Marcel Perron

L’haltérophilie, un sport qu’on peut pratiquer même à 85 ans

MONTRÉAL — L’haltérophilie est un sport qui ne requiert pas seulement de la force ou de la puissance. C’est aussi une question de vitesse, de coordination et de concentration.

Marcel Perron l’a appris de manière peu conventionnelle, il y a plus de cinq décennies.

Membre à l’époque de l’équipe nationale d’haltérophilie, M. Perron se trouvait dans un terminus d’autocar de Montréal lorsqu’il a aperçu un chauffeur entouré de trois assaillants.

«Ils étaient en colère contre lui. Je ne sais pas pourquoi, mais je les ai frappés. Paf! Paf!, raconte celui qui est aujourd’hui âgé de 85 ans. On doit être explosif, rapide.»

M. Perron a travaillé pendant des années comme videur dans une boîte de nuit. «Un petit videur. Je n’étais pas grand, mais j’étais rapide.»

Cet adepte de gymnastique pourrait remporter le Championnat du monde maître d’haltérophilie — qui se déroule actuellement à Montréal — dans son groupe d’âge. Près de 800 athlètes masculins et féminins âgés de plus de 34 ans participent à ces épreuves par classe d’âge et de poids.

M. Perron est le concurrent le plus âgé. Il ne lève pas les poids les plus lourds au-dessus de sa tête, mais le vainqueur est déterminé par une formule qui tient compte de l’âge et du poids. C’est ainsi que cet homme pesant environ 70 kilogrammes est l’athlète à battre, lui qui a soulevé un poids de 61 kg, soit l’équivalent de deux fauteuils inclinables.

La compétition s’est amorcée vendredi. Des athlètes de 60 pays comme l’Arménie, le Chili, le Qatar ou la France s’y sont inscrits.

Genice Paullay-Beazley, une athlète néo-zélandaise âgée de 50 ans s’entraînait quelques heures après être arrivée dans la métropole québécoise. Elle a commencé à pratiquer le culturisme après avoir commencé à soulever des haltères dès l’âge de 16 ans à New York.

«Ce n’était pas vraiment accessible aux femmes à l’époque», raconte-t-elle.

Selon elle, l’haltérophilie a connu une «croissance exponentielle» au cours des dix dernières années.

«1/8La popularité de ce sport3/8 a explosé, du moins en Nouvelle-Zélande, dit Mme Paullay-Beazley. C’est vraiment libérateur de porter un peu plus de peau sur soi, un peu plus de graisse et de me préoccuper davantage de ma tête que de quoi mes fesses ont l’air quand je porte un maillot de bain.»

Le plus gratifiant pour elle a été de découvrir la force et les capacités qu’elle avait en elle.

«C’est ma catharsis. Je suis une mère. Je suis propriétaire d’une entreprise. C’est la seule chose que je fais pour moi, vraiment», souligne-t-elle.

Elle n’était pas la seule à s’entraîner samedi matin.

Au comptoir des collations, situé à proximité, un plateau d’œufs durs est offert au menu parmi les frites et les boissons énergisantes.

Pour Owen Duguay, un percepteur de taxes aujourd’hui à la retraite, ce ne sont pas les protéines, mais bien la persistance et la discipline mentale qui le maintiennent attaché à ce sport.

«J’apprécie le fait que lorsqu’on commence, on se fixe un objectif. Le mien était de me remettre en forme», dit l’homme âgé de 60 ans qui a déjà dirigé un club d’haltérophilie à Sherbrooke, en Estrie.

M. Duguay a récemment souffert d’une tendinite qui a nécessité des étirements et des traitements à la glace.

«J’ai dû surmonter cela, recommencer à zéro. J’ai soulevé progressivement des charges plus lourdes, ajoute celui qui est aussi un juge qualifié sur le plan international. L’haltérophilie est ma passion. C’est le sport que j’aime tant. Cinquante ans plus tard, je soulève toujours des poids.»

Âgé de 54 ans, Mario Robitaille ressent le même attrait qu’en 1978, lorsqu’il a rencontré pour la première fois Marcel Perron.

M. Robitaille, un membre du comité organisateur, avait environ 14 ans quand il a commencé à pratiquer ce sport.

«Cela donne aux jeunes l’idée que l’on doit déployer des efforts si on veut réussir, souligne-t-il. Plus on s’entraîne, plus on soulève des poids plus pesants. Il n’y a pas de raccourci.»

La compétition se déroule du 16 au 25 août au centre Pierre-Charbonneau, à l’ombre du Stade olympique.

M. Robitaille jure que le côté sombre de l’haltérophilie n’a pas sa place au Championnat du monde des maîtres.

«On ne peut pas rivaliser si on prend des drogues», croit-il.

Selon l’organisation, environ 10 pour cent des concurrents sont sélectionnés pour subir des tests aléatoires pour détecter la présence de stéroïdes ou d’autres produits permettant d’améliorer les performances.

Marcel Perron dit qu’il n’en a jamais pris.

Pompier pendant 15 ans, il a pris sa retraite il y a 35 ans pour se consacrer à l’haltérophilie. Il reçoit l’aide de commanditaires pour participer à des épreuves internationales, mais il paie souvent lui-même, contractant même des prêts informels.

«Il y a de nombreuses années, quelqu’un m’avait appelé pour m’offrir une commandite, se souvient-il. Quand je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire, il m’a répondu qu’il voulait m’acheter un fauteuil roulant. Je lui ai fermé la ligne au nez. Dommage que je n’ai pas cassé le téléphone.»