À 72 ans, Neil Young est un phénomène : encore vert, très en voix, un peu vouté sur sa guitare qu’il triture à qui mieux mieux, le Canadien dégage une énergie contagieuse.

Mémorable Neil Young

CRITIQUE / Pour sa première présence à Québec en cinq décennies de carrière, Neil Young se produisait vendredi soir sur les plaines d’Abraham, rien de moins. L’éternel rebelle est arrivé sur scène sans fla-fla ni annonce en jammant pendant 15 minutes sur «Like an Inca». Le ton était donné. Pendant l’heure et demie qui a suivi, il a offert aux festivaliers une mémorable prestation. Incroyable!

Après sa costaude introduction, Young a enfilé une combinaison de crochets avec l’énergique Fuckin’Up et la sublime Cortez The Killer, magnifiée par son jeu fluide et les harmonies vocales de Promise of the Real, le groupe de cinq musiciens, dont Lukas Nelson, qui l’accompagne depuis 2015. On n’était pas encore remis de cet assaut sonique qu’il nous balançait une punchée Rockin’ in the Free World en pleine gueule avec un mur de son. On ne s’en est pas remis.

Fidèle à son militantisme humanisme de toujours, Young a introduit son segment folk avec une référence directe à la politique d’immigration américaine : «Voici une chanson pour tous les enfants en cage». Il a ensuite laissé Lukas Nelson pousser la chanson. Sympathique. Mais la suivante avec Micah Nelson aux voix était de trop dans une prestation aussi courte, en plus de briser la magie du moment. Une fausse note, sans plus.

À 72 ans, le rockeur, chapeau, t-shirt noir, jeans, veste à carreaux bleu et jaune, est un phénomène. Encore vert, très en voix, un peu vouté sur sa guitare qu’il triture à qui mieux mieux, le Canadien dégage une énergie contagieuse. D’ailleurs, il dirige sa formation avec aplomb, tout en lui laissant de l’espace. La cohésion est incroyable même dans les improvisations, les longs passages instrumentaux et les virages abrupts que négocie parfois Young.

Il ne fallait pas chercher les explosions et les jeux de lumière. La musique donnait le spectacle. Seule fantaisie, un clavier volant recouvert d’un costume d’oiseau.

Fidèle à son habitude, l’auteur-compositeur-interprète a donné un show sans compromis, choisissant quelques morceaux significatifs de son immense catalogue, mais dans des versions reposant sur l’inspiration du moment. Des transes musicales qui permettaient de se perdre dans la musique et de laisser celle-ci prendre possession de notre âme.

«Je ne peux pas croire que c’est ma première fois ici», a lancé Young avant de livrer Hey Hey, My My (Into the Black) avant le rappel. Nous non plus.

«Rock’n’roll will never die.»

Nelson en feu

Lukas Nelson et Promise of the Real, le groupe qui accompagne Neil Young, ont montré en ouverture de soirée une idée de quel bois ils se chauffent sur scène: du country rock de guitares pesantes, une rythmique solide et de l’orgue Hammond B-3 à profusion. À l’exception de la groovy Find Yourself, avec des accents reggae, et leur chouette interprétation de Diamonds on the Sole of Her Shoes de Paul Simon.

Nelson a un petit air de Steve Hill et la même passion sur la six cordes. Mais sa voix, elle, tient beaucoup de son père, le célèbre chanteur country Willie Nelson. À qui il a rendu hommage d’ailleurs en chantant les louanges de Neil Young. Pas transcendant, mais très solide.

Kurt Vile statique

Kurt Vile était un naturel pour se produire avant Neil Young — il n’a jamais caché son admiration. Le cofondateur de War on Drugs (qu’on pourra voir dimanche au FEQ) côtoie aussi Promess of the Real. Sa musique est toutefois plus dépouillée.

Une chance, d’ailleurs, que Vile pouvait compter sur ses Violators (un trio guitare-basse-batterie). Son matériel, plutôt intimiste, avait de la difficulté à passer la rampe dans un immense site comme les Plaines. D’autant que le rockeur de Philadelphie, de jeans vêtu, est plutôt statique. «On va garder ça mollo», disait-il à mi-parcours en introduisant Wakin on a Pretty Day. Mauvaise idée.

Bon casting, mais mauvais décor.

Le matériel de Kurt Vile, plutôt intimiste, avait de la difficulté à passer la rampe dans un immense site comme les Plaines.

***

Les chansons de Neil Young

  • Like an Inca
  • Fuckin’Up
  • Cortez The Killer
  • Rockin' in the Free World
  • I Am a Child
  • Lotta Love
  • Turn Off the News (Lukas Nelson)
  • The Ocean (Micah Nelson)
  • Down By the River
  • Like a Hurricane
  • Angry World
  • Hey Hey, My My (Into the Black)

Rappel

  • Harvest Moon
  • Roll Another Number (for the Road)