Pour produire des légumes durant l’hiver, Gilles Pelletier, fondateur de Fraîcheur Urbaine à Granby, fait pousser ses légumes en serre.

Manger local, même en hiver

Qui a dit que manger local en hiver était impossible ? Certes, il faut adapter son alimentation selon les légumes et les fruits de la saison, mais il est surprenant de voir à quel point une grande variété d’aliments est disponible à longueur d’année.

Pour produire des légumes durant l’hiver, Gilles Pelletier, cofondateur de Fraîcheur Urbaine à Granby, fait pousser ses légumes en serre.

L’une d’elles — qu’il doit tenir à une température de 23 degrés — est plus problématique. Elle lui fournit seulement des tomates à ce mois-ci de l’année. 

 « La grosse difficulté qu’on a en ce moment ce n’est pas la chaleur, mais le manque de clarté. Les journées sont très courtes, ce qui fait en sorte que les concombres, les piments, les petites fèves, les zucchinis, ça ne pousse pas [actuellement] », raconte l’ancien directeur général de l’écocentre de Granby.

Son autre serre est toutefois « entièrement productive » : on y trouve une abondance de laitues, kales, kales noirs, bettes à carde, persil et de micro-pousses.

« La laitue aime le froid, donc l’hiver ça pousse bien. Le kale et le kale noir sont aussi des légumes qui aiment le froid. La nuit ici, ça peut descendre jusqu’à 5 degrés et le jour c’est à 14 degrés », explique M. Pelletier.

Oubliez les épinards et les bok choy qui, eux, sont plutôt difficiles à faire pousser en période hivernale. « L’hiver on s’amuse à essayer des affaires », lance M. Pelletier.

Quant au producteur Edem Amegbo, du Jardin d’Edem à East Farnham, ce sont tous les légumes racines qu’il peut récolter tard dans l’année, car ils ont une longue période de fraîcheur.

 « Toutes les courges on les récolte en septembre, mais elles sont bonnes pour longtemps dans un entrepôt bien aéré », mentionne-t-il. Même chose pour les oignons qui peuvent se conserver pendant au moins quatre mois.

Maraîchage d’hiver

Au Marché de solidarité régionale de Cowansville, les légumes ne manquent pas. Le marché continue d’avoir du maraîchage d’hiver en s’approvisionnant auprès de producteurs de la région. 

Ail, prunes, pommes, poires, carottes, choux, betteraves, oignons et tomates ne sont qu’une courte énumération de ce qu’on peut se procurer au marché, sans compter la viande locale. 

« On a encore cinq ou six variétés de pommes de Dunham pendant l’hiver », lance Christine Hernandez, coordonnatrice du marché et membre du CA.

Cependant, selon Mme Hernandez­, trouver des maraîchers qui auront récolté suffisamment de produits durant l’été pour pouvoir en garder pour la saison hivernale représente un défi.

« Il n’y en a pas tant que ça qui produisent assez pour l’hiver et certains n’ont pas les conditions adéquates pour conserver les légumes. Pour produire pendant l’hiver, ça prend des serres », mentionne-t-elle.

Christine Hernandez, coordonnatrice du Marché de solidarité régionale de Cowansville ­

Paniers bios d’hiver

Aux dires de M. Pelletier, la popularité des paniers bios s’accentue l’hiver.

« Cette semaine, j’ai 33 paniers à préparer. L’an passé on est allés jusqu’à 75. Du moment que les maraîchers sont apparus en début mai, ça a diminué », relève-t-il.

Pour pouvoir combler l’offre de ses paniers bios hivernaux, M. Pelletier­ s’approvisionne auprès de Laverdure, un distributeur montréalais qui vend une foule d’aliments du Québec.

« En hiver, c’est plus difficile d’avoir des légumes de la région, mais ils proviennent tous du Québec, certifie M. Pelletier. Le concombre du Québec est plus cher, mais il est plus beau ». 

Si certains sont plus réticents à cuisiner le kale noir ou encore les micro-pousses, M. Pelletier est d’avis contraire. 

« Les gens aiment la découverte. Toutes les semaines, c’est un panier différent, alors ça les force à changer de légumes. Cette semaine on va mettre des radis daikons et souvent les gens n’achètent pas ça. »

Par expérience, Mme Hernandez constate que certains maraîchers arrêtent l’offre de paniers bios d’hiver parce que cela leur rapporte très peu. 

« Le revenu qu’ils génèrent versus le fait de maintenir la distribution, ce n’est pas très rentable », relate-t-elle. 

Cependant, M. Amegbo n’écarte pas l’idée de continuer à produire en serre durant l’hiver étant donné l’augmentation considérable de la demande en légumes locaux lors de la saison froide.

À Montréal, les Fermes Lufa et l'entreprise Bio Locaux offrent la livraison de paniers en régions où il est possible de les récupérer à certains points de chute.

Été comme hiver, les Fermes Lufa livrent en moyenne 95 paniers par semaine en Estrie et 1870 en Montérégie.

Congeler et transformer

Pour ceux qui ne peuvent pas se passer des légumes plus communs ou de baies pendant l’hiver, d’autres alternatives existent.

« Je vais recommander aux gens de profiter de la cueillette [de petits fruits] pour se faire une réserve pour l’hiver », dit Sonia Lachance, nutritionniste au CLSC de Granby. 

« Il y a beaucoup d’élevage de viande dans le coin. Pour ce qui est des légumes ça peut être difficile, mais des légumes en conserve ou surgelés, qui souvent proviennent du Québec, ça peut être une bonne option », poursuit-elle.

Également, le Marché de Solidaritié régionale de Cowansville offre à longueur d’année des petits fruits locaux sous forme congelée et transformée. 

Mme Hernandez est à même de constater que les gens qui fréquentent le marché sont de véritables locavores et qu’ils sont très imaginatifs pour se nourrir localement. À ce sujet, elle mentionne les aliments lactofermentés tels que la choucroute ou le kimchi qui sont de plus en plus populaires.

Michelle Girard de Bouffe maison JLM à Granby, confectionne de son côté des repas congelés avec des légumes surgelés provenant du Québec. Pour elle, il s’agit d’une autre option pour varier son apport en légumes durant l’hiver.

« C’est une bonne façon de manger local et ça encourage un commerce d’ici », laisse-t-elle tomber.