Au Québec, le réseau des garderies privées est le deuxième plus important, après celui des centres de la petite enfance.

Les garderies privées veulent offrir la maternelle 4 ans

Craignant pour leur survie, les garderies privées du Québec offrent au gouvernement d’ouvrir des classes de maternelle 4 ans dans leurs locaux. Une idée que la Coalition avenir Québec ne rejette pas d’emblée.

«Ce serait une belle piste de solution. On pourrait ouvrir nos portes aux enseignantes, qui pourraient travailler de pair avec les éducatrices», avance Suzanne Gagnon, directrice générale de l’Association des garderies non subventionnées en installation (AGNSI).

«Nous ne sommes pas fermés à l’idée. Il y a différents scénarios sur la table que nous regardons avec [le ministre de] l’Éducation. Nous sommes en train de les analyser», indique Cynthia Lapierre, attachée de presse du ministre de la Famille Mathieu Lacombe. 

Christine Mitton, directrice de cabinet du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, se fait quant à elle prudente. «Toutes les classes de maternelle 4 ans que nous avons annoncées pour 2019-2020 seront ouvertes dans les écoles.»

Suzanne Gagnon explique que les propriétaires de garderies privées ont beaucoup investi ces dernières années pour construire et aménager des lieux sécuritaires pour la petite enfance. Avec l’ouverture massive de classes de maternelle 4 ans annoncée par le gouvernement Legault, ceux-ci craignent de perdre leur investissement. 

«On se dit que ça pourrait aussi répondre à un besoin du milieu scolaire, qui manque de locaux dans plusieurs régions pour ouvrir des maternelles 4 ans», ajoute Mme Gagnon. 

Une rencontre est prévue mercredi entre le ministre de la Famille Mathieu Lacombe et l’AGNSI. «Je suis certaine qu’avec le pragmatisme du gouvernement Legault, on va arriver à trouver une façon de s’entendre.»

Pas de mur-à-mur

Pour l’expert de la réussite scolaire Égide Royer, il faut éviter de «faire du mur-à-mur» dans l’implantation des classes de maternelle 4 ans. «Pour certaines régions du Québec, ça fait plein de sens que la maternelle 4 ans se donne dans une garderie ou un CPE, lorsqu’il y a une entente avec l’école», évoque-t-il. 

Celui qui est un grand défenseur des maternelles 4 ans croit qu’il faut faire preuve de souplesse quant au lieu où ces apprentissages seront faits. «Que les services de garde et les écoles conviennent entre elles du meilleur endroit, ce serait un exemple patent de complémentarité.»

L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) croit quant à elle qu’il faut «prendre notre temps» pour implanter la maternelle 4 ans. «Il faut pas qu’on s’improvise dans les solutions, qui doivent être bien structurées», croit sa directrice générale Geneviève Bélisle. 

Déjà des fermetures

Le 1er mars, la garderie La Boîte aux sourires de Lévis fermera ses portes. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée a été évoquée par les propriétaires. Sans connaître tout le contexte autour de cette fermeture précipitée, Mme Gagnon croit qu’elles témoignent du «sentiment de panique» qui a cours en ce moment dans son réseau. 

«Les gens ont peur. Ils se demandent ce qui va arriver avec leur garderie dans les prochaines années et oui, il peut y avoir un certain mouvement de panique», exprime-t-elle. 

Au Québec, le réseau des garderies privées est le deuxième plus important, après celui des centres de la petite enfance (CPE). Il accueille 65 000 tout-petits, dont le tiers sont âgés de 4 ans. 

Selon une analyse d’impact publiée par le ministère de l’Éducation la semaine dernière, l’implantation de la maternelle 4 ans partout au Québec en 2023 causerait des pertes annuelles de 187 à 385 millions $ chez les garderies privées et les garderies en milieu familial.



NDLR: Une version antérieure de ce texte indiquait que trois garderies privées de Lévis allaient fermer leurs portes le 1er mars. Le 25 février en fin de journée, les propriétaires de ces garderies ont finalement décidé de garder deux d'entre elles ouvertes (La Boîte à magie et La Boîte à câlins).