Pierre-Paul Noreau est le dernier éditeur et président du Droit. M. Noreau prend une retraite bien méritée.
Pierre-Paul Noreau est le dernier éditeur et président du Droit. M. Noreau prend une retraite bien méritée.

«L’instable et turbulent» Pierre-Paul Noreau

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Jeune étudiant collégial en sciences de la santé, Pierre-Paul Noreau voulait devenir médecin. Originaire de La Tuque, en Mauricie, c’était la médecine ou rien.

Le hic, avoue-t-il aujourd’hui, c’est qu’il était un étudiant « un peu trop turbulent » pour ce collège privé de Québec. « C’était au début des années 1970, je jouais de la guitare, j’avais les cheveux longs, se souvient-il en souriant. Ma gang d’amis et moi étions toujours prêts pour faire la fête. Disons que je n’avais aucune chance de devenir médecin, j’étais beaucoup trop tannant. Mais si je ne devenais pas médecin, j’allais faire quoi ?».

Comme son père, Pierre-Paul Noreau adorait voyager, il était mordu de la politique et de l’actualité, et la lecture des journaux faisait partie du quotidien dans sa famille. « Et si j’avais à me définir, dit-il, je dirais que je suis une personne extravertie qui aime beaucoup les gens. J’aime le monde. Ce qui me rend heureux dans la vie, c’est de rencontrer les gens et de jaser avec eux. Alors le journalisme semblait parfait pour moi. Un bullseye, quoi ».

Il a donc fait des études en science politique et en journalisme à l’Université Laval à Québec. Comme tout journaliste en herbe, il a fait ses classes dans un hebdo, L’Écho de La Tuque, dans son cas. Puis, en 1977, il a été embauché comme journaliste aux sports au quotidien Le Soleil de Québec.

Sauf qu’au bout de quelques mois, le rédacteur en chef du Soleil de l’époque, Claude Masson, a voulu le congédier. Non pas parce qu’il était turbulent, ces années-là étaient derrière lui. Non pas parce qu’il était incompétent, bien au contraire. Mais plutôt parce que le jeune Noreau était un être… instable.

« J’ai échoué les tests psychométriques, se rappelle-t-il en riant. Il fallait passer ces tests à l’époque pour voir si on était sain de «la boule». Et je les ai échoués. Les tests concluaient que j’étais quelqu’un d’instable. J’avais étudié en sciences de la santé, ensuite en science politique, je travaillais aux sports. On trouvait que j’avais l’air mélangé. »

Mais lorsque le directeur des sports et son adjoint ont menacé de démissionner si le jeune journaliste jugé instable était renvoyé, le rédacteur en chef a plié. Pierre-Paul Noreau, malgré ses « problèmes psychologiques », pouvait rester.

« Et comme je suis très instable, reprend-il, je suis avec ma conjointe Martine depuis une quarantaine d’années et j’ai passé 38 ans au Soleil. Je suis d’une instabilité chronique, c’est un cas grave », ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Durant ses 38 années au Soleil de Québec, Pierre-Paul Noreau a touché à tous les domaines. Les sports, la politique municipale, la nouvelle générale, les arts et, de 1986 à 1993, il a été courriériste parlementaire à Ottawa. « J’ai fait les années Mulroney, dit-il. Huit belles années de ma vie professionnelle qui ont été des plus intéressantes et passionnantes. »

De retour à Québec après son passage dans la capitale fédérale, Pierre-Paul Noreau a occupé tour à tour les postes de chef de pupitre du Soleil, directeur des pages économiques, chef des nouvelles, directeur de l’éditorial, directeur de l’information puis rédacteur en chef. « J’étais si instable qu’on pouvait me mettre n’importe où », lance-t-il.

Du Soleil au Droit

En 2015, Le Soleil et cinq autres quotidiens, dont Le Droit, passaient des mains de Gesca (filiale de la Power Corporation) au Groupe Capitales Médias de l’ancien politicien, Martin Cauchon. Celui-ci allait choisir Pierre-Paul Noreau pour succéder à Jacques Pronovost à titre de président et éditeur du Droit.

« J’avais 60 ans et je pensais prendre ma retraite du Soleil à l’âge de 62 ans après une carrière bien remplie, dit-il. Le Droit a prolongé ma carrière de quelques années. J’étais content de revenir à Ottawa et de prendre la direction du Droit. C’était un beau défi. J’étais abonné au Droit durant mes années comme courriériste parlementaire et j’aimais beaucoup ce journal. Ma seule inquiétude était ma conjointe Martine. Elle était fonctionnaire à la Régie d’assurance maladie du Québec et je l’avais déracinée auparavant. Mais elle a accepté. Disons qu’elle est très souple et généreuse, c’est le moins qu’on puisse dire. »

La retraite, ou presque...

M. Noreau et sa conjointe rentreront à Québec la semaine prochaine auprès de leur famille, de leur fils et de leur petit-fils âgé de quatre mois. L’heure de la retraite a sonné pour le président et éditeur du Droit après plus de 42 ans de carrière en journalisme. Il quitte alors que Le Droit s’apprête à marquer l’histoire en devenant une coopérative de solidarité après 106 années d’existence. Un projet qui, selon lui, est voué au succès.

« Additionnons tout ça, propose-t-il. Premièrement, nous avons amassé en engagements 2,2 millions $. Je ne pense pas que beaucoup d’autres coopératives ont réussi ça. Deuxièmement, nous avons un journal performant qui est au seuil de la rentabilité. En changeant de loyer, il devient rentable. Et troisièmement, nous avons des crédits d’impôt fédéraux et provinciaux, ce que nous n’avions pas auparavant. Et l’atmosphère qui règne ici au Droit est propice à une coopérative. Nous ne sommes pas en mode confrontationnel. Tout le monde est de bonne foi, tout le monde veut le mieux. L’esprit coopératif était là avant le temps. Je ne suis pas inquiet du tout, j’ai confiance en cette coopérative », ajoute le futur retraité.

Ou semi-retraité, plus précisément, puisque Pierre-Paul Noreau est pressenti pour devenir le président de la Fondation des Prix Michener (prix remis par le Gouverneur général du Canada pour l’excellence en journalisme au pays).

« Et j’ai un autre projet dont je ne peux parler pour l’instant, mais qui est toujours du côté des francophones en milieu minoritaire », confie-t-il.

Bref, à l’instar du Droit, Pierre-Paul Noreau n’a pas fini de nous surprendre.