Camso de Magog serait vendue au géant Michelin.

Michelin met la main sur Camso de Magog pour 1,4 G$

MONTRÉAL - Puisqu’elle espère toujours se hisser à la tête de l’industrie des produits pneumatiques pour les véhicules hors route, Camso estime qu’il aurait été difficile d’avoir les moyens de ses ambitions sans dire oui à l’offre de Michelin.

Le géant français avalera la société québécoise dans le cadre d’une transaction de 1,7 milliard $ US, qui tient compte de la dette, qui prévoit la mise sur pied d’un nouveau groupe des produits hors route qui sera dirigé depuis le Québec.

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«Cela aurait été très difficile (de devenir numéro 1), a concédé jeudi le président exécutif de Camso, Pierre Marcouiller. Honnêtement, cela aurait peut-être pris 10 années de plus.»

En début de journée, après l’annonce de la transaction, l’homme d’affaires a rencontré la presse, à Montréal, accompagné du président de Michelin, Jean-Dominique Senard, ainsi que du chef de l’exploitation, Florent Menegaux, pour faire le point.

Camso, qui a vu le jour en 1982, se spécialise dans la fabrication de chenilles pour motoneiges et engins agricoles, de pneus pleins pour le secteur de la manutention et de pneus et chenilles pour la machinerie de construction.

Selon M. Marcouiller, cette offre est très complémentaire à celle de Michelin, qui ne fabrique pas de chenilles, et qui se spécialise également dans le pneu radial.

Avec des ventes nettes de 976 millions $ US et des profits nets de 68 millions $ US, Camso était encore intéressée à croître par acquisition, mais une vague de consolidation dans l’industrie a réduit le nombre de cibles disponibles.

«Il y a eu des regroupements, avec ATG acheté par Yokohama notamment, a dit M. Marcouiller. C’est quand on regardait des joueurs potentiels que Michelin s’est manifesté (vers le mois de janvier).»

Deux fois plus grande

Connue sous le nom de Camoplast Solideal jusqu’en 2015, Camso compte plus de 7500 employés répartis dans 26 pays et exploite 22 usines spécialisées dans la fabrication. La nouvelle entité possèdera 26 usines en plus de fournir du travail à 12 000 personnes.

Sans dévoiler leurs parts de marché, les deux entreprises estiment que leur partenariat va générer un chiffre d’affaires annuel supérieur à 2 milliards $ US dans un marché mondial évalué à 13 milliards $ US.

«J’ai rarement vu une transaction où les risques entourant l’exécution étaient aussi bas», a estimé le grand patron de Michelin.

Le géant des pneus dit avoir pris l’engagement de maintenir le centre décisionnel de la nouvelle entité à Magog, au siège social de Camso, en plus de maintenir les 300 emplois qui s’y trouvent. Les activités de recherche et développement, qui fournissent du travail à environ 125 personnes, demeureront aussi au Québec.

La multinationale française conservera également les marques de l’entreprise québécoise et n’a aucunement l’intention de se délester des activités de fabrication de chenilles, même si elle n’est pas présente dans ce secteur.

«Cela serait une erreur stratégique majeure, a dit M. Senard. Cela serait absurde. Une des raisons pour lesquelles nous sommes complémentaires dans ces marchés, c’est parce que le secteur des chenilles est en forte croissance.»

Pas une perte

Depuis 2000, M. Marcouiller a piloté la croissance de Camso par l’entremise d’acquisitions, dont celle du fabricant européen Solideal en 2010. À son avis, cette transaction ne constitue pas la perte d’un autre siège social au Québec, étant donné que c’est l’entreprise de Magog qui dirigera la nouvelle entité.

«L’essence, c’est de développer des connaissances et des emplois, a expliqué M. Marcouiller. Nous avons tendance à parler de la propriété alors qu’on devrait parler de développement. Nous sommes en train de mettre sur pied un leader mondial qui va créer des emplois à valeur ajoutée au Québec.»

Le patron de Camso a affirmé avoir repoussé les avances d’autres entreprises étrangères au fil du temps, affirmant que ces potentielles transactions auraient entraîné le déplacement d’un centre décisionnel à l’extérieur de la province.

M. Marcouiller a également souligné que les principaux actionnaires de la société, comme la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ, avaient accueilli la transaction favorablement.

Le bas de laine des Québécois évaluait, en date du 31 décembre dernier, que son placement dans Camso valait entre 300 millions $ à 500 millions $.

À Charlevoix, en mêlée de presse, le premier ministre Philippe Couillard a voulu minimiser les effets de la transaction, soulignant que Camso allait conserver son pouvoir décisionnel.

«C’est très intéressant, a-t-il dit. Ce n’est pas à nous de dire aux entreprises privées quoi faire. Une économie ouverte, cela comporte également (ce genre de transaction).»

Pour sa part M. Senard a également voulu tempérer la question de la propriété, expliquant que si le siège social de Michelin se trouvait à Clermont-Ferrand, en France, l’actionnariat de la société était «totalement international».