Alexandre Dufresne, Jordan Rémillieux et Félix-Antoine Brunet avaient prévu rouler de Puvirnituq à Inukjuak en fatbike mais les dures conditions climatiques en auront décidé autrement.

Les péripéties auront eu raison de la traversée du Grand Nord de trois Québécois [VIDÉO]

Un voyage dans le Grand Nord réserve toujours des surprises, même en étant bien préparé. Alexandre Dufresne et ses deux coéquipiers l’ont appris lors de leur séjour au Nunavik où ils ont fait face au vent, à la pluie et à des conditions hivernales mettant à l’épreuve leurs aptitudes de survie.

Arrivés le 24 avril à Puvirnituq, Alexandre Dufresne, Jordan Rémillieux et Félix-Antoine Brunet savaient que les conditions seraient difficiles. Ils avaient prévu de relier Inukjuak en cinq jours en roulant 200 km en fat bike dans la toundra enneigée. Ils n’y sont jamais arrivés. «On a eu des difficultés et vécu de nombreuses péripéties. Nous sommes contents d’être revenus en un seul morceau», confie le jeune avocat Alexandre Dufresne.

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Les ennuis ont commencé dès le premier jour de l’expédition lorsque le dérailleur du vélo d’Alexandre s’est cassé 150 mètres après le départ. Ils ont dû rebrousser chemin pour la réparation, sauf que dans un village au Nunavik, il ne suffit pas de se présenter dans un magasin pour régler le problème. «Il n’y avait rien en vente pour réparer. On a cherché pendant des heures une solution. On avait des pièces de rechange, mais rien ne faisait. Finalement, un ami de Jordan, pilote comme lui au Nunavik, avait un fat bike. Au début, on pensait qu’il était brisé, pour ça qu’on n’a pas regardé de ce côté-là, mais finalement, c’était OK», raconte-t-il.

Vélo réglé, les trois aventuriers peuvent à nouveau se concentrer sur leur trajet. Ils repartent vers 11h, mais cette fois, c’est la météo qui vient contrecarrer leur plan. Au lieu d’un habituel - 5, - 8 °C qui permet à la neige d’être dure, ils ont droit à une température au-dessus de zéro et de la pluie. «On était équipé pour le froid, pas vraiment pour la pluie. Moi, j’avais un manteau imperméable, mais pas mes coéquipiers. Et avec la pluie, la neige était molle, donc c’était très difficile d’avancer», relate Alexandre.

Au bout de 20 km, trempés, les trois hommes s’arrêtent pour planter leur tente. La question se pose alors sur la manière de faire sécher leurs vêtements, afin d’éviter d’attraper une pneumonie. «Normalement, on doit faire sécher nos vêtements sur nous, le vent et la chaleur de notre corps éliminent l’humidité, mais là, le froid est arrivé, il faisait - 15 °C température ressentie. Jordan et Félix-Antoine commençaient à trembler et il y avait un risque d’hypothermie», explique-t-il.

Tout le monde s’est donc changé pour mettre les vêtements prévus pour la nuit et se glisser dans les sacs de couchage, tout en se demandant comment faire avec les vêtements mouillés le lendemain. «Il n’y a pas d’arbres, donc on ne pouvait pas faire de feu. La tente était ruisselante, mais dans nos duvets, au moins, on était au sec.» 

Pour ajouter à cette première journée catastrophique, un blizzard s’est levé dans la nuit. Au matin, la neige vole dans tous les sens. Impossible de continuer la route dans ces conditions alors que la visibilité est nulle. Les trois amis décident de retourner au village.

Un igloo de fortune

Ils regardent la météo pour les prochains jours, mais elle n’est pas du tout de leur côté. Il fait près de zéro. Ils décident alors de tenter une expédition de deux jours avec pour objectif de construire un igloo qui leur servirait de camp de base pour la suite de leur voyage et ensuite revenir au village.

C’est bien beau un igloo, mais c’est loin d’être facile à construire. Après plusieurs heures de travail, ils ont réussi à lui donner forme, mais pas à le fermer complètement. Ils ont donc mis une bâche au-dessus pour se protéger du vent. Sauf que : «Dans la nuit, on a eu droit à un blizzard, on entendait la toile claquer et de la neige rentrait à l’intérieur. Au petit matin, on avait 3-4 pouces de neige. On ne voyait rien aux alentours. Normalement, il y a une roche qui nous servait de point de repère, mais là, elle était invisible. Les anneaux de la toile menaçaient de s’arracher. On ne pouvait pas partir, sinon on risquait de se perdre. Pendant notre séjour, un motoneigiste a disparu», se remémore Alexandre Dufresne.

Les trois explorateurs font face à un danger et ils savent que leur survie n’est pas assurée. Par chance, le blizzard s’est calmé et ils ont pu retourner au village. La cinquième journée, ils ont enfin une météo idéale. Leur objectif, rejoindre un camp situé au sud-ouest de Puvirnituq. Après 30 km de vélo, le camp n’est toujours pas visible. Ils décident alors de planter leur tente pour la nuit. Le lendemain, ils reviennent un peu sur leurs pas pour se diriger vers la Baie d’Hudson. «On voulait tester la neige dans ce coin-là. On a dormi dans un camp de base, puis nous sommes rentrés au village», décrit-il.

Les trois explorateurs ont dû se construire un igloo de fortune pour se protéger lors d'un blizzard.

La nature plus forte que l’humain 

Au total, les trois hommes ont parcouru 105 km. Ce qu’ils retiennent de cette aventure : «La nature est plus forte que l’humain, la météo peut changer du tout au tout une expédition», affirme Alexandre. Ils auront appris également qu’ils devaient s’équiper davantage pour ne pas se retrouver mouillés jusqu’aux os et ne jamais laisser d’équipement derrière eux pour limiter le poids. «On est parti sans la tente lorsqu’on voulait construire l’igloo», avoue-t-il.

Pour se nourrir, ils mangeaient des fruits et de la viande séchés ainsi que des noix et des barres tendres. Ils avaient aussi de la poudre de protéine qu’ils pouvaient mélanger à l’eau. En parlant d’eau, ils devaient faire fondre de la neige pour s’hydrater. «On n’a pas eu de séquelles médicales. On a beaucoup appris sur nous et on s’est bien entendu dans les situations difficiles. Chacun pouvait s’exprimer et on votait pour prendre les décisions», conclut Alexandre Dufresne, qui prépare déjà un autre projet sportif pour la communauté juridique de Québec. 

Le voyage aura permis d’amasser 10 785 $ pour la Fondation Sommeil. Le cabinet d’Alexandre Dufresne, Verreau Dufresne Avocats, avait promis d’égaler jusqu’à la hauteur de 5000 $ les dons provenant du public. Cet argent permettra d’entamer une campagne pour aider les gens qui, comme le père d’Alexandre Dufresne, souffrent de troubles du sommeil.

De gauche à droite: Alexandre Dufresne, Félix-Antoine Brunet, Jordan Rémillieux