Le maire de Gatineau et président du caucus des grandes villes de l’UMQ, Maxime Pedneaud-Jobin

Les propos de Legault sur le nouveau pacte fiscal inquiètent les municipalités

La lune de miel entre le monde municipal et le gouvernement de François Legault est terminée. La négociation en prévision du nouveau pacte fiscal qui doit être signé cet automne entre Québec et les municipalités s’annonce difficile. Le transfert d’un point de la TVQ « à coût nul » comme l’a proposé le premier ministre, jeudi matin, en ouverture des 98e Assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) n’est tout simplement pas acceptable, avertissent les municipalités. 

« Je suis déçu, a lancé le maire de Gatineau et président du caucus des grandes villes de l’UMQ, Maxime Pedneaud-Jobin. M. Legault est un négociateur qui commence la négociation assez raide. Ce qui me fait peur c’est qu’on passe à côté d’une occasion de vraiment changer la fiscalité municipale. On a une incapacité chronique de s’occuper de nos infrastructures parce qu’il n’y a pas assez d’argent qui rentre et là, je ne sens pas une volonté de réformer la fiscalité municipale. Je sens une volonté de négocier à la dure un nouveau pacte fiscal qui n’inclut pas une vraie réforme de la fiscalité. C’est inquiétant. Je n’ai pas senti que le premier ministre était aussi conscient qu’il le devrait de l’importance des villes pour le développement du Québec. »

Gouvernement « délinquant »

Dans son discours aux délégués de l’UMQ réunis à Québec, M. Legault a laissé entendre que les villes ne doivent pas s’attendre à pouvoir profiter de la marge de manœuvre financière que s’est dégagée le gouvernement du Québec. Il a d’abord rappelé que son gouvernement avait fait le choix d’investir massivement en santé et en éducation et il a ajouté qu’une nouvelle ronde de négociation s’amorçait avec les employés de l’État. « Je veux être très clair, a-t-il dit. Il y a des besoins dans les villes, mais il y a aussi des besoins à Québec. On s’en va en négociation avec nos employés cet automne. » 

Pour le maire Pedneaud-Jobin, cela pourrait bien signifier l’absence de volonté de Québec de payer la totalité des en-lieu de taxes qu’il doit aux municipalités. « Quelqu’un qui ne paie pas ses taxes, c’est quelqu’un qui ne respecte pas ses obligations, a-t-il lancé. Ce n’est pas théorique, on offre des services à tous les édifices provinciaux à Gatineau et le gouvernement ne paie que pour la moitié de ces services-là. C’est le pauvre qui subventionne le riche. Un des mots simples aurait été de dire que dorénavant, Québec va arrêter d’être le seul délinquant en matière fiscale avec les municipalités et qu’il allait payer ses taxes. »

M. Legault a aussi remis sur le nez des maires que leurs employés municipaux gagnent en moyenne 30 % de plus que les employés de l’État. « Cet écart est un vrai problème », a-t-il ajouté. M. Pedneaud-Jobin rétorque que les villes ont obtenu le pouvoir de négocier « à armes égales » avec les syndicats il y a trois ans, après 30 ans de revendications. « Je pense qu’il faut qu’on laisse cette loi-là faire son effet, dit-il. Les villes prennent leurs responsabilités, les dépenses municipales baissent, alors que celles de Québec augmentent. Je trouve que ce ne sont pas des arguments très convaincants. »

Infrastructures

Le tableau n’est cependant pas tout sombre, a insisté le maire Pedneaud-Jobin. La volonté démontrée par le premier ministre d’investir massivement dans le rattrapage de l’entretien des infrastructures municipales était « la partie intéressante du discours », a-t-il noté. 

« Je suis très conscient qu’il y a un grand rattrapage à faire, a lancé M. Legault. On va annoncer de nouveaux programmes au cours des prochains mois. Je veux qu’on investisse, qu’on fasse ce rattrapage et oui, le gouvernement va assumer une part importante de la facture pour mettre à niveau les infrastructures municipales. » Le maire de Gatineau salue cette reconnaissance de la situation par Québec et de sa responsabilité à aider les villes. « On comprend très clairement qu’il y aura de l’argent frais », dit-il. M. Pedneaud-Jobin souligne aussi que le gouvernement Legault semble bien déterminé à mettre les efforts qu’il faut dans le développement du transport en commun. Le premier ministre a d’ailleurs cité le train léger de Gatineau parmi les projets majeurs au Québec.