Le Dr François Roy travaille près d’une soixantaine d’heures par semaine en conjuguant différentes tâches : la prise en charge de plus de 1300 patients, dont près de la moitié sont vulnérables, des visites à domicile, des gardes en hospitalisation à l’Hôtel-Dieu et des gardes à la clinique « sans rendez-vous » de la clinique où il travaille.

Les médecins sont loin d’être paresseux, selon Dr Roy

Assez, c’est assez. Le Dr François Roy en a marre d’entendre le premier ministre sortant Philippe Couillard et son ministre de la Santé Gaétan Barrette répéter sur tous les tons que les médecins de famille n’en font pas assez et que tout irait mieux dans le système de santé québécois s’ils travaillaient plus fort.

« Je suis tanné qu’on dise des médecins de famille qu’ils sont paresseux et qu’ils n’en font pas assez pour donner des soins de première ligne aux patients. Des docteurs “paresseux”, honnêtement, je n’en connais pas. Au contraire, je connais des médecins qui seraient bien à l’âge de prendre leur retraite et qui continuent de travailler, d’abord parce qu’ils aiment la médecine, et ensuite parce qu’ils auraient l’impression d’abandonner leurs patients s’ils prenaient leur retraite », soutient celui qui pratique la médecine familiale depuis une dizaine d’années.

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La Clinique Plateau Marquette ne sera pas une superclinique

Le Dr Roy se sent attaqué quand les médecins qui sont à la tête de l’État québécois rejettent presque tous les maux du système de santé sur le dos des médecins de famille.

« Pour dire ça, ils se basent sur les “journées travaillées” comptabilisées par la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ). Mais la RAMQ tient compte de très peu de choses. Entre autres, il y a la quantité de paperasse que génère chaque patient qui est largement sous-estimée. Dans une semaine, je passe entre 40 et 50 heures à voir des patients, ce qui m’occasionne environ 20 heures de paperasse en dehors de leur présence dans mon bureau. Cette charge de travail n’est pas facturée et, en conséquence, n’existe pas aux yeux de la RAMQ », illustre-t-il.

La conjointe du Dr Roy est aussi médecin de famille. Le soir avant de s’endormir, plutôt que de se détendre devant un roman ou la télévision, les deux médecins se branchent plutôt avec leur ordinateur portable et vérifient consciencieusement tous les résultats de laboratoire de leurs patients!

« Ça nous prend du temps, beaucoup de temps, mais il ne compte en rien aux yeux de la RAMQ, car ce n’est pas du temps facturé », déplore-t-il.

Une fois que ses patients ont tous quitté le cabinet, François Roy doit aussi compléter une partie de ses notes cliniques, remplir d’innombrables formulaires d’assurance, retourner des appels, voir l’infirmière qui travaille en collaboration avec lui pour discuter de ses patients… 

Le Dr Roy fait également des soins à domicile. « Ça permet que les gens qui ne peuvent plus se déplacer, ou très difficilement, puissent avoir un suivi avec le médecin de famille qu’ils connaissent depuis longtemps. Quant à moi, quand je vais à domicile, ça me permet de pouvoir évaluer la personne dans son milieu de vie, de pouvoir voir si son milieu de vie est toujours adapté à sa réalité », soutient le Dr Roy.

Mais là encore, il faut que le médecin voie une bonne quantité de patients à domicile dans sa journée pour que la RAMQ considère que c’est une journée travaillée. En bas d’un certain seuil, il est considéré « en congé » par la RAMQ.

Il y a aussi les « AMP », les activités médicales particulières, pour les médecins de famille qui comptent moins de 15 années d’expérience. « De mon côté, j’assure au moins cinq semaines complètes d’hospitalisation à l’Hôtel-Dieu chaque année. C’est une garde de sept jours, 24 heures sur 24 », soutient-il

Le médecin de famille assure aussi des gardes de soir et de fin de semaine au « sans rendez-vous » de la Clinique Plateau Marquette à laquelle il travaille depuis un an. « Ça s’ajoute à mes patients que je vois à tous les jours », déplore-t-il.

Rappelons qu’en table éditoriale à La Tribune le 5 septembre, le premier ministre sortant Philippe Couillard avait pointé les médecins pour expliquer les lenteurs à mettre en place le réseau de supercliniques imaginé par son ministre de la Santé Gaétan Barrette. Il avait également promis de durcir le ton au cours d’un prochain mandat.

Dès le lendemain, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Louis Godin, s’était dit furieux que le premier ministre sortant Philippe Couillard pointe à nouveau les médecins de famille pour expliquer les difficultés à donner accès aux soins de première ligne.

François Roy abonde donc dans le même sens. « Comment puis-je en faire plus? Pourquoi me demande-t-on d’en faire encore et toujours plus? C’est vraiment démotivant quand ton employeur, le gouvernement, ne reconnait rien de ce que tu fais de bien et, au contraire, continue toujours de te menacer si tu n’en fais pas encore plus », conclut le Dr François Roy.