Colette Roy Laroche : « Dans tout ce que j’ai vécu dans ma vie, la tragédie de Lac-Mégantic, c’est à peu près ce que j’ai vécu de plus difficile et en même temps, c’est à peu près ce que j’ai vécu de plus beau face à la solidarité des gens, face à l’entraide et à la générosité. »

Mémoires de l'ex-mairesse de Lac-Mégantic : se raconter pour inspirer

C’est dans l’espoir de faire œuvre utile que l’ex-mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy Laroche a accepté de publier ses mémoires.

« Si ça peut inspirer les gens à découvrir que nous avons en nous des ressources insoupçonnées pour faire face aux difficultés », explique-t-elle d’emblée.

« Et leur faire prendre conscience qu’on n’est jamais seul, qu’il y a toujours quelqu’un qui est prêt à nous tendre la main. Il faut juste ouvrir les yeux et accepter d’être aidé et soutenu. »

Il y a cinq ans, la pire tragédie de l’histoire du Québec dévastait le cœur de sa ville et emportait 47 personnes. Au matin du 6 juillet 2013, sous la pluie et bien entourée, Mme Roy Laroche s’est présentée devant la meute de journalistes dépêchée à Lac-Mégantic et a trouvé les mots « pour réconforter, rassurer et donner espoir ».

La suite est connue : la communauté s’est relevée avec dignité, a entrepris sa reconstruction avec résilience, sans négliger le nécessaire combat pour la sécurité ferroviaire, déjà inspirée, sans doute, par cette « dame de granit » dont l’image a fait le tour du monde.

Mme Roy Laroche a eu plusieurs offres pour écrire sa biographie. Dès la première année qui a suivi le drame, même. « Je n’y réfléchissais même pas, c’était non, on n’était pas là du tout », tranche-t-elle.

« Comment as-tu fait? »

Or après deux années à la retraite, alors qu’elle a pu se retrouver et vivre ses propres deuils, elle s’est sentie prête à partager ses expériences de vie, relate-t-elle en entrevue avec La Tribune, à la veille du lancement de son livre à Lac-Mégantic jeudi, puis au Salon du livre de l’Estrie ce vendredi.

« J’ai voulu répondre à la question qu’on m’a si souvent posée : comment as-tu fait pour passer à travers sans tomber? J’ai mis du temps à trouver la réponse. Je me disais que ça faisait partie de ma tâche de mairesse, que c’était ma responsabilité. Tous les maires doivent, dans des circonstances comme celles-là, assumer leur leadership, prendre les moyens pour aider les citoyens et donner de l’espoir. Mais les gens me disaient ‘‘il y a plus que ça…’’ »

Mme Roy Laroche a donc cherché dans son enfance à Sainte-Cécile-de-Whitton, dans les épreuves de sa vie personnelle, dans sa carrière d’enseignante, de syndicaliste, de gestionnaire de commission scolaire, entreprise en pleine Révolution tranquille, et de mairesse depuis 11 ans au moment de la tragédie pour trouver la réponse.

« La Colette que vous avez vue le 6 juillet et suivants, c’est la même Colette d’avant le 6 juillet, dit-elle. On ne devient pas solide le matin d’une tragédie comme celle de Lac-Mégantic, il faut l’être avant. Il faut l’avoir développé avant. »

Elle a puisé dans les nombreuses conférences qu’elle a été invitée à prononcer depuis la tragédie pour se raconter à son biographe Denis-Martin Chabot, un journaliste retraité de Radio-Canada.

« Quand j’ai commencé à donner des témoignages sur mon parcours sur des thématiques comme la solidarité, la résilience, et même les mesures d’urgence, les gens me suggéraient tous d’écrire l’histoire que je venais de leur raconter, mais ce n’était qu’un aspect de mon histoire, parce que chaque fois je m’adressais à des publics différents. »

Moments de fierté

Au terme de cet exercice d’introspection qu’elle qualifie de véritable « aventure », elle met en lumière quelques fiertés.

« J’ai l’impression de faire partie d’une belle époque du Québec, une époque où les Québécois se sont pris en main et ont décidé de changer les choses pour se donner un Québec moderne. J’ai réalisé que je faisais partie de cette génération et j’en tire une grande satisfaction! »

Elle s’adresse aux jeunes femmes « pour qu’elles soient convaincues que même en étant une femme, on peut accomplir des tâches et faire face à des situations aussi bien que les hommes ».

Elle salue le don de soi des politiciens, dont l’ancienne première ministre Pauline Marois qui était au pouvoir en 2013 et qui signe la préface de sa biographie.

« Je suis touchée parce que j’ai beaucoup de respect pour les femmes et les hommes qui se présentent en politique, quels que soient leur couleur ou leur parti. Donner pour sa communauté, que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral, demande énormément de sacrifices et d’oubli de soi. »

Et elle met en perspective l’importance d’avancer malgré la critique.

« Il faut écouter les gens, mais garder en tête qu’ils expriment leurs besoins et leurs attentes comme individu alors qu’on doit prendre les décisions pour le bien commun, pour la collectivité. C’est souvent ce qui heurte les gens individuellement. Et dans le cas de Lac-Mégantic, c’est ce qui a été vécu comme un autre drame pour certains. »

Cinq ans plus tard, elle dit sa confiance que les bonnes décisions ont été prises pour l’avenir de Lac-Mégantic, avec les informations disponibles au moment où elles ont été prises. Et sa satisfaction d’être allée au bout de son mandat malgré la perte de son mari Yvan Laroche, décédé du cancer en février 2015.

« Je n’ai pas de regret d’être restée malgré la maladie d’Yvan qui est arrivée comme une voleuse un an après la tragédie. Yvan ne voulait pas que j’abandonne. (…) Malgré la fatigue, l’inquiétude et la critique, avec l’équipe municipale, on a mis tout notre cœur. On a tout donné. J’en suis satisfaite et même fière. »

Fidèle à ses convictions, elle conclut que malgré la mort, malgré les deuils, il y a toujours la vie, au bout, qui doit continuer.

« C’est pour ça que je répète qu’on n’est jamais seul. Il y a toujours quelqu’un pour nous tendre la main. Dans tout ce que j’ai vécu dans ma vie, la tragédie de Lac-Mégantic, c’est à peu près ce que j’ai vécu de plus difficile et en même temps, c’est à peu près ce que j’ai vécu de plus beau face à la solidarité des gens, face à l’entraide et à la générosité. »

Vous voulez lire?

Mémoires d’une mairesse - Lac-Mégantic, 6 juillet 2013

Par Denis-Martin Chabot

Les Éditions de l’homme, 270 pages

Vous voulez y aller?

Lancement du livre Mémoires d’une mairesse - Lac-Mégantic, 6 juillet 2013 : vendredi 12 octobre, 18 h

Rencontre avec Colette Roy Laroche et Denis-Martin Chabot : samedi 13 octobre, 15 h 45

Séance de dédicaces : vendredi 15 h 30 à 17 h et samedi 11 h 30 à 13 h, 16 h 30 à 18 h