Manon Simard: une femme d’exception

La directrice générale de la Scierie du Lac-Saint-Jean et de sa filiale Bois Lac-Saint-Jean, Manon Simard, voit ses qualités de gestionnaire reconnues, alors que le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) lui décerne le titre de Reconnaissance exceptionnelle pour l’année 2019.

L’entrepreneure de Métabetchouan est la première femme à décrocher cette distinction, dans un monde très majoritairement masculin. Elle a joint, au début des années 90, l’entreprise familiale fondée par son père, Jean-Guy Simard, et sa mère, Solange, aujourd’hui décédée.

L’honneur réservé à Manon Simard prend toute sa mesure en considérant que l’industrie du bois et des pâtes et papier représente 65 000 emplois et est considérée comme l’un des piliers de l’économie québécoise. La cérémonie de remise a eu lieu, mercredi soir, dans le cadre du banquet du congrès annuel du CIFQ.

Cette distinction est appuyée par les membres du conseil d’administration, qui représentent les grands joueurs de l’industrie forestière au Québec.

Au cours d’une entrevue accordée au Quotidien, Manon Simard est revenue sur la réalité masculine au sein de cette industrie. Elle a soutenu que cette réalité change petit à petit. Selon la lauréate, le fait d’avoir eu comme modèle une femme lui a, en quelque sorte, pavé la voie : « Ma mère, Solange, était une grande femme. Mon père, Jean-Guy, gérait les opérations forestières et la scierie ; ma mère s’occupait de l’administration », a-t-elle rappelé avec beaucoup d’émotion.

période trouble

Celle qui détient une formation en informatique assure que le monde de la transformation du bois n’est pas si loin de l’informatique. Elle a eu l’occasion, à plusieurs reprises, de mettre à profit cette formation dans le cadre de son travail de gestionnaire.

Tout en montant un à un les échelons de l’entreprise familiale, Manon Simard a mis la main à la pâte pour aider tout le secteur du sciage, qui traversait crise après crise. À son arrivée au CIFQ, l’industrie québécoise subissait le contrecoup de L’erreur boréale, qui a été suivi par l’effondrement des marchés d’exportation et une guerre commerciale sans fin avec le gouvernement américain.

« Je crois qu’on veut souligner le travail que j’ai fait dans différents comités jusqu’au conseil exécutif du CIFQ », précise celle qui a toujours préféré travailler dans l’ombre. Elle a aussi été active au sein du réseau des scieries indépendantes du Saguenay–Lac-Saint-Jean, créé pour défendre les intérêts des entreprises familiales, qui devaient évoluer dans un paysage dominé par les grandes papetières.

Manon Simard se rappelle avoir travaillé sur un certain nombre de dossiers. L’industrie évoluait avec un fort vent de face, alors que les prix stagnaient. Les scieurs ont ensuite profité, pendant un bref moment, de la bulle immobilière américaine, avant de se retrouver dans une nouvelle crise.

« Il y a toujours une crise. Quand ce n’est pas le marché, c’est un nouveau régime forestier », résume l’entrepreneure, qui a, malgré tout, identifié les bonnes fenêtres pour faire progresser l’entreprise familiale.

C’est ainsi qu’elle a procédé à l’achat d’une ligne de sciage de petit bois et entreposé pendant la dernière crise. Elle a aussi récupéré la faillite du complexe de séchage de bois d’Hébertville pour le rénover juste à temps pour la reprise du marché. Elle a fait de même avec la ligne de sciage pour le petit bois.