Les survivants de la leucémie lymphoblastique aiguë infantile en moins bonne condition cardiorespiratoire

MONTRÉAL - La condition cardio-respiratoire des survivants de la leucémie lymphoblastique aiguë (LLA) infantile est inférieure de 22 pour cent à celle de la population canadienne en santé, ont constaté des chercheurs montréalais.

«C’est la différence entre une personne qui va monter les escaliers sans être essoufflée, qui arrive en haut des escaliers et qui est très, très bien, puis une personne qui va monter ces escaliers-là et qui va mettre extrêmement de temps à pouvoir récupérer», a illustré Maxime Caru, doctorant à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal et au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

Pour la première fois, les chercheurs ont été en mesure de montrer que les survivants ayant une faible condition cardiorespiratoire avaient des associations génétiques avec des gènes liés à l’aptitude à l’entraînement physique, notamment le gène TTN. Le gène TTN fournit des instructions aux cellules pour la fabrication d’une protéine appelée titine. Cette protéine joue un rôle important dans les muscles que le corps utilise pour les mouvements (muscles squelettiques) et dans les muscles cardiaques.

La nature exacte du lien entre la maladie, les traitements souvent brutaux qui l’accompagnent et ces facteurs génétiques reste à déterminer. Il n’est toutefois pas impossible que les traitements viennent modifier le code génétique des survivants, a dit M. Caru.

«C’est une hypothèse. Ce sont des questions qu’on peut se poser», a-t-il reconnu.

Le taux de survie des enfants atteints d’une LLA atteint près de 90 pour cent. Il s’agit également d’un des cancers les plus diagnostiqués chez les enfants, ce qui signifie que les scientifiques disposent de milliers de sujets à étudier. L’âge moyen des survivants est de 22 ans et ils ont une «qualité de vie et un niveau de santé extrêmement faibles», a révélé M. Caru.

On ne sait pas si les problèmes cardiorespiratoires mesurés chez les survivants sont permanents. La chimiothérapie qui leur a sauvé la vie aura souvent des répercussions à très long terme; ils seront nombreux, par exemple, à devoir composer avec une cardiotoxicité plusieurs années après la fin de leurs traitements, et cette comorbidité viendra influencer les niveaux de condition cardiorespiratoire

«Ils se sortent d’un cancer, ils arrivent à en survivre, mais ils transportent avec eux d’autres maladies (...) dues aux effets secondaires des traitements», a dit le chercheur.

Mais tout espoir n’est pas perdu.

Les enfants qui ont été habitués dès leur plus jeune enfance à pratiquer une activité physique, explique M. Caru, auront moins de difficultés à retrouver un niveau fonctionnel post-traitement que les enfants qui ne faisaient pas d’activité physique avant.

De plus, les familles qui sont sportives, les parents qui sont sportifs ou qui appuient la pratique d’activité physique, vont avoir un effet bénéfique sur leur enfant, pendant et après les traitements.

«Il n’y a aucun risque (à pratiquer de l’activité physique) pour cette population, tant que c’est supervisé et encadré par un spécialiste, a assuré M. Caru. Pratiquer de l’activité physique pendant les traitements, c’est tout à fait possible, c’est extrêmement bien toléré, ça aide à accepter de la meilleure façon les traitements. Pour les enfants, notamment, c’est excellent pour les faire venir à l’hôpital, ça évite que ce soit uniquement des blouses blanches (...) donc c’est une bonne chose. Post-traitement, c’est tout à fait possible et ça va amener de meilleures habiletés motrices, une meilleure qualité de vie, une meilleure condition cardiorespiratoire.»

Le CHU Sainte-Justine procède d’ailleurs actuellement à une étude de faisabilité (le projet VIE, pour valorisation, implication, éducation) pendant lequel on interviendra auprès de ces enfants-là pendant leurs traitements, avec de l’activité physique. Leur condition cardiorespiratoire sera évaluée pour voir si elle se dégrade ou non pendant les traitements, et s’il est possible de la maintenir ou de l’améliorer avec l’activité physique.

«Il faut savoir que c’est exactement comme les patients qui ont une maladie cardiovasculaire, a conclu M. Caru. Plus ils sont faibles dans leur niveau de condition cardiorespiratoire, plus leur capacité à l’améliorer est grande. Les survivants ont tout à y gagner. C’est très encourageant.

Les conclusions de cette étude ont été présentées mercredi au congrès annuel de l’American College of Sports Medicine à Orlando, en Floride.