Au cours d’une conférence de presse vendredi à Montréal, la présidente Guylaine Ouimette a soutenu qu’il existait carrément une «logique industrielle» dans les services sociaux, alors que les travailleurs sociaux ont besoin de plus de temps et de moins de pression pour oeuvrer auprès d’une clientèle plus complexe qu’avant.

Les travailleurs sociaux tenus de travailler dans «une logique de productivité»

MONTRÉAL — Il faut cesser de demander aux travailleurs sociaux de travailler dans une logique de productivité, aux dépens souvent de la qualité des interventions qu’ils doivent faire auprès de personnes et familles vulnérables, plaide la présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec.

Au cours d’une conférence de presse vendredi à Montréal, la présidente Guylaine Ouimette a soutenu qu’il existait carrément une «logique industrielle» dans les services sociaux, alors que les travailleurs sociaux ont besoin de plus de temps et de moins de pression pour oeuvrer auprès d’une clientèle plus complexe qu’avant.

La présidente de l’Ordre a aussi déploré le fait que les travailleurs sociaux passaient trop de temps - parfois jusqu’à la moitié de leur temps de travail - à remplir des documents.

Mme Ouimette a refusé de commenter le cas de la fillette de Granby décédée plus tôt cette semaine, bien que la famille avait été suivie par la Direction de la protection de la jeunesse. Elle n’a pas voulu commenter le travail effectué par les intervenants sociaux dans ce cas.

Elle rapporte cependant que les travailleurs sociaux «vivent de profonds conflits de loyauté entre répondre aux pressions exercées par l’organisation d’en faire plus et le temps requis pour accompagner adéquatement les jeunes et leurs familles».

Après avoir posé ce diagnostic, la présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux a proposé que le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, réunisse les services sociaux, les services de garde, le milieu de l’éducation, le milieu communautaire, des policiers et des avocats dans une sorte de «commission sociale», l’automne prochain. Le but serait de «lever le voile sur les problèmes systémiques», de revoir les mécanismes de coordination entre les services voués à la jeunesse et de revoir les façons de faire.

Entre-temps, elle propose une sorte de «commission pilote» dans une région donnée. Celle-ci serait créée immédiatement et pour quatre mois, afin de développer un modèle concret et efficace, qui serait présenté lors de la «commission sociale» de l’automne.

L’Ordre plaide également pour un réinvestissement en prévention basée sur les conditions de vie des personnes, en mettant à contribution les groupes communautaires.

Mme Ouimette souhaite aussi que le ministre mette sur pied un système de mentorat pour épauler les travailleurs sociaux qui débutent dans leur pratique. Ceux-ci sont trop souvent isolés, notamment dans les centres jeunesse. Un tel programme de soutien a déjà existé, a-t-elle noté.

L’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec regroupe 14 000 membres, qui sont majoritairement des travailleurs sociaux.