Mort de l'endocrinologue et chercheur Fernand Labrie

L’endocrinologue et chercheur de Québec Fernand Labrie n’est plus. L’entreprise qu’il a fondée, Endoceutics, a confirmé au Soleil la nouvelle de son décès, à l’âge de 81 ans.

Né à Laurierville, sur la rive-sud, en 1937, Dr Labrie s’est illustré par ses recherches en endocrinologie, cette branche de la médecine qui traite des hormones. Il a fondé en 1969 le Laboratoire d’endocrinologie moléculaire, l’un des plus importants groupes de recherche en endocrinologie au monde. Ses travaux mèneront dès 1979 à un traitement contre le cancer de la prostate et en feront le scientifique canadien le plus cité pendant 15 ans, de 1973 à 1988. 

Plus récemment, ses avancées médicales avaient débouché sur une sorte de «Viagra féminin», servant à traiter certains symptômes de la ménopause. L’Intrarosa, développé pour le traitement de la dyspareunie (douleur pendant les rapports sexuels), a obtenu en 2016 le feu vert pour sa commercialisation aux États-Unis. L’année suivante, l’Agence européenne des médicaments à approuvé le produit, qui n’est pas encore disponible au Canada.

En 2017, la direction d’Endoceutics entamait la construction d’un complexe industriel de 80 millions $ à L’Ancienne-Lorette. Sa mise en service est prévue pour le mois prochain. Le médicament est actuellement en production dans trois usines en Montérégie, aux États-Unis et au Mexique.

Le Dr Fernand Labrie a par ailleurs dirigé le Centre de recherche du CHUL pendant un peu plus de 25 ans, de 1982 et 2008, de même que le département d’anatomie et de physiologie de la faculté de médecine de l’Université Laval entre 1990 et 2002.

Saga judiciaire

En mai dernier, la Cour supérieure a ordonné au Dr Labrie de verser à parts égales au CHU de Québec et à l’Université Laval des redevances de 11,2 millions $ sur la vente du «Viagra féminin». 

La condamnation découle d’une entente conclue en 1991 en vertu de laquelle le Dr Labrie, alors chercheur et professeur à l’Université Laval, et son entreprise, EndoRecherche, s’étaient engagés à verser aux deux établissements 25 % des revenus tirés des recherches effectuées sur la molécule DHEA, un producteur d’hormones.

Le Dr Fernand Labrie avait par ailleurs été blâmé pour négligence par le conseil d’administration du CHUQ et fait l’objet de quatre réprimandes de la part du Collège des médecins à la suite du décès, en 1998, de Gabriel Lessard, dont le cancer de la prostate n’avait pas été détecté par l’équipe de chercheurs dirigée par le Dr Labrie. 

Parmi les nombreuses distinctions que le Dr Fernand Labrie s’est méritées au cours de sa carrière, notons qu’il fut reçu officier de l’Ordre national du Québec dès 1991, en plus de recevoir le prix Armand-Frappier en 2006.

Le Dr Labrie est mort dans la nuit de mercredi à jeudi dans un centre hospitalier de Québec, où il avait été admis pour une infection, selon ce que rapporte Radio-Canada. 

Le maire Régis Labeaume a tenu à offrir ses condoléances à la famille et aux proches du chercheur. «Le décès du Dr Labrie nous attriste profondément, sa vie et sa carrière sont intimement liées à la grande région de Québec, où il fut un pionnier en sciences de la vie et un des piliers du pôle mondial en recherche qu’est devenue notre région», a commenté le maire de Québec par voie de communiqué.

L’agence de développement économique Québec international, où le Dr Labrie a oeuvré pendant 14 ans, a également tenu à rendre hommage à un homme «d’exception» et à souligner «l’héritage inestimable» laissé par le défunt au milieu économique de la capitale. 

La direction du CHU de Québec a préféré ne pas commenter le décès de son ancien directeur scientifique. Avec Jean-François Cliche