« C’est irréel! Tout a été tellement vite. Au début, j’ai eu peur, je me demandais si je ne venais pas de faire une erreur », a commenté la jeune infirmière Émilie Ricard, qui a accepté de rencontrer la presse, mercredi après-midi dans les bureaux de son syndicat.

L’infirmière Émilie Ricard prise dans un «tourbillon d’émotions»

« Je ne pensais jamais que mon texte aurait eu cette ampleur. J’espère juste que ça pourra faire changer des choses. »

Émilie Ricard, l’infirmière sherbrookoise dont le cri du cœur a fait le tour du Québec depuis lundi, a eu la force de s’adresser à la presse mercredi. Reposée, mais encore ébranlée par le « tourbillon d’émotions » que son message a suscité, la frêle jeune femme n’en revenait toujours pas de la vague qui a déferlé à partir d’une simple réaction sur sa page Facebook.

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Une infirmière «exténuée» interpelle Barrette sur Facebook

Au syndicat d’avancer des solutions, dit Couillard

« C’est irréel! lance-t-elle. Tout a été tellement vite. Au début, j’ai eu peur, je me demandais si je ne venais pas de faire une erreur. »

« C’est fou. J’ai reçu des messages de partout au Québec. Ça n’a pas arrêté. »

Émilie Ricard, une infirmière de 24 ans originaire de la Mauricie, a publié un long texte sur sa page Facebook, lundi matin, à la suite d’un essoufflant quart de travail dans un CHLSD de la région de Sherbrooke. Elle avait pris soin de publier une photo d’elle en pleurs pour accompagner son message.

Interpelant directement le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, elle déplorait que les récentes réformes imposées au système de la santé ont alourdi la tâche du personnel infirmier, toujours moins nombreux. L’infirmière se disait épuisée et déplorait devoir multiplier les quarts de travail obligatoires.

Rencontre

Une rencontre est prévue vendredi entre elle et la direction du CIUSSS Estrie-CHUS.

« Je ne peux pas dire que je ressens de la satisfaction. Ce n’est pas le bon mot en ce moment », assure Mme Ricard, qui se trouvait dans les locaux du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, sur la rue Bowen à Sherbrooke.
« Il faut que les conditions de travail changent. J’ai écrit sur Facebook que je songeais à quitter le métier. Mais ce n’est pas ce que je souhaite. Ce n’est pas mon objectif de carrière. »  

À M. Barrette, elle demande de lui prouver que les réformes appliquées au niveau administratif n’ont pas eu d’effet sur le travail sur les étages des institutions offrant des soins de santé. « C’est à lui de régler le problème », mentionne celle que l’on pourra voir à Deux hommes en or sur les ondes de Télé-Québec vendredi soir.

Selon la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, la sortie de Mme Ricard met en lumière l’un des chevaux de bataille de son organisation, soit l’établissement de ratios de patients par employé dans le système de santé.

« Ce n’est pas la première fois que nous le disons, nous sommes à court de personnel », déclare-t-elle.    

« On ne va pas lâcher. »

La députée péquiste Véronique Hivon a rencontré l'infirmière Émilie Ricard.

Véronique Hivon

Présente dans la région de Sherbrooke, la députée péquiste Véronique Hivon a tenu à rencontrer Émilie Ricard. La députée de Joliette, vice-présidente de la Commission de la santé et des services sociaux, a souligné le courage de l’infirmière à dénoncer publiquement une situation inacceptable.

« C’est David contre Goliath. Et ici, clairement, David a gagné », image-t-elle.

« On a beau dire que des postes sont ouverts, mais qui va postuler quand on sait que le travail est abominable? »

Elle assure que la population va garder confiance malgré tout au système de santé, car les patients sont à même de constater le dévouement des membres du personnel sur le terrain.

Au syndicat d’avancer des solutions, dit Couillard

C’est au syndicat des infirmières d’avancer des solutions pour améliorer les choses dans le monde de la santé.

C’est le message que lance le premier ministre du Québec alors que l’histoire d’une jeune infirmière sherbrookoise épuisée par son travail fait le tour de la province.

Philippe Couillard s’en remet à la convention collective signée avec le syndicat et qui promet plus de postes stables à temps plein. « Nous sommes sensibles à ce que vivent les membres du personnel soignant », a-t-il déclaré en point de presse à Québec mercredi. « Ils sont toujours poussés au maximum. Je veux leur dire ma reconnaissance. »

« Il est sous pression et les ressources ne seront pas au même niveau que les besoins. Ce n’est pas une question de budget. Des postes sont affichés, mais ils ne sont pas comblés. »

C’est là que M. Couillard se tourne vers la partie syndicale pour qu’elle suggère des solutions.

« On lui demandera pourquoi les infirmières n’appliquent pas. Peut-être que certains préfèrent ne pas avoir uniquement du temps complet, des horaires plus flexibles. »

« Les infirmières devraient nous dire ce qu’il faut faire de plus. On va le faire. Cette entente a été signée avec elles. »

Selon lui, ce n’est pas une question d’image de la profession. Les programmes de formation attirent toujours plusieurs personnes voulant se dévouer pour les autres et exercer ce métier attirant.  

Rappelons que mardi, des infirmières ont tenu des manifestations de type sit-in dans la province pour dénoncer la situation dans les hôpitaux.