Les médecins ne digèrent pas les attaques de Barrette

Le Regroupement des médecins pour une médecine engagée (ROME) dénonce les dernières sorties du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, contre les médecins de famille. Ses membres refusent de porter la responsabilité des «dégâts de la réforme» et du manque d’accès aux soins de santé.

Le Journal de Québec rapportait jeudi que selon des données rendues publiques lors de l’étude des crédits du ministère de la Santé, 48 % des médecins de famille travaillent quatre jours et moins par semaine. 

Radio-Canada rapportait pour sa part qu’alors que tous les patients inscrits au Guichet d’accès à un médecin de famille avant décembre 2017 devaient être pris en charge avant Pâques, seulement 603 803 des 914 827 patients l’avaient été avant le 1er avril, et que donc plus de 300 000 Québécois avaient été laissés pour compte. Au 1er avril, 79,5 % des Québécois étaient inscrits à un médecin de famille, un peu plus de cinq points de pourcentage derrière la cible de 85 %.

En mêlée de presse, jeudi matin, le ministre Barrette a déclaré que si les médecins de famille travaillaient cinq jours pas semaine, «il n’y en aurait pas de problème». Il s’est dit d’avis que les médecins ne mettaient «peut-être pas l’épaule à la roue suffisamment».

Le ROME n’a pas tardé à réagir. «La stratégie est simple. Devant les dégâts de la réforme, et l’impossibilité du gouvernement de pouvoir rapporter un taux d’inscription s’approchant du 85 % pour les élections […], le gouvernement tente de salir les médecins de famille en leur faisant porter la responsabilité du manque d’accès aux soins de santé», dénonce-t-il sur sa page Facebook.

Le regroupement signale que «la RAMQ calcule comme une journée travaillée une journée où 500 $ ont été facturés». «Un médecin qui fait une garde de 24h compte autant qu’un médecin qui ferait du cabinet pendant 8h. Également, les médecins en préretraite, les maternités, les ralentissements de charge pour raison psychologique font baisser le nombre de jours travaillés», expose-t-il.

De même, le calcul n’inclut pas le temps passé à analyser les résultats de tests des patients et à les appeler, pas plus qu’il n’inclut les heures de garde passées à la maison avec une pagette, à répondre aux appels des infirmières, ajoute le ROME. «Il n’inclut pas les congrès, ni les réunions, ni la formation médicale continue, ni le temps passé à faire de la facturation [...]. Ces tâches prennent souvent plus d’une journée par semaine. En gros, le calcul ne compte pas le nombre d’HEURES travaillées», insiste le regroupement.

Le ROME souligne du reste que «le médecin qui avait une conjointe à la maison pour s’occuper des enfants n’existe plus» et que «ceci exige une diminution des heures travaillées par les médecins». «L’époque où les femmes restaient au foyer pour s’occuper des enfants pendant que le conjoint travaillait 70h/semaine est révolue, et c’est une bonne chose», écrit-il.

L’opposition réagit

Du côté des oppositions, on a tour à tour profité des reportages de jeudi pour s’en prendre au ministre Barrette et à la productivité des médecins. «Il blâme les médecins de famille, les accuse de manquer d’éthique, mais c’est son gouvernement à lui qui leur a versé 3 milliards $ sans demander de garanties», a dénoncé la péquiste Diane Lamarre pendant la période de questions de l’Assemblée nationale.

Pour le caquiste François Paradis, «avec le mode de rémunération à l’acte, les médecins facturent le plus possible, et ça, au détriment de l’accessibilité des patients». «C’est lui qui a perpétué un mode de rémunération qui ne fonctionne pas, c’est lui qui a accordé des augmentations sans mesures de contrôle, c’est lui qui a promis des engagements sans livrer la marchandise», a attaqué le député de Lévis.

Le député solidaire Amir Khadir s’est également dit d’avis que le mode de rémunération à l’acte «ne fonctionne pas». «Le tchik-a-tchik, ça ne marche juste pas, pas juste parce que ça coûte cher, parce que ça ne marche pas pour les patients», a-t-il dit.