Une autre découverture de service obstétrique pourrait survenir le 24 mai à l’hôpital de Maria.

Les hôpitaux gaspésiens «fragiles» en obstétrique

MARIA – Les deux ruptures de service en obstétrique des 11 et 12 mai au Centre hospitalier Baie-des-Chaleurs de Maria rappellent que les quatre hôpitaux de la Gaspésie demeurent « fragiles » dans cette spécialité à cause du manque de personnel.

Ce rappel vient de Johanne Méthot, directrice des soins infirmiers du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie. Depuis le début de 2019, les hôpitaux de Sainte-Anne-des-Monts et de Gaspé ont vécu de courtes ruptures en obstétrique, le premier à cause de l’absence d’anesthésiste et le second par manque d’infirmières.

Seul l’hôpital de Chandler s’en tire sans rupture en obstétrique depuis le début de 2019. «C’est fragile là aussi, mais c’est le moins fragile » note Johanne Méthot, précisant que Chandler est devenu l’hôpital de dépannage en obstétrique pour Maria et Gaspé.

À Maria, chaque rupture n’a duré que huit heures, lors des quarts de soir. Samedi, il y avait une infirmière d’obstétrique au lieu de deux et il n’y en avait pas dimanche. « On voulait quand même que les femmes enceintes se présentent d’abord à Maria, à l’urgence, afin qu’un médecin évalue leur état, et voir si un transfert vers Chandler était nécessaire », précise Mme Méthot.

Ces découvertures n’ont pas nécessité de transfert à Chandler, distante de 140 kilomètres de Maria, où 22 femmes sont en suivi de grossesse.

Sur les raisons profondes des problèmes d’obstétrique, Johanne Méthot ne fait pas de cachette.

«Il y a une pénurie de ressources humaines. Ce n’est pas la semaine passée qu’on a appris ça. On a essayé de combler l’écart. Force était de constater que c’était impossible. On a mis en place un plan de contingence », dit-elle, se référant notamment à l’examen des cas d’accouchement à l’urgence. 

«La pénurie d’infirmières vient des sorties massives de retraitées. De plus, chez les jeunes, nous avons beaucoup de congés de maternité et c’est très bien, mais ça rend précaires certaines situations», précise Mme Méthot.

Le remplacement d’infirmières dans des spécialités comme l’obstétrique, la chirurgie et l’urgence pose des problèmes particuliers parce que ce ne sont pas toutes les infirmières qui peuvent ou qui veulent agir en relève, dit-elle.

«Nos hôpitaux ont de petits volumes en obstétrique et l’expertise se développe après 15 ou 20 accouchements », ajoute Mme Méthot.

Environ 180 accouchements par an sont pratiqués à Maria, comparativement à près de 130 pour Gaspé, 130 à Chandler, et 40 à Sainte-Anne-des-Monts. Une entente lie Sainte-Anne-des-Monts au Centre hospitalier de l’Université de Montréal afin que des infirmières gaspésiennes assistent en vidéo à des accouchements dans la métropole pour gagner en expérience.

Pour venir en aide à Maria. le recours à l’hôpital de Campbellton, au Nouveau-Brunswick, a été envisagé « mais c’était en débordement », dit Johanne Méthot. Les deux hôpitaux sont distants de 75 kilomètres. Campbellton est l’hôpital de référence de l’ouest de la MRC d’Avignon.

La prochaine rupture en obstétrique à Maria pourrait survenir le 24 mai. Johanne Méthot assure qu’une démarche est entamée pour combler les découvertures, notamment avec le Syndicat des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes de l’est du Québec (SIIIEQ).

Michel Bond, directeur des ressources humaines au CISSS de la Gaspésie, précise que 10 postes d’infirmières sont libres présentement dans la région, en plus de neuf postes de remplacement pour des infirmières en congé pour diverses raisons. Le nombre total de postes à combler, toutes professions confondues, s’établit à une centaine dans la région.

«Heureusement, nous avons recruté 200 étudiants pour l’été. Ça va nous aider beaucoup. Le problème est vécu dans tout le Québec », dit-il.

Les besoins en santé l’été en Gaspésie sont souvent multipliés en raison du nombre élevé de visiteurs fréquentant la région.