avait tenté en vain de la séduire sept ans plus tôt, pendant l’enregistrement de l’album d’Iggy Pop The Idiot, et alors qu’elle accompagnait Higelin au travail sur Alertez les bébés.

Les années 80 sont celles des marathons musicaux et des shows démesurés. En 1984, pour Corde raide et piano volant, il joue sur la place du Trocadéro, en plein Paris. Au-dessus de lui, le funambule Philippe Petit fait des va-et-vient sur un fil.

En 1987, aux FrancoFolies de La Rochelle, dans l’ouest de la France, Higelin donne tout. Jusqu’à pas d’heure, jusqu’à se casser la voix. Un fan dans le public est ébahi. C’est Patrick Bruel, qui dira avoir écrit son tube «casser la voix» une fois rentré cette nuit-là dans sa chambre d’hôtel.

Jacques Higelin à Québec, en août 1984

Incontrôlable à la télévision

Si Higelin compte une trentaine de films en tant qu’acteur, ses performances mémorables face caméra l’ont été à la télévision où il lui arrivait de laisser libre cours à ses délires.

En 1991, dans une émission en direct, il prend la parole pour raconter le stress de l’animatrice juste avant l’interview qui les réunit. «Je lui ai dit: ''compte sur moi pour t’apaiser, te calmer''». L’animatrice tente de reprendre la parole, mais Higelin tape du poing sur la table et, menaçant, crie: «Maintenant, si tu comptes faire l’émission jusqu’au bout avec moi, écoute moi !»

«Je suis là pour te protéger contre toutes ces caméras! Qui en veulent à ta peau ! Contre tous ces téléspectateurs qui te désirent, à tort et à travers», hurle-t-il ensuite debout, l’oeil noir mais sourire en coin, avant de saluer le public.

Sur le plateau de l’émission populaire Taratata, en 1994, l’animateur Nagui est vite débordé. Au lieu de répondre aux questions, Higelin s’agenouille entre les jambes de l’animateur, grimace devant la caméra, se promène dans le public, déclame du Racine avec Brigitte Fontaine...

Jacques Higelin en concert à Paris, en novembre 1988
Jacques Higelin à Québec, en juillet 1995