Les grandes transactions au Québec en 2019

MONTRÉAL — Chaque année apporte son lot de transactions dans le milieu des affaires et 2019 n’a pas fait exception. Au cours des 12 derniers mois, certains des principaux fleurons du Québec se sont retrouvés dans l’actualité en réalisant des acquisitions d’envergure, une série d’achats ou en cédant certains actifs.

La Presse canadienne revient sur certaines transactions qui se sont retrouvées dans l’actualité.

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Couche-Tard lorgne le pays des kangourous

On ignore si elle parviendra à ses fins, mais Couche-Tard a tenté de réaliser, en 2019, ce qui serait la plus importante acquisition de son histoire en allongeant environ 7,8 milliards $ sur la table pour la société australienne Caltex.

Cette proposition a essuyé un refus au début du mois de décembre, tout comme l’offre précédente présentée à l’automne 2018, mais l’exploitant québécois de dépanneurs et de stations-service pourrait revenir à la charge dans le but de percer le marché de l’Asie-Pacifique. Caltex avait offert à Couche-Tard la possibilité d’avoir accès à des informations qui ne sont pas publiques afin de préparer une nouvelle offre bonifiée, mais rien n’a filtré depuis.

Établie à Laval, Couche-Tard exploite un réseau d’environ 16 000 magasins et stations-service au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Au cours des dernières années, c’est aux États-Unis que l’entreprise avait effectué ses emplettes en mettant la main sur CST Brands et Holiday, deux transactions dont la valeur totalise environ 6 milliards $ US.

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Transat sous l’aile d’Air Canada

Il y a encore des étapes à franchir puisque les autorités réglementaires devront donner leur feu vert à la transaction, mais au terme de longues discussions, de l’intérêt d’autres joueurs et de la menace d’importants actionnaires de voter contre la transaction, l’offre de 18 $ par action - environ 720 millions $ - proposée par Air Canada a été acceptée en août dernier par les actionnaires du voyagiste québécois Transat A.T.

En plus de provoquer de nombreuses réactions au sein de la classe politique, la prise de contrôle du fleuron québécois a fait l’objet de turbulences.

Le principal actionnaire de la société mère d’Air Transat, Letko, Brosseau et associés, avait l’intention de voter contre l’offre initiale de 13 $ par action d’Air Canada, présentée pour la première fois en juin. Le promoteur immobilier Groupe Mach avait également offert 14 $ et tenté de faire dérailler la transaction, mais cette tentative avait été bloquée par le Tribunal administratif des marchés financiers. Plus important transporteur aérien au pays, Air Canada avait été en mesure de rallier les actionnaires en bonifiant son offre à 18 $ par action.

Sans prendre d’engagement ferme, Air Canada a dit avoir l’intention de préserver les marques Transat et Air Transat, et de maintenir son siège social à Montréal.

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Un dernier envol

Bombardier a été impliquée dans plus d’une transaction au cours de l’année, mais la plus emblématique est sans l’ombre d’un doute la vente, annoncée en juin dernier, de son programme d’appareils régionaux CRJ à Mitsubishi pour 500 millions $ US, marquant du même coup la fin d’une aventure qui s’est échelonnée sur trois décennies dans l’aviation commerciale.

En cédant les CRJ, qui ont grandement contribué à la croissance de l’avionneur québécois dans les années 1990, Bombardier concrétisait son virage vers les avions d’affaires ainsi que le matériel roulant et qui s’est traduit par la cession du contrôle de la C Series à Airbus ainsi que la vente du programme d’avions à hélices Q400 à Viking Air.

En novembre, Bombardier a également confirmé la vente de ses usines de fabrications de pièces situées à Belfast et à Casablanca dans le cadre de son virage vers les avions d’affaires. C’est l’américaine Spirit Aerosystems qui a mis la main sur les sites - qui comprennent également une usine au Texas - dans le cadre d’une transaction de 1,2 milliard $ US, dont 500 millions $ US en espèces.

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BRP ajoute une corde à son arc

L’ancienne division des produits récréatifs de Bombardier est surtout connue pour ses motoneiges Ski-Doo, ses motomarines Sea-Doo ainsi que ses motos à trois roues Can-Am.

Mais désireuse de poursuivre la diversification de son portefeuille de produits, BRP a annoncé en juin la mise sur pied d’une nouvelle division - le Groupe marin - en plus d’acquérir le fabricant de bateaux de pêche en aluminium Alumacraft.

Au total, l’entreprise établie à Valcourt a réalisé trois acquisitions de ce côté, la dernière étant le fabricant australien Telwater.

Après les neuf premiers mois de l’exercice en cours, le Groupe marin avait généré des revenus de 407 millions $, ce qui constitue une fraction du chiffre d’affaires total de la société, qui était de 4,44 milliards $.

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Nouvelle percée européenne

Saputo avait mis les pieds sur le Vieux-Continent en 2006 mais l’aventure, infructueuse, s’était terminée en 2013 avec la fermeture de ses usines spécialisées dans la production de fromages en Allemagne et au Royaume-Uni.

Mais en février, moins d’un an après avoir avalé le plus important producteur laitier en Australie, la multinationale québécoise repasse à l’action et allonge 1,7 milliard $ pour mettre le grappin sur la britannique Dairy Crest Group.

Présente également au Canada, aux États-Unis ainsi qu’en Argentine, Saputo n’avait pas fermé la porte à un retour sur le marché européen, à condition d’être capable d’identifier une cible disposant d’un portefeuille de produits diversifié.

Visiblement, Dairy Crest, qui fabrique et met en marché du fromage, du beurre, de la tartinade et de l’huile, ainsi que des ingrédients laitiers, en plus de compter 1100 employés répartis dans sept sites, répondait à ces critères.

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Autre bouchée pour Olymel

Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé, mais en juillet dernier, Olymel, filiale de la Coop fédérée, frappe un grand coup en annonçant l’acquisition des activités du secteur du porc et des meuneries de F. Ménard.

Établie en Montérégie, cette entreprise familiale fondée dans les années 1960 emploie plus de 1200 personnes et était responsable de plus de 15 pour cent de la production porcine québécoise. Pour F. Ménard, cette transaction était nécessaire afin d’assurer la croissance de l’entreprise.

Cette acquisition, qui s’inscrit dans une tendance de consolidation à long terme du secteur porcin canadien, a obtenu le feu vert du Bureau de la concurrence et devrait être finalisée au début de 2020.

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Hexo s’étend

À l’instar des autres joueurs de l’industrie, l’année a été mouvementée pour le producteur québécois de cannabis Hexo, qui est le principal fournisseur de la Société québécoise du cannabis.

Néanmoins, en mars dernier, Newstrike Brands, une entreprise appuyée par les membres du groupe Tragically Hip, accepte l’offre évaluée à 263 millions $ proposée par la société établie à Gatineau, qui souhaite accélérer sa croissance.

Parallèlement aux autres difficultés rencontrées par Hexo - une révision à la baisse de ses prévisions ainsi qu’une restructuration menant au licenciement de 200 personnes - Newstrike a réservé une mauvaise surprise à la compagnie.

À la mi-novembre, Hexo dévoile avoir détruit du cannabis cultivé sans licence en Ontario, dans une installation dont elle est devenue propriétaire à la suite de l’acquisition de Newstrike. Pour le moment, cette affaire n’a toutefois pas eu de répercussions sur la licence de l’entreprise québécoise.

La serre où avait été effectuée la culture illicite de cannabis, à Beamsville, a été fermée par Hexo.

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MTY grossit

Les acquisitions sont au coeur de la croissance de Groupe d’Alimentation MTY et 2019 n’a pas été une exception, puisque le franchiseur a pris une autre importante bouchée dans le marché américain en avril dernier en avalant le franchiseur et exploitant de pizzerias Papa Murphy’s Holdings pour 253,2 millions $.

Cette entreprise fondée en 1981 se présentait comme la cinquième chaîne de pizza en importance aux États-Unis et rivalise notamment avec des chaînes régionales et des enseignes comme Domino’s Pizza, Pizza Hut, Papa John’s et Little Caesars.

Peu de gens sont familiers avec MTY, mais l’entreprise établie à Montréal est propriétaire d’une multitude d’enseignes comme Thaï Express, Tiki-Ming, Tutti Frutti et Valentine. Son réseau compte plus de 7400 établissements au Canada, au sud de la frontière ainsi qu’à l’international.

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Dollarama en Amérique latine

Le spécialiste québécois des articles à 1 $ et plus entretenait déjà des liens d’affaires avec Dollarcity depuis 2013 dans le cadre d’un accord pour partager son expertise et fournir des services d’approvisionnement.

Mais au cours de la dernière année, Dollarama a décidé d’acquérir une participation de 50,1 pour cent, pour un montant oscillant entre 85 millions $ US et 95 millions $ US, dans ce détaillant latino-américain, qui exploite des magasins en Colombie, au Guatemala et au Salvador.

Dollarcity exploitait un total de 180 magasins en date du 31 mars, dont 44 au Salvador, 54 au Guatemala et 82 en Colombie. Elle prévoit exploiter 600 magasins d’ici 2029, ce qui devrait contribuer à stimuler la croissance des résultats de Dollarama.

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Doubler la taille?

D’ici les cinq à sept prochaines années, la firme québécoise spécialisée dans les technologies de l’information et les services-conseils CGI, qui compte quelque 77 500 employés, souhaite doubler sa taille.

La multinationale établie à Montréal a franchi quelques étapes au cours de l’année en débloquant plus de 750 millions $ pour réaliser deux transactions en Europe.

Dans ce qui a été sa plus importante acquisition depuis celle de Logica en 2012, réalisée au coût de 2,7 milliards $, CGI a allongé 624 millions $ en mars dernier pour acheter la firme suédoise Acando, qui compte plus de 2100 employés.

Quelques mois plus tard, en juin, CGI offrait environ 131 millions $ en vue de mettre la main sur Scisys, spécialisée dans les secteurs de l’industrie spatiale et de la défense, ainsi que dans les médias et l’information.

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WSP Global active

La firme d’ingénierie québécoise WSP Global veut porter son effectif à 65 000 employés en 2021 par rapport à 49 000 à l’heure actuelle.

Sans tambour ni trompette, la société a été particulièrement active au cours de l’année, réalisant sept acquisitions - la plus récente en octobre dernier grâce à l’achat de Lievense, permettant à WSP d’effectuer une incursion aux Pays-Bas.

Depuis le début de l’exercice, WSP a acheté les américaines Leach Wallace Associates et Ecology and Environment, la britannique Indigo Planning, la française Sepia, la suisse Todt, Gmur + Partner AG ainsi que la danoise Orbicon.

Avec 65 000 employés, WSP dépasserait sa rivale SNC-Lavalin, qui compte actuellement quelque 52 000 salariés à travers le monde.