Devant le chemin Saint-Louis, les protestataires, des femmes et quelques hommes, brandissaient des banderoles et des pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire «La honte doit changer de camp», «On vous croit» et «#stop culture du viol».

Manifestation devant les Pères Maristes: «la honte doit changer de camp»

Des élèves du Séminaire des Pères maristes ont dû contourner un obstacle inhabituel, mardi matin, pour la rentrée : une «chaîne humaine» de solidarité envers les victimes alléguées d’une affaire de partage des photos intimes.

Dès 7h45, une trentaine de personnes — une majorité de femmes et quelques hommes — ont participé à la manifestation organisée par le Regroupement des groupes de femmes de la région Capitale-Nationale (RGFCN).

Celle-ci visait notamment à dénoncer la décision de la Cour supérieure du Québec, qui a ordonné la semaine dernière au collège privé de réintégrer trois élèves qui avaient été exclus parce qu’ils faisaient l’objet d’une enquête policière concernant l’échange de photos lors de la dernière année scolaire.

La porte-parole du regroupement, Isabelle Boily, fait valoir qu’il est «inacceptable» qu’une des victimes présumées — la seule qui fréquente toujours le collège privé — soit contrainte de côtoyer les garçons réintégrés à l’école. 

«Une seule journée, une seule heure, c’est trop. De côtoyer ces jeunes garçons-là, c’est une conséquence de plus» pour cette adolescente, dit Mme Boily. 

Pas de blocage

Les manifestants n’ont pas bloqué l’entrée aux élèves. La démonstration se voulait plutôt symbolique. «C’est important de dire aux jeunes filles : «on est là, on est là en appui. Vous avez dénoncé, vous êtes courageuses»», ajoute la porte-parole du Regroupement.  

Devant le chemin Saint-Louis, les protestataires brandissaient des banderoles et des pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire «la honte doit changer de camp», «on vous croit» et «#stop culture du viol».

Accrochage

Dans l’ensemble, la démonstration s’est déroulée dans le calme. Les élèves observaient la chaîne humaine sans s’adresser aux manifestants. Dans la rue, certains automobilistes ont klaxonné en signe d’encouragement. 

À un moment, un homme qui passait par là est sorti de sa voiture et a fait part de son mécontentement aux manifestants. «Vous trouvez pas que c’est assez, j’ai une fille qui étudie ici, moi!» a dit le père. 

Lundi, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a déclaré que d’aller manifester devant l’école était inutile, considérant que les enfants qui sont en cause n’ont que 12 et 13 ans. 

Politique claire en matière de violence sexuelle

Mélanie Lemay, cofondatrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles, déplore la position du ministre. «Il y en a beaucoup qui essaient de banaliser ou de minimiser en disant : “c’est juste des jeunes”», dit-elle. Or, rappelle-t-elle, un adolescent peut être tenu responsable des gestes criminels qu’il pose dès l’âge de 12 ans. 

Selon Mme Lemay, les établissements primaires et secondaires devraient eux aussi être soumis à une loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel, comme c’est le cas dans les établissements d’enseignement supérieur. «Pourquoi les personnes mineures sont laissées à elles-mêmes?», dit sa collègue Kimberley Marin. 

L’affaire du partage de photos à caractère sexuel ébranle le Séminaire des Pères Maristes depuis le printemps dernier. Le 18 avril, le directeur de l’école, François Sylvain, a avisé la police de Québec du partage de photos à caractère sexuel après avoir été informé de la situation par les parents des victimes alléguées. 

Début mai, six adolescents de 12 et 13 ans ont été arrêtés par les policiers et libérés sous promesse de comparaître. Ils n’ont cependant jamais été accusés.

Depuis, la police a poursuivi son enquête. Celle-ci est maintenant terminée, indique le Service de police de la Ville de Québec. Le dossier a été déposé au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui décidera s’il porte des accusations.

Quelques dizaines de manifestants brandissaient des banderoles et des pancartes devant le Séminaire des Pères Maristes, mardi matin.