L’industrie forestière réclame de l’aide de Québec

BAIE-COMEAU – L’industrie forestière n’avait pas besoin de la crise de la COVID-19 pour aller mal. Le coronavirus ne fait qu’exacerber les problèmes, de sorte que l’industrie réclame des efforts de la part de Québec et, surtout, des outils pour lui permettre de prévoir plus long que le bout de son nez.

Alliance forêt boréale, un organisme qui veut rallier les communautés forestières, les travailleurs, les entreprises et les citoyens, réclame pour ce faire une planification sur cinq ans des opérations forestières. Ainsi, les industriels pourront prévoir de façon plus efficace et efficiente leurs opérations et les embauches qui en découlent.

«Ce n’est plus le temps de former des comités qui ne font que faire miroiter des solutions et qui finalement n’aboutissent à rien. Il nous faut passer à l’action», de clamer le préfet de la MRC de Manicouagan, Marcel Furlong, qui a rappelé que le premier ministre François Legault avait d’ailleurs promis en campagne électorale «plus de prévisibilité pour les droits de coupe, l’aménagement du territoire et les programmes de soutien à la production forestière».

M. Furlong, accompagné de deux responsables d’entreprises forestières, a fait valoir que l’industrie n’a pas «la flexibilité, l’agilité et la marge de manœuvre» pour être compétitive dans l’état actuel des choses. C’est pourquoi tout ce monde exige une prévisibilité. «Le système est créé pour que ce soit impossible pour les entreprises de s’impliquer dans la planification», a-t-il ajouté.

Pour Rémi Paquet, copropriétaire de l’entreprise Nord-Forêt de Baie-Comeau, l’absence de prévisibilité fait mal à l’industrie en général, «car il y en a qui changent de métier pour avoir plus de sécurité», a-t-il lancé en soutenant que le principal enjeu est le nombre de semaines que les employeurs peuvent offrir. «Les travailleurs sont en droit d’avoir plus de précisions sur leurs conditions de travail.»

Et la pandémie de COVID-19 aggrave le portrait. «Des entrepreneurs ont décroché des appels d’offres et aujourd’hui, ils sont entre deux chaises. On leur dit d’attendre avant de débuter les travaux, mais ils ont déjà embauché des travailleurs et engagés des coûts», a soutenu M. Paquet, qui disait pourtant croire que «les travaux sylvicoles pourraient être un vecteur de relance».

William Lebel, directeur général de la coopérative forestière La Nord-Côtière, a pour sa part donné en exemple le fait qu’il doit démarrer l’embauche de travailleurs dès janvier pour la saison estivale, mais il reçoit seulement fin avril sa planification de travaux pour l’année, et l’argent qu’il aura pour ce faire, de la part du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Le directeur reçoit ainsi au printemps des appels de candidats potentiels intéressés à savoir quelle sera leur tâche, leur salaire et leur durée d’emploi, «je leur réponds que je ne le sais pas encore. Ça ne fait pas très attirant comme employeur. Si j’avais une prévisibilité sur cinq ans, je saurais où je m’en vais. Là, ce ne sont vraiment pas des conditions idéales pour me permettre de recruter du personnel».

Et le personnel de La Nord-Côtière, comme bien d’autres entreprises dans le domaine, ne comprend pas seulement que des ouvriers sylvicoles. C’est aussi des mécaniciens, des ingénieurs, des opérateurs de machinerie, des cuisiniers, des responsables en santé-sécurité. «On n’est pas juste un groupe de reboiseurs», de lancer M. Lebel, dont l’entreprise plante entre sept et millions de plants forestiers par année.

En sachant à l’avance quels seront les travaux à venir et quelle sera l’enveloppe, «je peux par exemple m’attacher avec un cuisinier, à qui je pourrais garantir par exemple quatre mois de travail par année durant trois ans», d’enchaîner M. Lebel. Dans les conditions actuelles, il ne peut s’entendre à long terme de la sorte.