George H.W. Bush avait 94 ans.

Mort de l'ancien président George Bush père

WASHINGTON - George H.W. Bush, un héros de la Deuxième Guerre mondiale dont la présidence a culminé avec la victoire contre l’Irak au Koweït pour ensuite s’étioler en raison de la faiblesse de l’économie américaine qui a poussé les électeurs à le chasser de la Maison-Blanche après un seul mandat, est décédé à l’âge de 94 ans.

M. Bush, qui a aussi assisté à l’effondrement de l’Union soviétique et à la fin de la guerre froide, a rendu l’âme tard vendredi soir à sa résidence de Houston, a annoncé le porte-parole de la famille, Jim McGrath.

Les funérailles du 41e président des États-Unis auront lieu à la cathédrale nationale de Washington, a révélé la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, samedi. Le président Donald Trump et sa femme, Melania, assisteront à la cérémonie, a-t-elle ajouté.

M. Trump a aussi ordonné que les drapeaux américains soient mis en berne pendant 30 jours à la mémoire du disparu, en plus de décréter un jour de deuil national qui sera observé mercredi.

Fils d’un sénateur, père d’un président, George H.W. Bush était un homme avec une feuille de route impressionnante qui a gravi tous les échelons politiques, de représentant à ambassadeur pour les Nations unies, de président du Parti républicain à envoyé en Chine, de directeur de la CIA à vice-président pendant deux mandats aux côtés de l’immensément populaire Ronald Reagan.

La guerre du Golfe en 1991 lui a valu une grande popularité. Mais M. Bush reconnaissait lui-même qu’il avait de la difficulté à formuler une vision claire et qu’il était tourmenté par sa décision de briser la promesse ferme et solennelle qu’il avait faite aux électeurs: «Lisez bien sur mes lèvres. Pas de nouvelles hausses d’impôts.»

Cherchant à se faire réélire pour un second mandat, il a été défait par Bill Clinton dans le cadre d’une campagne où l’homme d’affaires Ross Perot a récolté près de 19 pour cent des voix comme candidat indépendant. George H.W. Bush a toutefois eu le bonheur de voir son fils George W. être élu deux fois à la présidence. Les Bush sont le seul duo père-fils de l’histoire des États-Unis à avoir occupé la présidence, avec John Adams et John Quincy Adams.

George Bush le 7 janvier 2009, lors de l’intronisation de Barack Obama, en compagnie des autres présidents George W. Bush, Bill Clinton et Jimmy Carter

Dans les années qui ont suivi sa présidence, M. Bush a commencé à être vu comme un leader décent et bien intentionné qui, sans être un orateur convaincant ou un visionnaire, était un humaniste dévoué.

Le 41e président a fait son entrée à la Maison-Blanche en 1989 avec la réputation d’un homme indécis aux opinions un peu floues. Un média a même laissé entendre qu’il était une «mauviette», mais l’ardeur qu’il a mise à accomplir son travail lui a valu la faveur populaire.

La crise en Irak en 1990 et 1991 a permis à George H.W. Bush de mettre à profit toutes les habiletés qu’il avait développées durant son quart de siècle en politique et au service du public.

Après l’invasion de l’Irak au Koweït en août 1990, M. Bush a rapidement mis sur pied une coalition militaire internationale comprenant des États arabes. Avec le soutien des Nations unies et le feu vert du Congrès, le président a lancé une violente campagne de frappes aériennes contre l’Irak et une offensive terrestre de cinq jours qui a poussé les forces irakiennes à battre en retraite à Bagdad. Il s’est délecté de la plus grande explosion de patriotisme et de fierté à survenir au sein de l’armée des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale et son taux d’approbation a bondi pour atteindre près de 90 pour cent.

À la suite de la libération de l’Irak, George W. Bush a refusé de poursuivre l’opération dans la capitale irakienne, choisissant plutôt de mettre fin aux hostilités environ 100 heures après le début de l’assaut terrestre.

L’écrasante victoire militaire n’a cependant pas entraîné la chute du régime de Saddam Hussein, comme l’avaient espéré plusieurs membres de l’administration Bush. Le 41e président serait hanté pendant des années par les doutes concernant sa décision de ne pas chasser Hussein du pouvoir. Le leader irakien sera finalement destitué en 2003 dans une guerre dirigée par le fils de M. Bush qui a été suivie par une longue et sanglante insurrection.

L'ancien président est mort un peu après 22h vendredi, huit mois après le décès de sa femme.

destitué en 2003 dans une guerre dirigée par le fils de M. Bush qui a été suivie par une longue et sanglante insurrection.

Bush père s’intéressait surtout à la politique étrangère. Durant sa présidence, le mur de Berlin est tombé, le pacte de Varsovie a été dissous et les satellites soviétiques ont quitté leur orbite.

L’invasion du Panama en décembre 1989 a servi de prélude à la guerre du Golfe: une opération rapide effectuée par une armée américaine à la supériorité évidente. Les troupes ont capturé le dictateur Manuel Noriega et l’ont ramené aux États-Unis couvert de chaînes afin qu’il y soit traduit en justice pour trafic de drogues.

Les autres combats menés par George H.W. Bush comme président, notamment contre la drogue et pour améliorer l’éducation des jeunes Américains, n’ont pas été des réussites aussi éclatantes.

M. Bush s’est installé dans le bureau ovale en promettant de faire des États-Unis une nation «plus gentille, plus douce» et en exhortant les Américains à s’engager pour de bonnes causes, à créer «un millier de points lumineux».

Grand amateur de plein air, il a tenté de protéger l’environnement et a signé les premières améliorations à la loi pour lutter contre la pollution atmosphérique en plus d’une décennie. Il a aussi promulgué une loi historique interdisant la discrimination à l’égard des personnes handicapées dans les milieux de travail et exigeant pour ces dernières un meilleur accès aux espaces et au transport publics.

Il y a eu quelques désaccords. Sa décision de nommer Thomas Clarence à la Cour suprême des États-Unis s’est muée en bataille rangée lorsque le juge de la cour d’appel fédéral relativement peu connu a été accusé de harcèlement sexuel par Anita Hill, une ancienne collègue. Les audiences sur sa nomination ont viré au spectacle et donné lieu à d’intenses débats sur la race, le genre et l’environnement de travail. M. Thomas a éventuellement pu faire son entrée au plus haut tribunal du pays.

George H.W. Bush a aussi brisé sa promesse de ne pas hausser les impôts durant la deuxième année de son mandat, concluant une entente pour réduire le déficit qui a suscité la colère de bien des républicains et contribué au recul du parti aux élections de mi-mandat de 1990. Cette décision a été suivie par la fin d’une période de sept ans de croissance économique au milieu des années 1990 et le début de la crise du Golfe. M. Bush a assuré que la récession serait «courte et superficielle», et le Congrès n’a même pas cru bon adopter des mesures pour aider la population à traverser ce moment difficile.

George Herbert Walker Bush est né le 12 juin 1924 à Milton, au Massachusetts, au sein d’une famille appartenant à l’élite de la Nouvelle-Angleterre. Son père, Prescott Bush, le fils d’un magnat de l’acier de l’Ohio, a fait fortune comme banquier d’affaires et a plus tard agi comme sénateur pour le Connecticut pendant 10 ans.

Le jeune Bush s’est enrôlé dans l’armée le jour de son 18e anniversaire en 1942. L’un des plus jeunes pilotes à se joindre à la marine, il a effectué 58 missions depuis le porte-avions USS San Jacinto et a été décoré pour sa bravoure.

De retour au bercail, il a épousé Barbara Pierce, la fille de l’éditeur du magazine «McCall», en janvier 1945.

George et Barbara resteront mariés plus de 70 ans, un record pour un couple présidentiel américain. Barbara est décédée le 17 avril 2018.

Le couple a eu quatre fils, soit Neil, Marvin, l’ex-président George et l’ancien candidat à la présidence et gouverneur de la Floride Jeb, ainsi que deux filles, Dorothy et Robin, qui est décédée à l’âge de trois ans.

Après la guerre, George H.W. Bush n’a mis que deux ans et demi à terminer ses études à Yale. Il a ensuite pris le chemin de l’Ouest américain, vers les champs de pétrole du Texas. Six ans plus tard, il a déménagé à Houston et a commencé à s’impliquer au sein du Parti républicain.

Élu pour la première fois au Congrès en 1966, M. Bush a effectué deux mandats avant d’agir comme ambassadeur auprès des Nations unies, président du Parti républicain, envoyé en Chine, directeur de la CIA et vice-président des États-Unis.

Il a tenté sa chance pour la présidence une première fois en 1980, mais a dû déclarer forfait devant Ronald Reagan. Lorsque ce dernier a échoué à s’attacher les services de Gerald Ford comme colistier, il s’est tourné vers son ancien rival.

Huit ans plus tard, George H.W. Bush devenait le premier vice-président sortant de l’histoire des États-Unis à accéder à la présidence depuis Martin Van Buren en 1836.

Il a prêté serment avec la même humilité qui allait devenir sa marque de commerce.

«Certains voient le leadership comme quelque chose de dramatique, avec les trompettes qui retentissent, et parfois, c’est tout à fait cela, avait-il déclaré le jour de son assermentation. Mais je vois l’histoire comme un livre comptant de nombreuses pages et, chaque jour, nous remplissons une page avec des gestes pleins d’espoir et de sens. Une nouvelle brise souffle, la page se tourne, et l’histoire se dévoile.»