Audrey Gagnon lors de son arrestation

L'expulsion du centre signalée aux autorités

La Maison Marie-Rollet affirme que le départ d’Audrey Gagnon et de sa fille Rosalie du centre d’hébergement a été «rapidement rapporté aux autorités appropriées».

Dans un communiqué diffusé jeudi matin, la présidente du conseil d’administration, Marie-Céline Fortin, et la directrice de la Maison Marie-Rollet, Nancy-Anne Walsh, ont tenu à réagir au reportage diffusé mercredi soir par TVA, qui rapportait le témoignage d’une jeune femme ayant côtoyé Audrey Gagnon au centre d’hébergement. 

Selon cette jeune femme qui s’est exprimée anonymement, Audrey Gagnon «s’est fait jeter dehors sans qu’on lui trouve une autre place». «Je ne comprends pas qu’on l’ait laissée partir. Oui, il y a des règlements à respecter. Je suis d’accord. Elle doit quitter, mais il faut que tu lui trouves [un appartement]. Ils connaissaient très bien sa situation, qu’elle n’avait aucune ressource familiale ou des gens de confiance où aller. Je ne comprends pas comment ils ont pu la laisser partir», a-t-elle témoigné.

«La personne interviewée ne résidait plus à notre Maison au départ de Mme Audrey Gagnon. Elle était donc absente. De plus, lorsque nous devons mettre fin au séjour d’une femme, c’est que les motifs sont très importants», se défendent les responsables de la Maison Marie-Rollet. 

«Nous ne pouvons pas nommer la cause du départ, mais tenons à mentionner que la situation a rapidement été rapportée aux autorités appropriées», affirment Mmes Walsh et Fortin, sans préciser si elles font référence à la DPJ ou à la police. «C’est une question à laquelle je ne peux répondre : confidentialité», nous a répondu Mme Walsh lorsque nous lui avons demandé à quelles autorités la situation avait été rapportée. 

Un impact déplorable

Selon les responsables de la Maison Marie-Rollet, Audrey Gagnon «se dirigeait chez un membre de son réseau social pour la soirée en attendant une autre place dans une autre ressource». 

«Il est important de mentionner que madame a quitté notre ressource le 12 avril dernier et que sa fille a été retrouvée cinq jours plus tard, contrairement aux propos tenus sur les ondes de TVA», qui rapportait qu’Audrey Gagnon avait été expulsée trois jours avant le meurtre de la petite Rosalie, soulignent-elles.

Mme Walsh et Fortin jugent par ailleurs «extrêmement déplorable l’impact que cette entrevue a sur la sécurité de notre ressource d’hébergement, les femmes, les enfants et son personnel». 

Tant et aussi longtemps que le dossier d’Audrey Gagnon sera sous enquête, les responsables de la Maison Marie-Rollet n’accorderont aucune entrevue, «et ce, afin de continuer de répondre aux besoins des femmes et des enfants que nous hébergeons».

«Nous profitons de cette tribune pour transmettre nos condoléances à la famille et aux proches de Rosalie», terminent-elles. 

Les obligations d’une ressource d’hébergement

Sans commenter le cas précis d’Audrey Gagnon et de sa fille Rosalie, la Directrice de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin, nous a expliqué de façon générale ce qui est attendu d’une ressource d’hébergement qui expulse une mère et son enfant suivis par la DPJ.

«Lorsqu’il arrive une situation qui nécessiterait qu’on demande au parent de quitter les lieux, on s’attend à ce que les intervenants de la ressource parlent de vive voix avec les intervenants de la DPJ», dit Mme Jobin, précisant que le service de jour est ouvert entre 8h et 16h30, et qu’en dehors de ces heures, c’est le service d’urgence sociale qui prend le relais. 

«Les organismes et les ressources d’hébergement connaissent très bien ce service d’urgence. Ce qu’on s’attend de ces ressources, c’est qu’elles contactent l’urgence sociale sur-le-champ et qu’elles parlent de vive voix avec un intervenant de la DPJ pour expliquer la situation de façon à ce qu’on puisse rapidement s’assurer de la sécurité de l’enfant», ajoute-t-elle. 

Dominique Jobin insiste : «On ne laisse pas un message sur la boîte vocale. Il faut parler à un intervenant qui va pouvoir agir sur la situation. Un message sur la boîte vocale, ça ne peut pas permettre à la DPJ de pouvoir intervenir sur-le-champ.»

Si la DPJ se rend compte que la mère n’a pas d’autre endroit où aller, «on va essayer de trouver une ressource qui peut héberger la mère et l’enfant, et si on n’est pas capable d’en trouver, c’est certain qu’on ne laissera pas l’enfant partir comme ça, sans aucun endroit sécuritaire où aller», assure Mme Jobin.

Les parents, souligne-t-elle, ne sont jamais laissés à eux-mêmes. «On se déplace rapidement sur les lieux et on va accompagner les parents pour faire toutes ces démarches. C’est certain qu’on va accompagner cette mère-là, qu’on ne la laissera pas toute seule. Et si on ne peut pas la diriger quelque part avec son enfant, on va penser à une famille d’accueil pour l’enfant», le temps que la mère trouve un autre endroit sécuritaire où rester.

«On ne laisse pas un parent partir avec un enfant quand on sait très bien qu’il ne sera pas capable de s’organiser tout seul. Que la DPJ soit déjà dans un dossier ou pas, c’est une intervention qui ne peut pas être faite de cette manière-là», affirme Dominique Jobin. 

Le dossier d’Audrey Gagnon sera de retour en cour vendredi pour l’étape de l’enquête sur remise en liberté. La jeune femme de 23 ans fait pour l’instant face à des accusations de méfait, d’entrave au travail des policiers et de non-respect d’un engagement. D’autres accusations pourraient être portées contre elle, la police la considérant comme la seule suspecte du meurtre de sa fille.

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CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS

  • Audrey Gagnon a été hébergée pendant deux mois à la Maison Marie-Rollet. Elle vivait jusque-là avec sa mère et sa fille dans un logement du HLM Bourlamaque, dans le quartier Montcalm. Elle a été admise avec la petite Rosalie à la maison d’hébergement après que sa mère eut fait une psychose. 
  • La jeune femme et sa fille ont été expulsées de la maison d’hébergement le 12 avril. Elles ont été portées disparues le 18 avril, en matinée, après qu’une poussette vide ensanglantée eut été retrouvée près du parc Terrasse-du-Bon-Air. 
  • Audrey Gagnon a été localisée en milieu d’après-midi le 18 avril dans un logement de l'avenue Gaspard. Le corps de sa fille a été retrouvé un peu plus tard dans une poubelle à proximité d’une résidence de l’avenue de Gaulle, située à environ 1,5 km de l’appartement de l'avenue Gaspard. L’enfant aurait été poignardée à plusieurs reprises.